Elections municipales : les femmes encore loin de prendre le pouvoir !
Si la loi du 6 juin 2000 a changer le paysage politique, en favorisant l'égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux, la parité est loin d'être effective. Si les femmes représentent la moitié des candidates inscrites sur les listes, elles ne sont que 25% a pouvoir accéder au fauteuil de maire. Un décalage qu'Arlette Arnaud Landau, présidente du CIDFF de Haute-Loire et membre du Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes, juge culturel. L'ancienne élue à la ville du Puy-en-Velay et ancienne vice-présidente du Conseil Régional d'Auvergne reste optimiste mais estime que de nouvelles lois ne seraient peut être pas inutiles.
Arlette Arnaud Landau, présidente du CIDFF Haute-Loire et membre du Haut Conseil à l'égalité @RCF Haute-LoireStéphane Longin : La loi sur la parité est-elle suffisamment appliquée ?
Arlette Arnaud Landau : C'est sûr qu'elle n'est pas atteinte. On en est loin ! Mais il est vrai que la loi de 2000 est à l'origine d'une évolution importante de la place des femmes dans les listes. Par contre, on s'aperçoit qu'encore aujourd'hui, lorsqu'il n'y a pas de loi, les femmes sont sous représentées. Et cela quel que soit le parti politique. Même si à l'Assemblée Nationale et au Sénat, certains partis préfèrent encore payer les pénalités plutôt que d'investir des femmes sur certaines circonscriptions. Elles sont d'ailleurs souvent sur représentée dans les territoires où il y a peu de chance de remporter l'élection. C'est depuis tout le temps une lutte permanente pour les femmes qui veulent s'imposer en politique.
C'est depuis tout le temps une lutte permanente pour les femmes qui veulent s'imposer en politique
SL : 25 ans ce n'est pas assez pour faire changer les choses et avoir une parité aussi sur les têtes de listes ?
AAL : Même si la loi s'applique sur les listes, et notamment aujourd'hui pour les communes de moins de 1000 habitants, dès qu'on regarde au niveau de l'intercommunalité il y a peu de femmes dans les exécutifs, là où les missions sont les plus importantes. Elles sont sous représentées sur ces postes décisifs. C'est la même chose dans les Conseils Départementaux où 48% des élus sont des femmes mais sans qu'elles accèdent aux postes les plus importants. Et vous avez très peu de femmes Présidentes de Départements ou de Régions.
SL : Comment vous l'expliquez ?
AAL : Parce que beaucoup d'hommes restent attachés à ces fonctions et veulent être à la tête des exécutifs. Mais aussi car les femmes sont historiquement moins ancrées en politique. Mais une fois qu'elles y prennent goût elles ont envie de se faire entendre et de faire appliquer leurs programmes. Donc j'ai beaucoup d'espoir que les femmes se battent beaucoup plus à l'avenir pour atteindre cette parité qui aujourd'hui est formelle mais qui n'a rien d'une égalité. Mais je pense aussi que les femmes ont moins d'appétit au pouvoir que les hommes.
si une femme veut accéder à un poste de dirigeante, cela veut dire qu'elle sacrifie autre chose
SL : Moins d'appétit pour le pouvoir ? Il n'y a aucune raison que les femmes ne souhaitent pas accéder à ces postes ?
AAL : Vous savez je suis bien placée pour savoir que si une femme veut accéder à un poste de dirigeante, cela veut dire qu'elle sacrifie autre chose. Quand j'ai été élue maire du Puy-en-Velay j'ai un garçon qui avait 9 ans. J'ai terminé mon mandat il avait 18 ans et il a fait son secondaire un peu sans sa mère.
SL : C'est également vrai pour un homme et un père...
AAL : Oui c'est vrai. Mais on n'a pas la même culpabilité. Et c'est moi qui vous dis ça alors que je suis présidente du Centre D'Information sur le Droit des Femmes et des Familles... Et c'est la même chose pour les femmes qui sont très impliquées dans la vie associative. Mais si le partage des postes importants dans les conseils municipaux et conseils départementaux était plus équitable il y aurait beaucoup plus de femmes.
Stéphane Longin : Faut-il faire changer la loi pour imposer plus de femmes comme têtes de listes ?
Arlette Arnaud Landau : Je ne vois pas comment on pourrait faire une loi pour que les femmes soient têtes de listes. Par contre en intercommunalité je pense qu'on peut changer les choses. On peut exiger que dans l'exécutif la parité s'impose. Il faut aussi revoir la question du cumul des mandats. Si on ne peut plus être maire, président d'une intercommunalité ou président d'un département cela imposera de nouvelles têtes. On peut aussi limiter le nombre de mandats successifs à deux ou trois et ainsi permettre à plus de femmes de prendre des responsabilités. Mais vous aurez encore des difficultés pour faire en sorte que les femmes ne soient pas uniquement sur le social, la politique familiale, la culture ou l'école. Mais qu'elles puissent aussi s'occuper des finances ou de l'urbanisme.
SL : Cela veut dire qu'il y a encore des représentations très fortes qui voudraient que les femmes s'occupent du social et que certains dossiers sont réservés aux hommes ?
AAL : Il y a beaucoup plus de femmes dans les formations sociales ou dans la santé et on pense (les femmes) qu'on y arrivera pas parce qu'on a pas fait d'études d'ingénieur dans le domaine. Mais c'est faux ! J'ai eu une adjointe à l'urbanisme et une adjointe en charge des abattoirs qui ont fait un excellent travail. Là encore c'est un changement de mentalité à faire. Vous savez il n'y a que 25 ans que la loi sur la parité est arrivée. A l'Assemblée Nationale 37% des députés sont des femmes alors qu'elles étaient 39% en 2017. C'est difficile et on stagne. C'est un peu différent au Sénat où elles sont plus nombreuses qu'avant, mais ce n'est pas difficile car on partait de loin... Il faut aussi que les pénalités pour les partis politiques soient plus importantes voire que ce ne soit plus possible d'avoir un déséquilibre au parlement. Il y a plus de femmes que d'hommes en France, c'est normal que la moitié de la population soit représentée. Mais il faut aussi que les femmes revendiquent fortement. C'est pour cela qu'au CIDFF on fait en sorte que les jeunes filles s'intéressent aux collectivités et à tout ce qui fait la société. C'est un travail de longue haleine.
SL : Faut-il un statut de la femme élue ? Notamment pour les questions de maternité et des difficultés d'assumer son mandat lors d'un projet de maternité ?
AAL : Pour moi ce n'est pas une question de femme ou d'homme. Il faut un statut de l'élu pour qu'il puisse être élu à part entière. Cela veut dire que vous ne ferez plus de réunion après 18h00 lorsque les enfants sortent de l'école et qu'il faut les faire manger. Avec le statut d'élu reconnu vous pouvez faire vos réunion pendant la journée comme pour le travail. Et ça permettra de faire bouger les lignes sur la parité.
Oui, je crois à une future parité !
SL : Est-ce que vous êtes optimiste pour l'avenir ? Est-ce que lors des prochaines élections (après les municipales de 2026) les choses auront évoluées ?
AAL : Regardez l'évolution depuis des années. Le vote des femmes n'a pas un siècle et la loi sur la parité n'a que 25 ans. On y arrive petit à petit. On en est encore loin mais les mentalités changent. Moi j'y crois beaucoup et je pense que les femmes qui sont élues aujourd'hui et qui se battent, elles font passer ça à leurs filles. Oui je crois à une future parité !
Stéphane Longin : Est-ce qu'il est plus difficile d'être une femme élue ? Est-ce que le machisme est encore présent ?
Arlette Arnaud Landau : Oui bien sûr ! Je l'ai vécu. Mais quand vous y allez vous savez que vous allez subir quelques remarques, parfois violentes, et des insultes. Mais vous avez aussi du monde autour de vous pour épauler. Mais je pense qu'on devrait être beaucoup plus sévère et sanctionner par des amendes. On parle beaucoup des élus qui sont chahutés mais on parle pas de la spécificité des insultes sexistes auxquelles j'ai eu droit. Mais je n'ai pas été si malmenée que cela non plus. Il ne faut pas exagérer.
SL : Mais il faut être plus sévère ?
AAL : Oui ! Et je pense qu'il faut légiférer. Car du moment où on ne le fait pas le naturel revient au galop.


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