L'écologie sacrifiée sous Macron ? Le bras de fer qui secoue le sommet de l'État
La démission annoncée puis annulée de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a ravivé les tensions autour de la place de l’écologie dans les arbitrages politiques. Au cœur de la polémique, la loi d’urgence agricole et la réintégration de certains pesticides interdits, qui illustrent, selon plusieurs observateurs, un recul plus large de la transition écologique en France.
Emmanuel Macron © Compte X de l'ElyséeLa séquence politique autour de Monique Barbut a relancé les débats sur la place de l’écologie dans les choix politiques du gouvernement. Après avoir annoncé sa démission en raison de son opposition à la réintroduction de certains pesticides interdits prévue par la loi d’urgence agricole, la ministre de la transition écologique est finalement restée en fonction quelques heures plus tard à la demande du président de la République.
Agronome spécialisée en sciences économiques et sociales, Mathilde Boitias est la directrice de La Fabrique écologique, un think tank qui réunit des experts de différentes sensibilités autour des questions environnementales. Elle revient sur cette séquence politique, mais aussi plus largement sur le bilan écologique des dernières années et les transformations nécessaires du modèle agricole français.
La loi d’urgence agricole, symbole d’un recul écologique
La controverse autour de la loi d’urgence agricole cristallise, selon Mathilde Boitias, un conflit qui dépasse la seule question des pesticides. Derrière la réintroduction de certains produits interdits, elle voit un signe d’une difficulté persistante à faire de l’écologie une priorité politique. “Ce bras de fer écologique on le sent venir depuis longtemps”, explique-t-elle, rappelant que plusieurs ministres de l'écologie ont déjà quitté le gouvernement après des désaccords sur la place accordée à l'environnement. Pour elle, les alertes se multiplient pourtant : changement climatique, canicules, incendies ou encore dégradation de la biodiversité. “C'est un sujet prioritaire et il n'est pas traité comme tel”, juge-t-elle.
L'écologie est un sujet prioritaire et il n'est pas traité comme tel.
La loi d’urgence agricole est également révélatrice, selon Mathilde Boitias, d’un problème démocratique dans la prise de décision. Alors que des associations, des citoyens et plusieurs institutions ont exprimé leur opposition au texte, elle estime que ces avis n’ont pas suffisamment pesé dans l’arbitrage. “Il y a des instances qui donnent leur avis légitime et, en fait, on n'en tient pas compte”, déplore-t-elle. Cette séquence s’inscrit dans un bilan plus large qu’elle juge insuffisant depuis l'arrivée de Emmanuel Macron au pouvoir. “Le président a dit en 2022 : “ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas.” Il n’est pas du tout écologique”, affirme l'agronome. Elle évoque notamment la baisse du Fonds vert destiné aux collectivités ou encore les assouplissements successifs de l'objectif de zéro artificialisation nette.
Sortir de l’opposition entre agriculture et écologie
Si la transition écologique avance difficilement, Mathilde Boitias refuse toutefois de désigner les agriculteurs comme responsables. Pour elle, le débat actuel masque une réalité bien plus complexe : le modèle agricole dominant fragilise aussi ceux qui le pratiquent. “Les agriculteurs sont les premières victimes des pesticides”, explique-t-elle, en évoquant à la fois les enjeux sanitaires et la dépendance d'une partie du secteur à un système de production qui atteint ses limites. La réponse ne serait donc pas d'imposer une rupture brutale, mais d'accompagner une transformation en profondeur.
Les agriculteurs sont les premières victimes des pesticides
Les alternatives existent, assure-t-elle, en s'appuyant sur plusieurs travaux scientifiques, notamment ceux de l'INRAE. Mais passer à une agriculture moins dépendante des pesticides implique de revoir l'ensemble du fonctionnement des exploitations : diversification des cultures, préservation des sols, présence accrue du végétal. “Quand vous passez à une agriculture sans pesticides, ce n'est pas simplement enlever le pesticide et le remplacer par un autre produit. C'est repenser toute la manière de faire”, détaille Mathilde Boitias. Cette transformation doit aussi permettre de mieux préparer l'agriculture au changement climatique. Selon elle, la recherche permanente du rendement maximal montre aujourd'hui ses limites face aux sécheresses et aux épisodes de chaleur extrême. “On sait quoi faire”, affirme-t-elle, appelant à une politique capable d'accompagner les agriculteurs plutôt que de les opposer aux enjeux environnementaux.


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