États-Unis : la démocratie américaine menacée par Donald Trump ?
Donald Trump accentue la polarisation politique aux États-Unis en confrontant les institutions au nom du « peuple », suscitant des inquiétudes sur l’équilibre démocratique. Les violences récentes liées à des opérations fédérales ravivent le débat sur une démocratie américaine fragilisée.
© Official White House Photo by Molly RileyDès son premier discours en tant que président des États-Unis, le 20 janvier 2016, Donald Trump s’adresse uniquement à son camp, celui des Républicains. C’est une véritable déclaration de guerre vis-à-vis de la moitié du pays - celui des démocrates. Déjà, il souffle sur les braises de cette division pour renforcer sa puissance. 10 ans après, dans un contexte mondial déséquilibré, les décisions de Trump ont-elles un impact sur la démocratie américaine ?
Une démocratie qui résiste mais une société divisée
La démocratie américaine est-elle menacée par Donald Trump ? Jean-Éric Branaa, maître de conférence à l’université Paris-Panthéon-Assas et spécialiste de la civilisation américaine et des institutions des États-Unis, se positionne volontairement “à contre-courant par rapport à beaucoup de commentateurs”, car selon lui “la démocratie américaine n'est pas en danger, elle est même extrêmement solide”.
Polarisation politique de la société. Enlèvement du président vénézuélien Nicolas Madùro, tentative d’annexion du Groenland et menaces sur l'Iran, et meurtre d'Alex Pretti tué par l'ICE, la police de l'immigration à Minneapolis, les États-Unis vivent une crise politique et sociale inédite. "Ce qui est sacrément secoué, c’est la société américaine. On ne parle plus simplement de divergences ou de confrontations, mais bien de haine entre des citoyens d’un même pays”, précise le politologue.
Un "régime fascisant" compatible avec la démocratie ?
Pour Jean-Éric Branaa, les États-Unis sont dans un "régime fascisant”. Mais il reste convaincu que ce n'est pas la fin de la démocratie : “au contraire régime fascisant et démocratie vont de pair : la démocratie se défend fort bien et les contre-pouvoirs américains sont d’une force inouïe”.
D’un côté, il constate que “Donald Trump et ses supporters ont perdu pied, ils sont désormais dans une tentative de prendre le pouvoir et d’avoir un exécutif extrêmement fort qui effacerait à la fois le législatif et le judiciaire”. Et de l’autre côté, "Donald Trump n’a et n’aura jamais les pleins pouvoirs parce qu'il n’a pas le pouvoir de changer la Constitution. Il ne peut même pas l’amender. Il n’en a pas la possibilité puisque cela appartient au Congrès, et qu'il n'a pas la majorité suffisante pour le faire”, insiste-t-il.
Donald Trump ou l'illusion de l’homme providentiel
Jean-Éric Branaa, en réponse au témoignage d’André, dans Je pense donc j’agis, affirme que “la recherche de l’homme providentiel qui nous sécurisera, qui nous redonnera notre fierté et notre dignité est dangereuse parce qu’en cherchant à se remettre à un seul homme, on termine esclave, c’est l’histoire du monde”. Pour lui, c’est justement là-dessus que joue Donald Trump en se présentant comme “quelqu’un d'extrêmement fort, solide, qui n’a pas froid aux yeux, qui est capable de dire aux plus grands des choses totalement stupides pour ceux qui sont contre lui, et fortes pour ceux qui lui sont favorables”.
Face à cette “recherche de l’homme providentiel” dont il faudrait se méfier, le spécialiste de la civilisation américaine et des institutions des États-Unis insiste sur la responsabilité collective : “Les fondements doivent être respectés : l’éducation, l’information. C’est le travail de tous ceux qui ont une responsabilité”. Il prend pour exemple le pape Léon XIV qui "lui-même a parlé du dérèglement très fort au niveau des démocraties dans le monde, il s’en est pris à Donald Trump directement, et il sait de quoi il parle puisqu’il est lui-même américain”.
Il y a un noyau d’environ 40-42 % qui continue à soutenir Donald Trump.
Donald Trump a t-il toujours le soutien de sa sphère politique ? D’après Jean-Éric Branaa, on assiste à une véritable chute de la cote de popularité du président américain depuis son retour au pouvoir il y a un an. “On remarque une descente, ce qui est logique. Elle est observable pour tous les présidents quels qu’ils soient. Il y a un noyau d’environ 40-42 % qui continue à soutenir Donald Trump. C’est cette fameuse frange qui est dans son camp, qui ne veut pas perdre”, explique-t-il.
Pour se maintenir au pouvoir, il a divisé, et il continue de le faire.
Mais ce soutien commence à se fissurer, notamment sur le sujet économique car “environ 70 % des Américains estiment aujourd’hui qu’il n’a pas rempli le contrat qu’il avait annoncé, notamment sur l’inflation et le chômage”. Pour Jean-Éric Branaa, la fracture américaine ne date pas seulement de Trump : “La vraie bascule commence en 2001, quand les États-Unis réalisent qu’ils peuvent être attaqués, qu’ils ne sont pas invulnérables. Depuis, la peur s’est installée”. Donald Trump n’a pas créé cette peur, mais il l’exploite : "il a renversé la table, et il y avait sans doute besoin de la renverser. Mais pour se maintenir au pouvoir, il a divisé, et il continue de le faire.”


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