Des pansements conçus à Morlaix pour les grands brûlés de Crans-Montana
41 personnes ont perdu la vie et près de 110 autres ont été blessées lors l’incendie du bar "Le Constellation" à Crans-Montana, en Suisse, la nuit du Nouvel An. Plusieurs de ces brûlés ont été pris en charge au centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne qui a fait appel à une société morlaisienne. Spécialisée dans le développement de produits de santé à partir d’hémoglobine de ver marina, la start-up finistérienne Hemarina a fourni plusieurs milliers de pansements cicatrisants.
L'entreprise Hemarina, basée à Morlaix, a développé une technologie innovante à base d'hémoglobine de vers marins. (Crédit photo: Hemarina)Plusieurs milliers de pansements cicatrisants "HEM Healing", conçus par la société Hemarina, ont été expédiés par camion mi-janvier au centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne. Cela est parti d'un hasard.
Cinq jours avant le drame de Crans-Montana, un reportage est diffusé sur la RTS, la télévision suisse, diffusant le témoignage de Thomas Janin, un Nantais gravement brûlé en juillet 2023 suite à l'explosion du moteur de son bateau. Il avait notamment été traité avec des pansements conçus par Hemarina et racontait son expérience. "Et, en fait, à ce moment-là, tout le monde se mobilise. Donc, moi, j'appelle les autorités françaises en leur disant : "Il faut faire quelque chose." Et puis, entre temps, on appelle nos contacts, on appelle les autorités suisses. Ils se mobilisent et donc ils ont fait l'autorisation, pour pouvoir importer ce produit, même s'il n'est pas enregistré", raconte Franck Zal P.-D.G de la société de biotechnologie Hemarina.
Une autorisation permise par l'article 49 du code de la santé public, d'après lequel n'importe quel médecin suisse peut importer un produit en cas de catastrophe. "Crans-Montana, le "Constellation", c'est un drame. Ça peut être des accidents, un cataclysme, peut être une avalanche et donc là, en fait, quand il y a ce contexte-là, ils ont droit, d'apporter très rapidement des produits. Et c'est comme ça que ça s'est passé. On a eu des discussions avec des médecins, des scientifiques suisses, il y a eu une mobilisation globale."
Plusieurs milliers de pansements envoyés
Hemarina avait suffisamment de stocks de ces pansements innovants, fabriqués à base de sang de ver marin aux propriétés oxygénantes. Comment cela fonctionne exactement ? "Une personne brûlée ou blessée ou qui a vraiment une plaie difficile à cicatriser, souvent la microcirculation ne se fait pas bien et l'oxygène n'arrive pas par le sang du patient. C'est un hydrogel, sous forme de seringue, mise sur la plaie qui va apporter de l'oxygène par l'extérieur, oxygène indispensable à la cicatrisation" explique Franck Zal.
Plusieurs milliers de ces pansements ont ainsi été envoyés en Suisse, au centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne. En revanche, le fondateur d'Hemarina regrette que son produit ne soit toujours pas autorisé sur le marché français. Franck Zal rappelle que son produit est distribué en France d'après un cadre de "conditions d'accès compassionnel", mais qu'il "n'est pas expérimental". "On a déjà traité une centaine de patients avec ces pansements, avec une efficacité redoutable. (...) On est au bout d'un traitement et tout ce qui existe sur le marché ne fait pas effet."
"Tout mon chemin aujourd'hui, en fait, est dédié aux patients. Et donc, quand je vois que cette molécule est sortie d'un labo, ce n'est plus juste une découverte scientifique qui va faire plaisir à des scientifiques. C'est la recherche, qui a été transformée en produit thérapeutique et qui permet de sauver des vies", se réjouit Franck Zal.



