Conflits au Moyen-Orient : comment la guerre affecte le patrimoine religieux
En temps de guerre, la préservation du patrimoine fait partie des conventions internationales. D’autant que certains sites religieux et historiques sont vulnérables, touchés directement ou non par les frappes et les tirs armés. “Faire comprendre que le patrimoine n’est pas accessoire, mais essentiel”, rappelle d’ailleurs Anthony Zurawski, historien, prévisionniste et spécialiste de la réponse à l'urgence lors de sinistre sur le patrimoine.
© FreepikDepuis la montée des tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient connaît une situation militaire particulièrement tendue. Si l’attention se porte d’abord sur les victimes et les conséquences politiques, un autre enjeu apparaît : la protection du patrimoine religieux et culturel, héritage d’une histoire millénaire. À Téhéran par exemple, le Palais de Golestan, inscrit au patrimoine mondial, a récemment subi des dégâts. Selon plusieurs sources, les ondes de choc d’une frappe aérienne menée à proximité auraient fragilisé des fenêtres, des portes et certains éléments décoratifs du complexe. L’UNESCO a rappelé que, même en temps de guerre, les biens culturels doivent être protégés conformément aux conventions internationales.
Ce type de dommages, même indirects, montre à quel point les sites religieux et historiques sont vulnérables. L’Iran, le Liban, la Syrie, Jérusalem, des territoires qui possèdent de nombreux monuments anciens, églises, temples, mosquées, et palais situés au cœur de villes où se mêlent vie quotidienne, activités religieuses et bâtiments patrimoniaux. Après les destructions observées ces dernières années en Syrie ou au Yémen, comment préserver un patrimoine spirituel et culturel parfois millénaire au milieu d’un conflit armé ?
Le patrimoine en guerre : une protection prévue par le droit mais difficile à appliquer
Un cadre juridique international existant pourtant non respecté. La protection des biens culturels est encadrée par la Convention de La Haye de 1954. Une législation concrète mais dont les règles internationales ne sont “dans les faits, pas forcément suivies”, pour Anthony Zurawski, prévisionniste et urgentiste en patrimoine. Ce membre du Bouclier Bleu France, qu’il décrit comme “la Croix-Rouge des monuments historiques”, ajoute à ces irrégularités la notion de crime de guerre, que constitue la destruction volontaire d’un site patrimonial. Constat partagé par Vincent Gelot, directeur Liban-Syrie pour L'Œuvre d'Orient, qui rappelle que les frappes aériennes détruisent souvent bien au-delà de la cible visée. Sans rentrer dans un aspect technique des conséquences de frappes aériennes, le directeur insiste sur le fait que les ondes de chocs et explosions fragilisent les bâtiments anciens, et ce, même sans ciblage direct.
Le patrimoine, c’est l’histoire de ces populations, ce sont leurs racines.
Une vulnérabilité accrue dans les conflits urbains contemporains. En effet, Vincent Gelot rappelle que “les monuments historiques au milieu n’échappent pas à la règle” dans de nombreuses villes du Moyen-Orient, où bâtiments, zones résidentielles et lieux de culte sont souvent imbriqués. Or, cette proximité rend les sites historiques particulièrement exposés. Et c’est ainsi tout le rôle du Bouclier Bleu France représenté par Anthony Zurawski, sur l’aspect d’anticipation : listes des objets prioritaires, plans d'évacuations ou encore coordination locale. L’historien défend d’ailleurs “l’importance de la prévention pour limiter les pertes avant qu’un conflit n’éclate”.
Défendre le patrimoine, un enjeu humain, identitaire et universel
Le patrimoine comme pilier de l’identité et de la mémoire collective. “Le patrimoine, c’est l’histoire de ces populations, ce sont leurs racines. Quand un village est détruit, les gens demandent souvent de reconstruire d’abord l’église avant leur maison”, souligne d’emblée Vincent Gelot. Pour lui, la reconstruction d’un monument consiste en la réhabilitation d’une communauté. Une perte locale certes, mais qui, selon le directeur Liban Syrie pour L'Œuvre d'Orient, touche l’humanité dans la mesure où “le Moyen-Orient est notre berceau”. Pour Anthony Zurawski, l’aspect permanent de la perte demeure capital. Il rappelle que perdre un objet historique constitue une “perte irrémédiable pour l’histoire de l’humanité”. Surtout que pour lui, ces biens culturels intègrent une dimension universelle.
Urgentiste du patrimoine, c’est intervenir aux côtés des pompiers pour sauver les œuvres prioritaires.
Protéger à tout prix, un dilemme entre urgence humanitaire et sauvegarde culturelle. Vincent Gelot reconnaît bien sûr que la priorité reste “la protection des vies humaines”, mais défendant toutefois l’idée qu’il faut agir sur les deux fronts. L’aide aux civils doit passer par une sauvegarde du patrimoine, dans la mesure où la reconstruction patrimoniale a une dimension psychologique et sociale majeure. Le directeur affirme d’ailleurs que “ce qui est très frappant au Moyen-Orient, c’est l’attachement des populations à ces sanctuaires anciens”.
Il faut faire comprendre que le patrimoine n’est pas accessoire, mais essentiel.
Dans un aspect plus technique, notamment en tant "qu’urgentiste du patrimoine”, Anthony Zurawski, évoque l’importance d’intervenir aux côtés des secours pour sauver les œuvres prioritaires. Il met notamment en avant les nouvelles technologies (numérisation, drones, modélisations 3D) pour documenter et surtout reconstruire. “Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de scanner et reconstruire en 3D des monuments détruits. Urgentiste du patrimoine, c’est intervenir aux côtés des pompiers pour sauver les œuvres prioritaires”, souligne-t-il. En filigrane, pour les invités, il est encore question de réaliser un travail de sensibilisation pour “faire comprendre que le patrimoine n’est pas accessoire, mais essentiel”.


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