Dans les coulisses du laboratoire du Cedre à Brest
Des galettes d’hydrocarbures échouées sur le sable d’une plage de Plouhinec, des boulettes de pétrole en baie d’Audierne. Plusieurs échouage se sont produits ces derniers temps, amenant avec eux des questions : sont-ils des vestiges de naufrages de pétroliers, comme celui de l’Erika en 1999 ? C’est le laboratoire du Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux) à Brest, qui est en charge d’analyser ces échantillons, de mettre au jour leur composition et de les comparer avec des échantillons d’échouages historiques.
Julien Guyomarch, responsable du service "Analyses et Moyens" du Cedre. (Crédits: Océane Théard)Nous pénétrons dans le laboratoire du Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eau), guidés par Julien Guyomarch, responsable du service "analyses et moyens".
C’est ici que sont analysés les échantillons d’hydrocarbures reçus. Leur nombre varie, en fonction des arrivages, "entre dix et vingt ces deux dernières semaines", précise Julien Guyomarch. Des échantillons qui peuvent arriver dans des flacons en verre scellés par un bouchon de cire, ou dans des sacs en plastique qui servent de scellés.
Après l'enregistrement de cet échantillon, la première étape est la dissolution dans un solvant. "On va s'assurer que c'est bien un hydrocarbure, parce qu'on peut avoir des des "fausses pollutions", qui peuvent avoir l'air d'un hydrocarbure, mais qui n'en sont pas nécessairement. Si le produit se dissout dans certains types de solvants, on imagine a priori que c'est bien un hydrocarbure." Ensuite, les experts du CEDRE vont établir un profil général, afin d'identifier la distribution des molécules présentes.
"Est-ce qu'on a des [molécules] légères, des lourdes ? Est-ce qu'on a certains types de molécules typiques des hydrocarbures ? Ce qui va déjà nous orienter sur la suite de l'analyse à réaliser" poursuit-il.

Définir "l'empreinte" d'un échantillon
C'est à ce moment que peut se poser la question de la relation de l'échantillon avec une pollution historique existante. "Là, on va réaliser un second type d'analyse, qui est la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse.
Ce qui est un peu plus complexe, mais qui va permettre d'accéder à un certain type de molécules très particulières, qui sont des marqueurs spécifiques de ces pollutions, et c'est ce qu'on appelle en anglais le "finger printing".
Comprenez, établir des sortes d'empreintes digitales. "Même si ce n'est pas exactement basé sur le même principe, c'est l'idée que chaque hydrocarbure a sa propre empreinte", explique l'expert. "Et puis, en fonction des premiers résultats sur ces empreintes, on va faire des rapprochements possibles avec des hydrocarbures, que nous avons dans notre oléothèque, qui est constituée des pollutions historiques. Principalement celles qui ont affecté la Bretagne au cours des quarante dernières années."
On se dirige donc vers une autre salle. C'est dans un frigo que dorment ces échantillons historiques. Julien Guyomarch déchiffre les étiquettes de petits flacons. "Ils sont dans différents conditionnements parce que ça a été fait à différentes époques. L'Erika, le Torrey Canyon, il y a de l'Amoco Cadiz aussi", énumère-t-il en furetant dans ce frigo.
Des résidus de l'Erika à Plouhinec, vingt-sept ans après le naufrage
Trois laboratoires en France réalisent de telles analyses. "Deux laboratoires de la Marine, et le laboratoire du Cedre. Ces laboratoires travaillent aussi au niveau européen. On réalise tous les ans par exemple des exercices d'inter-comparaison. Un laboratoire prépare un exercice, pas trop évident, on va par exemple vieillir artificiellement des échantillons et on va les soumettre aux autres laboratoires avec un scénario d'exercice."
Sur le secteur du Grand Ouest, c'est essentiellement le Cedre qui est mobilisé. Un des derniers échantillons en date, des galettes d'hydrocarbures retrouvées sur la plage du Gwendrez à Plouhinec dans le Finistère.
Sur son écran d'ordinateur, Julien Guyomarch se penche sur des courbes, l'un associé aux résidus de Plouhinec, l'autre à celui de l'Erika. Les deux "empreintes" sont comparées, afin d'établir un rapport d'abondance entre les deux échantillons. Ici, la composition du résidu de Plouhinec se rapproche de celui de l'Erika. "On avait un bon accord avec le pétrole de l'Erika", confirme l'expert.
Mais comment ces résidus d'un naufrage vieux de vingt-sept ans peuvent refaire surface aujourd'hui ? "Ce sont des produits qui sont encore dans des épaves. Les épaves vieillissent, et des dizaines d'années après, on peut avoir de la corrosion, de la perte d'étanchéité à certains endroits et quelques relargages qui font que l'on retrouve ces hydrocarbures." Il n'est donc pas impossible que de nouveaux résidus s'échouent sur les plages bretonnes, provenant d'un recoin d'une cuve de l'Erika, et ramenés à la surface presque trente ans après le naufrage du pétrolier.



