D’anciens élèves témoignent de violences au collège La Salle L’Aigle de Grenoble
Plus de 300 anciens élèves des établissements catholiques du réseau La Salle rapportent des violences physiques, psychologiques ou sexuelles commises entre les années 1950 et le début des années 1990, partout en France. À Grenoble, des témoignages de maltraitance émergent après une soixantaine d’années de silence au collège privé La Salle L’Aigle. Au moins une plainte devrait être déposée dans les prochains mois.
Crédit : Unsplash / Museums Victoria
Derrière les murs du collège La Salle L’Aigle, se cacherait un lourd passé. Alors que des générations d’élèves ont fréquenté l’établissement grenoblois, il se trouve aujourd’hui au cœur d’accusations de maltraitances physiques et psychologiques. Un scandale qui toucherait plusieurs écoles, collèges et lycées du réseau lasallien, qui compte 200 structures en France.
Sortir du silence
Parmi les victimes présumées, un ancien élève de L’Aigle a accepté de témoigner anonymement : “Quand je suis arrivé, j'avais un an de moins donc on a commencé à me donner des sobriquets humiliants et à me frapper sur la tête. Une professeure mettait « bébé » devant mon nom de famille. Ça faisait beaucoup rire les élèves, certains ont commencé à me harceler” décrit-il.
D’abord des moqueries. Puis des coups. “Notre instituteur est arrivé, m'a mis un énorme coup de pied aux fesses par surprise, puis il m'a attrapé par le col et m'a emmené pour me mettre la tête sous le robinet d'eau froide.”
Aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années, il revisite ses souvenirs différemment : “J'ai commencé à utiliser la violence que j'avais fini par intégrer comme mode de fonctionnement.“ Pour lui, sa scolarité dans l’établissement privé a impacté le reste de sa vie : “j’ai fait cinq lycées différents jusqu'au bac, que j'ai raté trois fois.”
En devenant adulte et en devenant père, j'ai compris qu'il y avait un problème de gouvernance à L’Aigle et que cette violence n'était pas simplement de mon fait, mais aussi le résultat d'une institution et d'un encadrement qui la favorisaient.
Un combat collectif
Au sein de l’association “Mémoire, Vérité, Reconnaissance pour les victimes des Lasalliens” (MVR), d’anciens élèves souhaitent aujourd’hui engager une procédure judiciaire collective au civil contre la communauté des Frères des écoles chrétiennes, qui gère les établissements scolaires. Des témoignages similaires émanent de partout en France, à Grenoble, mais aussi à Lyon, Clermont-Ferrand et Thonon-les-Bains.
Philippe Chemineau, le président de l’association de victimes présumées, dénonce “un système généralisé. On est à plus de 58 établissements, de 1960 à aujourd'hui, et les modes opératoires sont toujours les mêmes”.
Des charges que conteste la Congrégation, qui reconnaît toutefois une défaillance dans la protection des enfants. “Ce n'est pas pour autant reconnaître un « système » organisé, qui supposerait une intention qu'aucun élément ne vient à ce jour établir”, précise le réseau La Salle.
Ailleurs en France : de possibles abus sexuels
Du côté des anciens élèves, l’association MVR pointe aussi des cas présumés d'agressions sexuelles. Si ce n’est pas le cas pour les témoignages grenoblois, d’autres disent avoir été “les cibles de prédateurs sexuels”.
Le président de l’association poursuit : “on a identifié plus d'une centaine de pédocriminels de 1960 à aujourd'hui, qui ont agi dans tous ces établissements. Le prédateur était exfiltré lorsqu'il y avait des plaintes des parents. Il allait dans une autre école et reproduisait à nouveau ces horreurs.”
La Congrégation des Frères des écoles chrétiennes admet avoir connaissance que cela a pu arriver. “Ces faits sont anciens. Il nous faut donc vérifier, avec les éléments dont nous disposons, si cette pratique avait un caractère institutionnel, ou s’il s’agissait d’un usage informel, et non moins condamnable.”
Des mesures mises en place depuis les faits
Si l’association MVR a pour but premier de mettre en lien les victimes, elle œuvre également à obtenir des réparations et une reconnaissance de la justice française. Le but n’est pas d’attaquer les auteurs, probablement décédés depuis des faits présumés potentiellement prescrits, mais bien la Congrégation elle-même. “L'objectif, c'est que le juge puisse construire une vision systémique du sujet” argumente Philippe Chemineau.
Du côté des Frères des écoles chrétiennes, des excuses ont été formulées aux victimes, avec la possibilité d’obtenir une reconnaissance et des réparations financières depuis 2022. 78 victimes auraient ainsi été indemnisées, pour un total de 2 770 000 €.
“Nous mesurons pleinement la gravité de ce que d’anciens élèves ont subi, et nous ne le relativisons en rien.” Mais le groupe défend aussi sa réputation : “Il faut le dire sans détour : les équipes pédagogiques d'aujourd'hui sont, par définition, totalement distinctes de celles d'il y a 20, 30 ou 50 ans. Cette absence de protection a pu laisser à des individus la possibilité de commettre l'irréparable. Aujourd'hui, la sécurité des élèves du réseau est la priorité absolue”.
Une cellule d’écoute a été mise en place par le District de France en 2014. En septembre 2026, la nouvelle gouvernance a également décidé de la création d’un service dédié à la protection des mineurs et à la prévention.
Le collectif MVR, lui, réclame un fonds de 100 millions d’euros pour indemniser les autres victimes potentielles. Elles seraient 303.


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