Damien Verny | Le langage pour parler et grandir
À l'approche de la Pentecôte, Damien Verny revient sur l'importance du langage dans l'éducation et la transmission. Il raconte comment, au Vietnam, des « classes d'affection » permettent à des enfants issus de minorités ethniques d'apprendre à la fois leur langue maternelle et le vietnamien, brisant ainsi le cercle de l'échec scolaire et de la pauvreté.
Damien Verny © DRDans quelques jours, nous célébrerons la Pentecôte. Selon les Écritures, les Apôtres reçoivent alors le don des langues : ils sortent du Cénacle et parlent un langage compris de tous. Non pas seulement une prouesse linguistique, mais un langage universel, celui du cœur. Une parole missionnaire qui rassemble, éclaire et met en mouvement.
Des siècles plus tard, Boileau écrira : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Derrière cette formule, une idée simple : le langage ne sert pas seulement à parler, il sert à transmettre, à comprendre et à grandir.
La langue, clé de l'éducation
Plus que jamais. La langue maternelle est la première porte d’entrée dans le monde. C’est elle qui construit l’identité, les liens familiaux, la confiance en soi. À travers elle se transmettent une culture, des traditions, une mémoire collective.
Les spécialistes de l’éducation le rappellent souvent : un enfant apprend mieux lorsqu’il peut s’appuyer sur sa langue maternelle. Sans cela, l’école devient vite un obstacle.
C’est exactement ce que vivent de nombreuses minorités ethniques des Hauts-Plateaux du Vietnam. Dans certains villages, les enfants parlent le jarai ou le banar, mais l’école publique est entièrement en vietnamien. Résultat : beaucoup arrivent en classe sans comprendre la langue de l’enseignement. Après quelques années d’efforts et de dépenses inutiles, les familles renoncent souvent à scolariser leurs enfants, les enfermant malgré elles dans le cercle vicieux de la pauvreté.
Des « classes d'affection » porteuses d'espoir
La grâce de Dieu est essentielle, bien sûr. Mais elle passe aussi par l’engagement concret des hommes et des femmes. Au Vietnam, une femme a refusé cette fatalité. Depuis trente ans, Diem Ly organise des « classes d’affection », où les enfants apprennent en alternant leur langue maternelle et le vietnamien.
Grâce à un enseignement exigeant mais profondément bienveillant, ces jeunes retrouvent confiance en eux, apprennent à aimer l’école et peuvent ensuite rejoindre le système public avec de vraies chances de réussite.
Des milliers d’enfants sont déjà passés par ces classes. Certains y enseignent aujourd’hui. J’ai rencontré l’un d’eux au Laos : frère Paul, jeune et humble franciscain originaire de Pleiku. Il parle jarai, vietnamien, laotien… et même un anglais impeccable. En me serrant la main, il m’a simplement dit : « Remerciez l’association pour son soutien aux jeunes d’Asie, vous n’imaginez pas les fruits de votre action. » Me voilà galvanisé pour plusieurs mois.
En ce temps de Pentecôte, cette histoire nous rappelle une chose essentielle : il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour. Et parfois, la plus belle manière de transmettre l’espérance commence simplement par donner à un enfant les mots pour comprendre le monde.


Association de loi 1901, reconnue de bienfaisance et habilitée à recevoir dons et legs, Enfants du Mékong n’a cessé d’évoluer depuis 1958 pour s’adapter aux demandes du terrain. Voulue comme un lien d’amitié avec les peuples d’Asie du Sud-Est, elle est restée fidèle à sa vocation première : aimer et secourir les enfants pauvres et souffrants en leur offrant un avenir grâce à l’instruction.
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