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Crise agricole : Pourquoi les agriculteurs et les syndicats du Poitou s’opposent à l’accord du Mercosur ?

Crise agricole : Pourquoi les agriculteurs et les syndicats du Poitou s’opposent à l’accord du Mercosur ?

Un article rédigé par Matthieu Riolland - RCF Poitou Deux-Sèvres, le 13 janvier 2026 - Modifié le 15 janvier 2026
Grand Témoin Région en Nouvelle-AquitainePourquoi les syndicats agricoles s'opposent au Mercosur ? Explications

Les agriculteurs et les principaux syndicats sont vent debout depuis plus d'un an contre l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Si pour une fois les différentes forces syndicales se rejoignent, certaines revendications diffèrent.

Les agriculteurs de la Vienne et des Deux-Sèvres se sont mobilisés contre l'accord du Mercosur depuis plus d'un an / Image d'illustration © Matthieu RiollandLes agriculteurs de la Vienne et des Deux-Sèvres se sont mobilisés contre l'accord du Mercosur depuis plus d'un an / Image d'illustration © Matthieu Riolland

Les premières mobilisations avaient débuté en fin d’année 2024, en France et dans plusieurs pays européens. Malgré une forte opposition, l’accord devrait être signé ce samedi 17 janvier. Celui-ci prévoit une baisse de 90% des droits de douane sur certains produits.

Ce qui doit favoriser l'arrivée dans les pays de l’Union européenne, de viande bovine, de volaille, de riz, de sucre ou encore d'éthanol produit en Argentine, au Brésil, au Paraguay ou en Uruguay.

Une concurrence déloyale

Tous les syndicats français dénoncent l’arrivée d’une concurrence déloyale. Julien Rivollet, coprésident des Jeunes agriculteurs des Deux-Sèvres, craint “qu'il y ait trop de concurrence. Il poursuit, donc nous on ne vendra pas au prix qu'on voudra et on ne sera pas assez rémunérés, déjà que ce n'est pas le cas.

Après de nombreuses mobilisations en 2024 et 2025 contre cet accord, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs se sont une nouvelle fois mobilisés en ce début d’année 2026. Ce mardi 13 janvier, plus de 300 tracteurs se sont rendus dans la capitale à l’appel des syndicats. Le même jour, sur la N147, la FNSEA 86 a réalisé des contrôles de poids lourds pour saisir les produits suspectés d’être importés de l’étranger.

La Confédération paysanne, syndicat moins adepte des actions coup de poing, est elle aussi mobilisée contre cet accord du Mercosur. Selon Martin Souriau, membre du comité syndical dans la Vienne, cette concurrence va mettre à mal certaines filières : “Il y a la filière bovine allaitante notamment, parce que l'Amérique du Sud ce sont des grosses fermes”. Lui est producteur de volaille et les importations d’Argentine, du Brésil, d’Uruguay et du Paraguay pourraient également mettre à mal le secteur de la volaille : “Sur ma ferme non, parce que je suis en vente directe. Par contre, sur l'ensemble de la filière volaille, c'est sûr qu'il y aura un impact. On n'est pas du tout sur le même niveau de production et avec des conséquences forcément sur le marché.

Des normes administratives pointées du doigt

Pour le syndicat classé à l’extrême droite, la Coordination rurale (CR), ce manque de compétitivité de l’agriculture française est dû aux normes administratives, comme l’explique Philippe Germond, président de la CR des Deux-Sèvres : “Ils utilisent [en Amérique du Sud] des produits phytosanitaires qui nous sont interdits depuis 20-30 ans. Au niveau de la viande, ils utilisent des hormones de croissance pour gagner en productivité alors que nous ça fait 20 ans qu'on n'a plus le droit.” L’agriculteur présent à Paris lors des manifestations du jeudi 8 janvier se désole du non-sens sanitaire de cet accord : 

On nous interdit de les utiliser en France, parce que c'est cancérigène, mais quand c'est utilisé dans d’autres pays ce n’est pas cancérigène. 

Cette opposition aux normes administratives et notamment environnementales est un sujet récurrent chez les agriculteurs de la Coordination rurale. La section de la Vienne avait d’ailleurs ciblé en décembre 2025 les locaux de l’association Vienne Nature Environnement. Ils reprochaient à l’association la mise en place de contraintes environnementales supplémentaires à cause de son combat pour la défense de l’environnement.

Une initiative reprise le lundi 12 janvier par les Jeunes agriculteurs de la Vienne qui ont également déversé leurs déchets devant les locaux de l’association et de l’Office Français de la Biodiversité (OFB).

La doctrine du libre-échange remise en question

Au contraire, la Confédération paysanne et Martin Souriau, membre dans la Vienne, craignent un recul environnementale : “Si on signe cet accord, il y a de grandes chances que l'Union européenne revienne sur le sujet des OGM pour faciliter la concurrence avec ces pays-là. On voit déjà qu'on est en train de revenir sur les mesures qui contrôlent les produits phytosanitaires, par exemple. L'éleveur de volaille poursuit, depuis quelques temps, on voit les effets directs du réchauffement climatique dans notre travail. Donc, l'idée, c'est quand même de travailler plus en accord avec l'environnement.

Il y a plus de huit ans, la Confédération paysanne s’opposait déjà à l’accord du CETA. Celui-ci prévoyait de favoriser l’arrivée et l'exportation de produits agricoles avec le Canada. Il a été partiellement mis en place. Pour le syndicat et Martin Souriau, ces accords sont délétères pour l’agriculture française : “Si on veut avoir une souveraineté alimentaire, on doit sortir de ce concept de libre-échange. On dit que cet accord est primordial, mais est-ce qu'on ne peut pas penser à reconstruire notre système industriel de manière différente, pour qu'on soit plus autonome ?

Philippe Germond, président de la CR des Deux-Sèvres, rejoint en partie la Confédération paysanne. Selon lui, l’alimentation devrait être un secteur préservé de la concurrence internationale.

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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