Crise à EBRA et BFM Lyon : le Club de la Presse « croit en la force des médias de proximité »
La galaxie médiatique lyonnaise a subi plusieurs secousses ces dernières semaines. Le groupe EBRA (Le Progrès, Le Dauphiné) a annoncé un plan de départs volontaires : 400 postes sur 3 200 devraient être supprimés. Côté BFM TV, les 9 rédactions régionales dont BFM Lyon sont mises en ventes par CMA Média et pourraient disparaître si aucun repreneur ne se manifeste au 31 décembre. Le Journal des Entreprises et Mag2Lyon sont aussi placés en redressement judiciaire. Une situation qui inquiète le Club de la Presse de Lyon.
Jean-Pierre Vacher, président du Club de la Presse de Lyon - © RCF LyonRCF Lyon : Plusieurs rédactions locales sont en difficulté : est-ce une tendance économique de fond ?
Jean-Pierre Vacher : Oui, il y a un bouleversement complet autour de l'économie des médias classiques, qui sont complètement bousculés par les réseaux sociaux, par le rapport à l'information des citoyens, notamment des jeunes. On consomme moins de médias, ou on les consomme de façon complètement différente. C’est donc pour cela que le Club de la Presse a souhaité exprimer à la fois sa solidarité et son soutien aux rédactions touchées par ces annonces.
RCF Lyon : Chez BFM Lyon, d'abord : que se passe-t-il chez son propriétaire, CMA Média ?
Jean-Pierre Vacher : On est confrontés là à la réaction de médias nationaux parisiens, qui décident d'investir en région et se trouvent confrontés à des difficultés, et qui prennent une décision brutale, celle d'arrêter l'expérience. C’est une rédaction qui est complètement impliquée, qui fait des journées absolument folles, du matin au soir, le week-end. On sait que faire de la télévision, ce n’est pas donné, mais je pense que les choses ont quand même évolué depuis quelques décennies.
C'est la décision d'un actionnaire qui fait le choix de faire des économies, donc c'est forcément regrettable, parce que je pense que le travail qui a été fait par cette rédaction [BFM Lyon] est exemplaire
Ce qui joue énormément, c'est la question des ressources publicitaires de ces groupes. On a un marché de la publicité qui a complètement changé, capté majoritairement par deux acteurs : Google et Meta. Il reste beaucoup moins de place pour les médias classiques.
RCF Lyon : Autre réalité, celle du groupe EBRA. Un plan de départs volontaires a été annoncé avec 400 postes supprimés. Ici, c'est l'intelligence artificielle qui est au cœur du problème : demain, le travail des secrétaires de rédaction pourrait être confié à l’IA. Quel est votre regard sur la situation ?
Jean-Pierre Vacher : Là aussi, je pense que le groupe EBRA est complètement malmené par l'évolution des recettes publicitaires. À la différence d'une télévision gratuite, il peut aussi compter sur des abonnements, sur des ventes au numéro. Mais là aussi, avec une diffusion qui s'effrite d'année en année. Et puis, de la même façon, le marché publicitaire se réduit.
S’ajoute à cela une utilisation accrue de l’intelligence artificielle. Ça peut être un formidable outil pour nous, journalistes, à condition que ça ne remplace pas notre travail. Une IA, en soi, ne fera jamais une enquête, une interview approfondie, un portrait, un travail de vérification, recouper les sources
L'intelligence artificielle peut vous aider à constituer un agenda, par exemple, aller trouver des manifestations qui se dérouleront dans la semaine qui vient, et le mettre en forme. Ça, c'est un travail qui peut être fait par l'intelligence artificielle. Mais encore une fois, pour moi, rien ne peut remplacer le travail de fond qui est fait par un journaliste. Encore une fois, la valeur d'une information, c'est la plus-value qui a été apportée par le journaliste. Et ça, pour moi, personne ne peut le remplacer.
Dès vendredi soir, on a eu une réaction de Grégory Doucet, le maire de Lyon, suite au communiqué. Et puis, pour terminer par une note positive, je crois vraiment à la force des médias de proximité, à l'heure où tout le monde est au courant de ce qui se passe dans le monde en temps réel, tout le monde a aussi envie de savoir ce qui se passe au coin de sa rue. Il n'y a pas de petites informations.


Chaque jour de la semaine à 7h33, la rédaction de RCF Lyon et de RCF Pays de l'Ain approfondit un sujet d'actualité locale, s'intéresse à un événement ou donne la parole à un acteur du territoire en 9 minutes d’interview.
