Contre la violence, une marche blanche à Grenoble ce dimanche
Ce début d’année a été une nouvelle fois marqué par des multiples fusillades, règlements de compte et faits divers liés notamment au narcotrafic dans la capitale des Alpes. Une réputation ternie pour Grenoble, mais des habitants qui se mobilisent pourtant pour faire entendre leur voix au cours d'une marche blanche ce dimanche 3 mai.
Azzeddine Mhiyaoui, ancien boxeur grenoblois, est à la tête d'un club dans la ville. C'est lui qui a lancé cet appel.
La marche blanche aura lieu dimanche 3 mai au départ de l'avenue Alsace-Lorraine (crédit : Azzeddine Mhiyaoui via Facebook)RCF Isère : Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre cette initiative ?
Azzeddine Mhiyaoui : "C'est une marche qui ne parle pas que du narcotrafic. On sait qu'il est là depuis beaucoup d'années, mais c'est une marche contre toutes les violences qui existent et pour les victimes. Parce qu'il y a eu beaucoup de morts sur Grenoble, l y a eu beaucoup d'agressions, il y a eu beaucoup d'harcèlement à l'école. En fait, c'est un ras-le-bol général.
Et puis, la raison qui m'a poussé à organiser cette marche blanche, c'est que j'ai accueilli un père de famille pendant les vacances scolaires, pour inscrire son fils dans mon club. Et puis, quelques jours après, j'ai appris qu'il avait été assassiné. Vous voyez des gens sympathiques en face de vous, et ils prennent une balle perdue ou sont assassinés gratuitement. Ca fait réagir"
RCF Isère : Cette marche blanche, c'est une marche en hommage aux victimes, mais pas seulement. Il y a aussi une volonté de montrer les Grenoblois unis face à ce problème de la violence et au ras-le-bol que vous citez.
"Oui, exactement. L'union fait la force, comme on dit. Que ce soit les éducateurs, les écoles, les associations, la politique de la ville... Tout le monde doit s'unir contre cette violence.
Les solutions, on les avait il y a quelques années pour mettre une barrière à toute cette violence. Toutes les associations devaient travailler ensemble. Toutes les structures de Grenoble, de tous les quartiers, devaient travailler ensemble. Sauf qu'à un moment, chacun tire la couverture de son côté. Je ne suis pas là pour faire de la politique mais quand on ne travaille pas ensemble, ça crée une division. Et donc, automatiquement, on oublie certaines bases d'éducation. Et c'est ce qui crée autant de violences aujourd'hui."
RCF Isère : Aujourd'hui, quand on voit les victimes les plus récentes, elles n'ont parfois aucun lien avec le narcotrafic ou avec les quartiers où il se déroule. On a dépassé ce cadre-là?
"Oui, tout le monde peut prendre une balle perdue. Mais les mots sont importants. C'est une marche contre la violence du narcotrafic, entre autres, mais le travail du narcotrafic, ce n'est pas le mien. J'ai reçu des coups de téléphone, des menaces. On me dit "Azzedine, tu t'attaques à quelque chose de gros", mais non. Je me mets en avant pour les gens qui subissent des injustices, pour des gens qui subissent des harcèlements à l'école, sur les réseaux sociaux et pour toutes les victimes.
Moi, mon boulot, c'est d'accompagner les jeunes et de dire stop à la violence. Mon boulot n'est pas d'aller faire la guerre à des gens qui trafiquent. Aujourd'hui, n'importe qui peut prendre une balle perdue. Quand vous avez des gamins qui se filment en jettant des grenades dans des salons de beauté... C'est qu'on arrive à une violence qui est extrême. C'est pour ça qu'aujourd'hui, il faut se lever et dire stop à tout ça."
RCF Isère : On a entendu la maire de Grenoble annoncer des renforts de police nationale, des CRS notamment, qui sont arrivés dans la capitale des Alpes. Est-ce que dans l'organisation de cette marche, vous avez eu des soutiens ?
"J'ai fait un appel à tous les acteurs, tous ceux qui sont responsables de tout ce qui se passe dans notre ville : aux associations, à la politique de la ville, à la préfecture. J'invite tout le monde à venir marcher avec nous parce que cette marche n'est pas qu'une marche blanche. "
Je ne veux pas une marche blanche avec une minute de silence et on passe à autre chose. Il faut que cette marche blanche marque les esprits.
RCF Isère : Qu'est-ce que vous espérez justement après cette marche ? Un sursaut ? Des actions concrètes ?
"Il faut un vrai travail de tous les responsables. Madame la préfète, madame la maire, et tous les responsables politiques autour d'une table pour qu'on puisse parler vraiment des sujets importants. Aujourd'hui, le feu a pris. On ne va pas dire que c'est trop tard, parce qu'on est encore là à se battre, mais il faut réussir à l'éteindre d'une manière beaucoup plus intelligente, beaucoup plus posée. Que les responsables de l'éducation aussi se mettent autour d'une table, pour qu'on puisse travailler avec les jeunes, parce qu'on les perd.
Ils sont en pleine construction, c'est là où ils se font une personnalité, c'est là où ils se font influencer. Donc soit on est tous tout en ensemble à suivre ces jeunes correctement pour leur donner un avenir et une vision de la vie correcte, soit on les perd. Il faut qu'on soit tous concernés."
RCF Isère : Ce que vous nous dites c'est que la répression du narcotrafic et de la violence : très bien. Mais il y a aussi tout un volet en amont pour ne pas laisser nos jeunes dériver, c'est ça ?
"Exactement. Le narcotrafic d'avant et le narcotrafic d'aujourd'hui, ce n'est pas le même. Avant, on n'en entendait pas parler. C'était une honte de savoir que quelqu'un vendait de la drogue. Aujourd'hui, c'est devenu à la vue de tout le monde.
Et aujourd'hui on a perdu nos jeunes. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu ce volet d'éducation qui a été délaissé, des responsables qui ont laissé tomber et qui n'ont pas fait, selon moi, leur boulot correctement. En fait, les responsables, ce n'est pas ceux qui vendent du shit. Les responsables c'est ceux qui laissent faire, qui délaissent ces jeunes et qui ne les accompagnent pas.
RCF Isère : Est-ce que vous auriez peut-être, Azzedine, un mot pour convier nos auditeurs à venir grossir les rangs de cette marche qui aura lieu dimanche ?
"Bien sûr, j'invite tout le monde à venir à cette marche parce que c'est important, parce qu'on compte sur vous. Et honnêtement, je suis très surpris parce que j'ai lancé ça sur un coup de ras-le-bol. Et j'ai vu que tous les Grenoblois, tout le monde en a marre, en vérité. Tout le monde a envie que ça change. Tout le monde a envie de retrouver Grenoble avec ses vraies couleurs et pas avec tout ce qui la salit autour."
La marche blanche contre les violences à Grenoble :
- Dimanche 3 mai, à 14h
- Entre la rue Jay, à proximité de l'avenue Alsace-Lorraine, et la place Notre-Dame


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