Clown Émoi : quand le nez rouge entre dans les lieux de soin
Depuis 2022, l'asbl Clown Émoi rassemble huit clowns professionnels qui interviennent auprès de personnes fragilisées dans les milieux de soin. Ania Devuyst, alias Madame Rose, et Stéphane Oertli, alias Bouton, nous présentent une démarche qui place la rencontre et l'émotion au cœur du jeu.
©pexelsIl y a quelque chose de paradoxal, à première vue, dans l'idée d'envoyer des clowns dans une maison de repos ou un hôpital. Et pourtant, c'est précisément là que Clown Émoi a choisi d'exercer son art depuis 2022. Huit clowns professionnels, aux parcours aussi variés que complémentaires, médeçins, musiciens, comédiens, psychomotriciens, éducateurs, massothérapeutes, qui mettent leurs compétences au service d'une même mission : apporter de la lumière et de la joie là où le cœur en a parfois le plus besoin.
Leurs publics sont ceux que la vie a fragilisés : personnes âgées désorientées, personnes porteuses de handicap, personnes souffrant de traumatismes ou vivant dans une précarité psychologique ou sociale. Des publics qui ne réclament pas forcément un spectacle, mais une présence, une écoute, un espace où quelque chose d'inattendu peut se produire.
Ni spectateurs, ni patients : acteurs
Ce qui distingue la démarche de Clown Émoi d'un simple divertissement, c'est la place accordée à la personne rencontrée. Ici, pas de scène, pas de public assis en rang. Les clowns entrent en relation directement, par le biais des émotions, transformant les situations les plus ordinaires du quotidien en prétextes au jeu.
L'objectif est de placer la personne au cœur de l'interaction, non comme spectatrice mais comme actrice à part entière. Cette recherche de l'émotion partagée permet de réactiver des souvenirs enfouis, de faire revivre des sensations associées à d'autres temps, d'autres lieux. Un sourire qui remonte, une chanson qu'on croyait oubliée, un geste spontané : autant de petites révolutions silencieuses que les clowns provoquent avec doigté. Clown Émoi accompagne aussi les moments de passage, ces étapes de vie que les institutions de soin connaissent bien : une entrée en maison de repos, le départ d'un ami, le deuil d'un conjoint. Des moments lourds, que les clowns n'ont pas la prétention d'effacer, mais qu'ils peuvent accompagner d'une touche de légèreté bienvenue.
Une naïveté qui demande du professionnalisme
On pourrait croire que faire le clown ne s'apprend pas. Clown Émoi pense le contraire. Intervenir avec justesse auprès de publics aussi vulnérables exige une préparation solide, une formation rigoureuse et une expérience réelle. Le professionnalisme est une valeur fondamentale de l'asbl, non pas comme frein à la spontanéité, mais comme condition de la créativité et de l'expressivité. La diversité des profils qui composent le groupe est précisément ce qui en fait la richesse. Chaque clown apporte avec lui son propre parcours de vie et ses compétences spécifiques, qui viennent nourrir la pratique collective. C'est cette pluralité qui permet à Clown Émoi d'intervenir avec autant de sensibilité auprès de publics si différents.
Et les bénéfices ne se limitent pas aux seules personnes directement concernées. Résidents, membres du personnel soignant, familles, visiteurs : tout le monde profite de ces moments où la légèreté s'invite dans des lieux qui en manquent parfois cruellement.


Donner de son temps, tendre la main, accepter la différence : donnons la parole au monde associatif.



