Cinq ans après le rapport Sauvé, Léon XIV remercie les évêques de France pour leur action contre les abus sexuels dans l'Église
Cinq ans après la remise du rapport Sauvé, le 5 octobre 2021, le pape a remercié l'épiscopat français qu'il a encouragé à poursuivre son action contre les abus sexuels et pour l'accompagnement des victimes. Dans son discours adressé aux évêques ce dimanche à Lourdes, Léon XIV les aussi encouragés à prendre part au débat public.
"Je vous remercie pour ce que vous avez fait", a dit Léon XIV aux évêques de France, une conférence épiscopale pionnière dans l'Église catholique, sur le terrain de la lutte contre les abus sexuels. ©Vatican MediaL’enthousiasme de Léon XIV pour la France résonne comme une musique nouvelle aux oreilles des catholiques et peut-être plus encore des évêques, une musique qu’ils avaient rarement entendue sous le pontificat du pape François. "L’Église en France est précieuse au cœur du Pape ! Combien je voudrais vous transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance qui m’habitent lorsque je pense à vous !" C’est ce qu’a déclaré Léon XIV aux évêques de France dans la cité mariale lors d’une rencontre à huis clos. (Son discours a été publié sur le site du Vatican.) Un pape qui aime la France et qui, 46 ans après Jean-Paul II, rappelle à son tour qu'elle est "Fille aînée de l’Église".
Cinq ans après le rapport Sauvé, Léon XIV remercie les évêques pour leur action contre les abus sexuels dans l'Église
La conférence des évêques de France - qui a créé avec la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), la Ciase, Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, confiée à Jean-Marc Sauvé - la CEF, donc, a reçu les remerciements de Léon XIV pour son action, cinq ans après la publication du rapport Sauvé. "Vous avez pris de courageuses dispositions pour y répondre, à travers l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et un engagement déterminé en faveur d’une culture de la prévention et de la protection contre ces crimes, a déclaré le pape. Je vous remercie pour ce que vous avez fait."
Le chef de l’Église catholique a encouragé les évêques à "poursuivre dans la voie engagée". Notons que la CEF a reconnu en novembre 2021 la "responsabilité institutionnelle" de l'Église et la "dimension systémique de ces violences". En octobre 2025, la Commission pontificale pour la protection des mineurs a remis un rapport au pape qui évoquait des "lacunes systémiques" mais toutes les conférences épiscopales n’en sont pas au même point. Les mots de Léon XIV prennent donc ici une résonnance particulière.
La fermeté des prises de parole de Léon XIV sur les abus sexuels permet-elle de croire qu’il reconnaîtra la systémie ? L’ancienne présidente de l'Inirr (instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation), Marie Derain de Vaucresson, a récemment regretté sur France info, que la rencontre avec les victimes et non les associations de victimes, prévue ce dimanche à Lourdes, "minimise la dimension systémique". Après avoir rencontré le pape, ce dimanche en début de soirée à Lourdes, les sept victimes de violences sexuelles dans l'Église ont affirmé lors d'une conférence de presse que Léon XIV a admis, lors de leur rencontre en privé, la dimension systémique des abus.
Avant cela, ce dimanche, devant les évêques à Lourdes, le pape s’est montré attentif à leurs souffrances. "Je sais que certains moments ont été très difficiles pour votre Conférence", a-t-il déclaré, tout en les encourageant à "faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires… Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la Vérité, et la détermination à panser les blessures."
Les évêques invités à prendre la parole dans le débat public
Lors de son discours devant les évêques de France, le pape a repris l’un de ses principaux messages adressés depuis trois jours aux catholiques de France : "L’histoire de l’Église en France est riche, immensément riche. Elle est belle et féconde... Encourager les baptisés à se “réapproprier leur héritage de foi” fait aujourd’hui partie de votre mission de pasteurs en vue d’un renouveau de l’Église en France."
Posant un regard admiratif sur l’histoire du catholicisme français, le pape américain a rappelé aux évêques de France combien "l’Église a assisté, contribué même, à la lente édification de votre Nation". Aussi, s’il comprend que notre "régime de laïcité" est "bien particulier", Léon XIV a déclaré que "la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France".
Ce dont il a fait la démonstration quelques heures plus tard depuis l’Accueil Notre-Dame assumant de prendre la parole dans le débat public au sujet de sur la fin de vie. Pour le pape, "même si elle n’est pas toujours entendue, [la parole de l’Église] y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire ; n’en doutez pas !"
"Un monde dont Dieu serait absent" : le pape exprime son inquiétude
Des encouragements à prendre part au débat public alors même que le pape identifie des signes préoccupants dans la société française : "une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés". Une situation alarmante dans laquelle les évêques sont invités à "faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser" et "à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte".
L’inquiétude sourde qu’a exprimée le pape est réelle. Il parle en effet "d’un monde dont Dieu serait absent". "Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité."
Évoquer l’idée de l’absence de Dieu ou de foi en Dieu n’est pas sans rappeler cette expression qu’avait employée Jean-Paul II en 1985 en référence à la Shoah : "De nos jours, on peut parfois avoir la triste impression d'une absence de Dieu et de sa volonté dans la vie privée et publique des hommes et des femmes… C'est précisément l'absence de foi en Dieu et, par conséquent, d'amour et de respect pour nos semblables, qui peut facilement provoquer de tels désastres."
Une attention particulière pour les familles, qui rappelle Jean-Paul II
C’est donc un pape décidément très wojtylien qui s’est adressé à la France. Lors de son homélie place de la Concorde, il avait consacré quelques mots spécifiquement aux jeunes, aux catéchumènes et aux familles. Devant les évêques, ce dimanche à Lourdes, il a insisté sur l’attention à porter à ces dernières, reprenant une intuition de Jean-Paul II, surnommé le "pape de la famille".
Évoquant "le triste recul des vocations à la vie consacrée, en particulier dans la vie contemplative", Léon XIV a déclaré que "l’approfondissement et l’enracinement de la vie de foi au sein des familles est certainement une clé qui permettra de résoudre bon nombre de crises que connaissent l’Église et nos sociétés. C’est au sein des familles, en effet, que s’apprennent la vie en commun, le respect de l’autre, l’acceptation de la diversité, le soutien réciproque, la générosité, la gratuité du don de soi et l’esprit de sacrifice."


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