Chrétiens du Sud-Liban : le courage et la résilience de la religieuse catholique Sœur Maya
"Quand vous vivez la guerre, vous ne savez pas si vous allez vivre encore une heure ou une minute. C’est ça, cette angoisse, on ne sait jamais ce qui va se passer." Dans le sud du Liban, des chrétiens ont décidé de rester malgré la peur et les bombardements. Sœur Maya El Beaino dirige un établissement scolaire réputé dans la région, qui accueille des élèves chrétiens et musulmans. Son témoignage est un exemple de résilience. Elle dit que la guerre lui a appris à "ne pas vivre dans des stéréotypes".
Le collège des Saints-Cœurs, à Aïn-Ebel, accueille des élèves chrétiens et musulmans ©Sœur Maya El BeainoL’armée israélienne a détruit ce vendredi 1er mai un couvent à Yaroun dans le sud du Liban. L’information a été confirmée par l’armée israélienne et relayée par L’Œuvre d’Orient. Ce lundi 4 mai, l’association a dénoncé dans un communiqué "un acte volontaire de destruction d’un lieu de culte et la destruction systématique des habitations du Sud-Liban visant à empêcher le retour des populations civiles".
Dans ce contexte, Pauline de Torsiac a recueilli le témoignage saisissant de Sœur Maya El Beaino. Religieuse de l'Église catholique, elle vit dans le village d’Aïn-Ebel, à cinq km de la frontière avec Israël et à 16 minutes en voiture de Yaroun. Dans le sud du Liban, les communautés chrétiennes sont prises en étau entre les villages chiites dans le viseur des tirs israéliens. En tant que directrice du collège des Saints-Cœurs, Sœur Maya livre un témoignage précieux sur le quotidien des chrétiens du Sud-Liban.
Vivre dans l’angoisse des bombardements
Sœur Maya El Beaino fait partie de ces chrétiens qui ont fait le choix de rester pour être avec les quelque 1.500 habitants qui n'ont pas fui vers le nord du pays. Un choix lourd de sens. "Ils ont coupé toutes les routes qui amènent vers Beyrouth ou Saïda, décrit Sœur Maya. Toutes les routes sont coupées." Quand ce n'est pas la connexion internet qui est coupée aussi.
Depuis deux mois, ils vivent sous la menace constante d'être touchés par les bombardements, de ne pouvoir être soigné en cas de blessure... À tout instant, ressentir l’angoisse et la peur d’être une victime civile de plus. "Quand vous vivez la guerre, vous ne savez pas si vous allez vivre encore une heure ou une minute, raconte la religieuse. C’est ça, cette angoisse, on ne sait jamais ce qui va se passer." Le 9 mars dernier, dans le village de Qlayaa, à une trentaine de kilomètres plus au Nord, le prêtre maronite Pierre El Raï est mort sous les bombes israéliennes.
Et quand ce n'est pas leur village qui est touché, il y a le bruit des explosions un peu partout. "Ça nous déchire, confie la religieuse, ça nous fait mal au cœur parce que ce sont nos voisins, nos familles. Les chiites ne sont pas tous avec le Hezbollah." Les 45 villages alentours ont été complètement rasés. Là, vivaient "des gens avec qui nous avons vécu, avec qui nous avons travaillé. Donc si la guerre s’arrête maintenant, comment les chrétiens pourront vivre ?" L'angoisse du lendemain c'est aussi le prix à payer pour ceux qui restent "coûte que coûte".
Au collège des Saints-Cœurs, des élèves chrétiens et musulmans
Le collège des Saints-Cœurs, qui a la réputation d'être un établissement de qualité, reste "la garantie pour que les gens restent parce qu’elle présente un niveau d’enseignement assez important". Pour Sœur Maya, son école est aussi "un phare pour toute la région parce qu’elle accueille des chrétiens et des musulmans".
Avant la guerre c’était un véritable lieu de convivialité et de solidarité - un établissement vieux de 165 ans : "Vous imaginez, 165 ans, c’est toute une histoire !" s'émerveille la directrice. Avant le 7-Octobre, le collège comptait plus de 1.000 élèves. Aujourd'hui, il n’en reste que 500. Et les cours se font à distance. Ce qui n’empêche pas les collégiens de se demander des nouvelles, les uns aux autres, d’une communauté à l’autre.
Dans cette situation chaotique, "quel est l’avenir de cette école chrétienne ?" s'inquiète Sœur Maya. "L’année prochaine, on va perdre au moins 200 élèves chiites parce que personne ne préfère les cours en ligne. Et même parmi les élèves chrétiens, qui sont parmi ceux qui peuvent rester, c’est trop compliqué."
70% de notre vie est dans la guerre. Cela a créé en nous cette résistance sans que nous le sachions
Sœur Maya El Beaino, "espérer toujours"
Pourtant, Sœur Maya est une femme de foi et d'espérance. Elle est devenue religieuse au sein de la congrégation des Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie (SSCJM), alors qu’elle s’était éloignée de la foi à l’adolescence.
La guerre fait partie de la vie de Sœur Maya, qui a grandi dans un village côtier, à 20 km au nord de Beyrouth. À 46 ans, elle a connu de nombreux conflits. Elle liste les guerres qui ont marqué son enfance, sa jeunesse, sa vie d'adulte : "1980, 1996, 2000, 2006, 2023 et 2026... 70% de notre vie est dans la guerre. Cela a créé en nous cette résistance sans que nous le sachions."
Son témoignage est un exemple de résilience. Sœur Maya dit que la guerre lui a appris à "ne pas être rigide, ne pas vivre dans des stéréotypes. Vous savez, quand il y a une guerre, il y a toujours des stéréotypes". Comme par exemple l'idée que "les autres, ceux qui sont différents de nous, sont méchants".
La famille dans laquelle a grandi Sœur Maya, "chrétienne pratiquante", est une famille, "qui espère toujours, qui nous a éduqués à toujours être ouverts, à toujours être positifs, à toujours être créatifs. Tout ce que j’ai acquis de mon enfance je le mets en pratique maintenant, malgré tout."


Chaque semaine, un chrétien témoigne de sa foi. Qu’il la vive dans des circonstances très particulières ou en toute simplicité, qu’il ait vécu des choses extraordinaires ou pas, il raconte pourquoi la rencontre avec le Christ a changé sa vie. Une dizaine de producteurs du réseau RCF réalisent à tour de rôle cette émission.




