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Cher : 3 affaires pourraient être examinées par le nouveau pôle "Cold Case" de Nanterre
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Cher : 3 affaires pourraient être examinées par le nouveau pôle "Cold Case" de Nanterre

Un article rédigé par Guillaume Martin-Deguéret - RCF en Berry, le 27 juin 2022  -  Modifié le 27 juin 2022
Emissions spéciales Trois affaires du Cher bientôt sur le bureau du parquet de Nanterre ?

Depuis le 1er mars dernier, un pôle spécialisé dans les "Cold Cases" a ouvert ses portes au tribunal judiciaire de Nanterre. Une équipe dédiée à 100 % au traitement de crimes non-élucidés en France. De vieilles affaires du Cher pourraient être traitées par cette nouvelle juridiction.

Le Palais de Justice de Bourges © RCF - Guillaume Martin-Deguéret. Le Palais de Justice de Bourges © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

Disparitions, viols, meurtres, dossiers jamais résolus, qui datent parfois de plusieurs dizaines d'années... Ce sont les "Cold Cases", ces affaires non résolues, pour lesquelles ni coupable, ni explication n'ont encore été trouvés, et qui dorment parfois au fond d'un placard. Certaines sont très médiatiques : Dupont de Ligonnès, Estelle Mouzin, le petit Grégory... Celles-là vous parlent sans aucun doute. D'autres ont tout simplement été oubliées. Environ 250 crimes restent non-élucidés en France. Le 1er mars dernier, un pôle a été spécialement créé au tribunal judiciaire de Nanterre pour se pencher sur certains de ces dossiers, parfois anciens.


À l'initiative, Jacques Dallest, procureur général de la Cour d'appel de Grenoble : « J'ai toujours été intéressé, à titre personnel, par la façon dont la justice s'occupait de ces crimes compliqués », explique le magistrat. « J'ai proposé il y a quelques années une réflexion au Ministère de la Justice pour améliorer la façon dont étaient traitées ces affaires ». À partir de 2019, Jacques Dallest va présider un groupe de travail interministériel sur le sujet ; il débouchera sur un rapport deux ans plus tard, qui préconisera notamment la création de ce fameux pôle. La disposition sera intégrée à la "loi pour la confiance dans l'institution judiciaire", votée par le Parlement en décembre dernier.

 

Jacques Dallest, spécialiste des Cold Cases en France © ENM.

Le spécialiste des "Cold Cases" en France

 

Le magistrat était à Bourges, le 22 juin dernier, pour donner une conférence auprès des professionnels locaux sur ce sujet. Ils étaient une cinquantaine d'avocats, greffiers, magistrats et enquêteurs de la police ou de la gendarmerie venus écouter et échanger dans l'amphithéâtre de la CCI du Cher avec le « spécialiste des Cold Cases en France », comme le présente Marie-Christine Tarrare, procureure générale de la Cour d'appel de Bourges, à l'origine de l'invitation. Un rendez-vous « important » pour la procureure, qui estime que les magistrats ne sont pas encore assez formés sur ces questions : « À l'école de la magistrature, il va falloir mettre en place une vraie culture de ces affaires-là. Reprendre de vieux dossiers, savoir comment les lire... Il faut vraiment aller traquer le détail ! »

 

Dans le Cher, on en a identifié trois actuellement. Elles pourraient éventuellement remonter à Nanterre.

 

Depuis l'ouverture de cette juridiction spécialisée, les magistrats du pays s'activent pour fouiller dans leurs dossiers : « Tout cela suppose des liens assez étroits entre les procureurs, et ce pôle de Nanterre pour qu'ils évaluent si un dossier doit remonter au Pôle », explique Jacques Dallest. « Il y a des dossiers très anciens qu'il faudrait même ressortir, qui ont été classés, mais qu'on peut, peut-être, rouvrir. Il y a une nouvelle approche de ces affaires, et je pense à la grande satisfaction des familles ».


Et en Berry, y a-t-il des "Cold Cases" qui traînent au fond du tiroir ? « Dans le Cher, on en a identifié trois actuellement », répond Marie-Christine Tarrare, qui n'en dira pas plus sur ces dossiers mais « les affaires pourraient éventuellement remonter à Nanterre. Le procureur de la République de Bourges discute avec le parquet de Nanterre pour savoir si le pôle pourrait prendre ces dossiers ».

 

La conférence a eu lieu à la CCI du Cher devant des professionnels le 22 juin dernier © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

Archéologie... Judiciaire !


Pas facile de retrouver ces vieilles affaires, parfois oubliées avec le temps : « C'est un long travail de recensement ! », précise la procureure générale de la Cour d'appel de Bourges. Et pour cause : « On n'a pas la mémoire de ces affaires. C'est la mémoire humaine des personnes qui vont dire "Ah, mais je me souviens, il y a eu une affaire, il y a 10 ans, qu'on n'avait pas élucidé". On fait un peu de l'archéologie judiciaire, on va rechercher dans les archives, on ressort des dossiers et on les regarde. Les enquêteurs peuvent aussi nous renseigner. Ce qui est important, c'est de mettre en place un vrai suivi des affaires criminelles ».

 

Trois affaires du Cher pourraient se retrouver le bureau du parquet de Nanterre © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

 

Jacques Dallest voit également dans ce nouveau pôle un vrai intérêt pour les victimes et leurs familles : « Ce qu'elles veulent, c'est qu'on leur parle, qu'on les écoute et qu'on fasse attention à elles. Elles reprochent, parfois à juste titre à la justice de ne pas les recevoir, de ne pas les entendre, voire de les mépriser ou de les tenir à distance. Ça, ce n'est pas supportable ». La justice pourrait sortir grandie.


Une centaine de dossiers ont déjà été envoyés au pôle de Nanterre. Pour les premiers résultats, il va falloir se montrer patient. 

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