« Chaque pays s’était promis de ne jamais aller jusque-là » : Damien Boyer alerte sur les conséquences de l’euthanasie
Le Parlement s’apprête à reprendre le débat sur la fin de vie. Mais que se passe-t-il dans les pays qui ont déjà légalisé l’euthanasie ? C’est la question à laquelle répond le réalisateur Damien Boyer dans son documentaire “Anesthésia”, sorti en salles le 24 juin. Son enquête ne s’intéresse pas au moment de la mort mais à ce qu’il se passe après : dans les familles, chez les proches et jusque dans la société.
© Damien Boyer, réalisateur du documentaire "Anesthésia" « On raconte toujours une belle fin de vie programmée. On ne raconte jamais l’après ». Le débat sur la fin de vie touche à son terme à l’Assemblée nationale. Avant le vote définitif attendu mi-juillet, Damien Boyer veut déplacer notre regard. Raconter l’après, c'est précisément ce qu’il est allé filmer en Belgique, aux Pays-Bas, au Canada, en Suisse et en Italie.
Les oubliés du débat
Dans “Anesthésia”, ce sont les proches qui prennent la parole. Comme Marga, dont la fille, souffrant de troubles psychiatriques, est euthanasiée à 31 ans, ou les trois amis de la comédienne Maya Simon, partis l’accompagner en Suisse pour qu'elle soit euthanasiée. « Ils se rendent compte qu’ils sont en train de la conduire à la mort. Puis commence un deuil solitaire qui dure des années », explique Damien Boyer.
Le réalisateur raconte aussi la rencontre entre une femme belge et le médecin qui a pratiqué l’euthanasie de son père. « On confronte le médecin aux conséquences de l’euthanasie. À l’enfant qui lui adresse le reproche qu’elle a d’avoir tué son père ». Pour Damien Boyer, cette réalité manque aujourd’hui au débat français. « Le grand public a besoin d’avoir accès à ces vraies histoires », indique-t-il.
Le risque d’un glissement
Pour Damien Boyer, aucune légalisation n’est restée figée. « Chaque pays s’était promis de ne jamais le faire. Le simple fait de commencer cette loi pour des fins de vie compliquées ne pourra jamais s’arrêter. Aucun pays n’y est arrivé », rappelle-t-il, avant de poser la question : « Pourquoi la France serait-elle différente ? »
Au Québec, les autorités envisageaient au départ quelques centaines d’actes par an : « Ils pensaient à 200 personnes. Ils en sont à 8 000 par an », raconte le réalisateur. En France, si la même proportion était atteinte, cela représenterait près de 50 000 euthanasies par an, soit « une personne toutes les dix minutes », alerte-t-il.
En Écosse, plusieurs députés favorables au texte sur l’aide à mourir ont finalement changé d’avis après avoir entendu les témoignages de personnes handicapées. Beaucoup disaient ressentir une pression implicite. « On n’est plus du tout dans la liberté individuelle », affirme Damien Boyer.
Montrer aussi les soins palliatifs
Le documentaire ne montre pas seulement les dérives que redoute son réalisateur. Il s’attarde aussi sur les unités de soins palliatifs françaises. « En France, on sait accompagner, on sait éviter la douleur », souligne Damien Boyer. Ces établissements sont loin de l’image que beaucoup s’en font. « On a des lieux où les gens sont en train de s’accomplir. Ils ne sont pas là pour juste finir leurs jours, mais pour vivre des journées, des semaines », observe le réalisateur.
"Anesthésia" est-il un documentaire militant ? Damien Boyer assure : « Ce n'est pas du tout un film militant. C'est un film qui rejoint différentes histoires, sans voix off notamment, et qui laisse à réfléchir, mais avec de la vraie matière. » Son objectif est désormais que les députés le voient avant le vote, car pour le réalisateur, « cette loi est bien trop petite pour contenir un sujet si grand qui est nos vies ».


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