Chaponost : une centrale photovoltaïque citoyenne mise en service
À Chaponost, une centrale photovoltaïque citoyenne de 550 panneaux vient d'être mise en service sur le toit du Centre Technique Municipal, devenant l'une des plus importantes de France portée par la coopérative Graines d'Énergies.
550 panneaux photovoltaïques ont été posés à Chaponost - © Markus Spiske via UnplashLe développement de centrales photovoltaïques citoyennes se poursuit en France : leur nombre a plus que doublé en plus de dix ans avec 348 projets solaires en cours contre 163 fin 2015. Parmi eux, la centrale villageoise de la vallée du Garon Graines d’énergie vient de se concrétiser. Ses 550 panneaux photovoltaïques ont été installés grâce aux capitaux citoyens mobilisés. « On ne va pas faire des crowdfunding sur Internet en cherchant des capitaux de personnes aux quatre coins de la France. Aux trois quarts, on doit avoir des actionnaires issus de notre territoire et un actionnaire ne peut pas avoir plus de 10% du capital pour ne pas prendre le pouvoir » détaille Maxime Thinon, président de la centrale villageoise Graines d’Énergie. Leur territoire, c’est la communauté de communes de la vallée du Garon et tous ceux qui y vivent peuvent y participer, qu’ils soient habitants, entreprises ou même conseiller municipal, seul le maire étant empêché de prendre part financièrement au projet.
« 1€ investi en local, c’est 2,50€ de retombées »
En fonction du montant investi en parts sociales dans la SAS, chaque actionnaire bénéficie d’une à trois voix lors des assemblées générales. La citoyenneté est donc au cœur de ce projet résolument ancré dans son territoire.
Physiquement, les électrons vont toujours au plus court. On ne va pas chercher des électrons de la centrale du Bugey, c'est vraiment les voisins des installations qui consomment. Après, c'est un jeu d'écriture, comme quand vous changez d'opérateur. Mais ça fait vivre le territoire, tout l'argent qu'on récolte de l'épargne des citoyens est réinvesti en local.
Comptable à Montagny, installateur principal à Chaponost, charpentier à l’Arbresle… la centrale Graines d’Énergie ne sollicite que des professionnels de la communauté de communes : « on sait qu'un euro investi en local, c'est 2,50 euros de retombées. Et peut-être qu'un jour, dans un ou deux ans on espère, on va créer un emploi ». La centrale citoyenne de la vallée du Garon loue le toit du centre technique municipal pour trente ans à la mairie de Chaponost, qui en reste propriétaire.
Mais avant, il lui a fallu financer les études de structures, de prise au vent, le calepinage (plan de pose) et les 150 000 euros d’installation. Le projet initialement pensé était deux fois plus imposant et comportait un millier de panneaux. Mais les risques industriels voisins du site ont réduit les ambitions de la centrale qui affiche finalement une puissance de 275 kWc, soit 275 000 kWh par an, l’équivalent de la consommation d’une centaine de foyers, hors chauffage et voiture électrique. « Ces 100 foyers ne vont pas être autonomes parce qu'on ne produit pas la nuit, tôt le matin ou tard le soir » nuance Maxime Thinon qui vend l’électricité à EDF grâce à un contrat sur 20 ans avec un tarif qui ne peut pas être revu à la baisse.
La vente d’électricité possible entre particuliers dès septembre
Mais dès septembre, la centrale villageoise Graines d’énergie va proposer l'autoconsommation collective, une vente directe aux habitants du territoire au tarif de 12 centimes HT le kWh, contre 19 centimes en moyenne pour le tarif réglementé d’EDF. Elle deviendra ainsi un fournisseur d'électricité à part entière pour les résidents dans un périmètre de 20 kilomètres autour de la centrale, couvrant l’ensemble de la communauté de communes. Pour éviter que les bénévoles n’aient à gérer la facturation des clients, les futurs usagers devront prépayer leur consommation sur une application. Mais le changement ne s’arrête pas là : « n'importe quel producteur peut aussi nous rejoindre et s'inscrire dans la boucle. Donc on se crée nous-mêmes une concurrence mais ça permet à tous les particuliers qui ont quelques panneaux chez eux de pouvoir vendre à leurs voisins au prix qu’ils veulent » s’enthousiasme Maxime Thinon.
Economique pour les habitants, la centrale de Chaponost est aussi un atout pour la municipalité. Chaque ville ou communauté de communes de plus de 20 000 habitants doit élaborer un plan climat-air-énergie territorial (PCAET) pour coordonner la transition énergétique. Celui de la Vallée du Garon a été délégué au Syndicat de l’Ouest Lyonnais, avec celui des pays de l’Arbresle, Mornantais et des Vallons du Lyonnais. « Grâce à nous, les mairies peuvent satisfaire ces obligations gratuitement, même en gagnant un loyer » estime Maxime Thinon.
« Une belle centrale photovoltaïque, en un an, elle est faite »
Malgré le défi majeur du changement climatique, le gouvernement a publié le 4 juin 2026 un arrêté signant la fin des aides aux petites installations photovoltaïques. En conséquence, le prix d’achat de l’électricité par EDF qui oscillait entre 5 et 9 centimes pour les moyennes installations tombe à 1,1 centime. Pour Graines d’Énergie, à ce tarif-là, impossible d’être rentable pour une petite structure : « on apporte à peu près 15% du montant en fonds propres, le reste c'est des prêts bancaires mais le banquier ne voudra pas nous prêter. Il faudra qu'on trouve d'autres solutions ou faire des installations plus grosses, parce qu'au-dessus de 500 kilowatts de crête, c'est un appel d'offres différent ».
C’est d’ailleurs ce qui va se passer à Montagny, où une centrale importante en projet, comportant des ombrières et une salle des fêtes, pourrait permettre de vendre l’électricité 8 à 9 centimes du kWc. Une accélération justifiée pour Maxime Thinon : « le gouvernement est allé sur des centrales nucléaires mais les premières n'arriveront pas avant 15 ans. En attendant, il faut que la transition se fasse. Il faut une dizaine d'années pour installer une éolienne. Une belle centrale photovoltaïque, en un an, elle est faite. Donc, c'est assez rapide ». Tellement rapide que Graines d’Energie porte encore trois projets pour 2026 et un pour 2027, dont l’installation d’une nouvelle centrale à Chaponost, sur le toit d’un bâtiment agricole cette fois.


Chaque jour de la semaine à 12h, Anaïs Sorce reçoit celles et ceux qui font bouger la région lyonnaise, le Roannais et le Nord-Isère, en rendant notre quotidien meilleur.




