"Cette loi rompt avec la promesse républicaine", déclare le député socialiste Dominique Potier
Le 25 février, l’Assemblée nationale a adopté les deux propositions de loi sur la fin de vie. Le texte sur le développement des soins palliatifs a été voté à l'unanimité. Celui légalisant l'euthanasie et le suicide assisté a été voté par 299 voix contre 226. Dominique Potier, député socialiste de la Meurthe-et-Moselle, était présent dans l'hémicycle.
Hémicycle de l'Assemblée nationale le 25 février 2026 ® Quentin de Groeve, HansLucasUne nouvelle étape vient d’être franchie. La version finale des deux textes que comporte la loi sur la fin de vie sera de nouveau examinée par le Sénat au mois d’avril. Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, a redit sa détermination pour permettre l'adoption définitive des textes avant l’été.
L’interdit de tuer est "fondateur"
"La promesse de la République, c'est la liberté dans l'égalité et dans la fraternité", rappelle Dominique Potier. Dans toute démocratie, le souci des personnes les plus vulnérables devrait être selon lui "prioritaire". Il souligne le manque d'égalité, notant que de nombreux Français n'ont toujours pas accès aux soins palliatifs adéquats, une condition essentielle pour discuter de la fin de vie de manière éthique et équitable. Citant l’exemple de Robert Badinter, Dominique Potier ajoute que "l’interdit de tuer est fondateur du droit contemporain" et donc "de notre démocratie". Parmi les 69 membres du parti socialistes, seuls 4 ont voté contre le texte visant à légaliser l'euthanasie. Dominique Potier en fait partie. Pour lui, cette adoption est synonyme de "rupture" avec la promesse républicaine.
Cette liberté s’entrechoque violemment avec l'absence d’égalité face à l’accès aux soins palliatifs.
Pas de comparaisons juridiques entre les systèmes
L’euthanasie est accessible dans plusieurs pays. Au Canada, "l'aide médicale à mourir" est autorisée pour toute maladie grave et irréversible causant des souffrances intolérables. En 2024, cette pratique a représenté environ 5% de l'ensemble des décès au Canada, avec 16 499 cas enregistrés, soit une hausse de 6,9% par rapport à 2023. Aux Etats-Unis, dans l’Oregon, cette pratique est réservée aux résidents en phase terminale. "0,7% des personnes qui y décèdent ont pratiqué un suicide assisté", estime le député français. Dominique Potier affirme qu’il n’existe "aucune comparaison sérieuse entre ces deux systèmes juridiques". En ce qui concerne la France, "devons-nous nous fier au système canadien ou américain ?" interroge Dominique Potier. Suite aux débats auxquels il a assisté à l’Assemblée nationale, il déplore "le manque de technicité dans l’aspect juridique de ce texte". Interrogés plusieurs fois sur le nombre de personnes demandant réellement l’euthanasie, le rapporteur Olivier Falorni et la ministre de la Santé Stéphanie Rist donnaient "des réponses évanescentes ou niant les enjeux de société".
Il y a cette perte de repères fondamentale, il y a un danger à ce que cette pensée de la liberté, parfois libertaire, ne fasse finalement le lit d'un système totalitaire.


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