"C'est vraiment libérateur" : A La Rochelle, des "Apéros de la Mort" pour échanger sur son deuil
Depuis un an, Stéphanie Marzin et Laëtitia Lecestre coaniment des "Apéros de la Mort" à La Rochelle. Objectif, proposer un cadre détendu à des personnes endeuillées et les faire échanger.
Laëtitia Lecestre (1ère en partant de la gauche) et Stéphanie Marzin (4e) entourées par les participantes d'un Apéro de la Mort à La Rochelle le 2 avril dernier. © Stéphanie MarzinDu 8 au 11 mai se tient une nouvelle édition du Printemps des Cimetières, qui fête cette année ses 10 ans. Pendant quatre jours, de nombreux rendez-vous sont proposés pour (re)découvrir le patrimoine funéraire dans toute la France.
A La Rochelle, deux rendez-vous ont attiré notre attention : les 9 et 10 mai ont lieu au cimetière Saint-Eloi un Apéro de la Mort. Organisés en partenariat avec la mairie par l'association Happy End, ils sont coanimés par Laëtitia Lecestre, officiante de cérémonie et assistante funéraire, et Stéphanie Marzin, ancienne manageuse en reconversion et actuellement en formation pour devenir accompagnante deuil et fin de vie.
"On crée une petite bulle"
"Des gens arrivaient en disant, quand j'ai raconté à mes proches que je venais à un Apéro de la mort, ils pensaient que j'allais boire jusqu'à en mourir : ce n'est pas ça !", sourit Laëtitia Lecestre. Et pour cause, le concept est loin de reposer sur la boisson, puisque le terme Apéro se veut seulement convivial. "On crée une petite bulle", explique Stéphanie Marzin, "qui permet aux gens de venir s'exprimer, souvent sur le deuil, la perte et tout ce qui l'entoure". Le but selon elle, "se rendre compte qu'on n'est pas tous seuls".
Inspirés des "cafés mortels", lancés en Suisse en 2004 par le sociologue Bernard Crettaz, les Apéros de la Mort se développent peu à peu en Charente-Maritime, avec des rendez-vous bimensuels. "Quand on accueille les témoignages, on voit que c'est important", raconte Laëtitia Lecestre, "au bout des deux heures d'échange, les participants repartent avec la banane". Car l'officiante de cérémonie l'assure, ces rendez-vous ne sont pas des moments aussi sinistres qu'on pourrait le croire : "c'est vraiment libérateur de venir déposer cela et d'en avoir parlé". Le fait d'en parler avec des inconnus, "qu'on ne recroisera jamais", aide aussi selon Laëtitia Lecestre à se libérer.
Une population très féminine
Un moment suspendu pour les participants, mais aussi pour les animatrices, qui supervisent ces rendez-vous depuis un an à La Rochelle. Stéphanie Marzin se remémore ainsi d'un Apéro qui l'avait marquée : "une personne était vraiment fâchée avec sa famille, ils n'ont pas vécu le deuil de la même façon ; après les témoignages de chacun, la personne est repartie en disant "je vais peut-être recontacter ma famille"". Une forme de satisfaction : "si on est là juste pour ça, je trouve ça chouette", sourit Stéphanie Marzin.
Si "les Apéros sont toujours différents", assure Laëtitia Lecestre, une ombre au tableau persiste : la proportion très faible d'hommes qui participent. "Nous avons beaucoup de femmes", décrit Stéphanie Marzin, sans pour autant trouver de véritable explication à cette population très féminine. " [Le deuil] touche tous les âges et tous les genres", souligne-t-elle, "mais qu'est-ce qui fait que les hommes ne franchissent pas le pas ? Je ne sais pas."
Pour participer aux Apéros de la Mort organisés dans le cadre du Printemps des Cimetières, rendez-vous ici.


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