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« C'est la fin de l'hyperpuissance américaine », analyse Gilles Kepel

« C'est la fin de l'hyperpuissance américaine », analyse Gilles Kepel

Un article rédigé par Alexis Mercier - RCF, le 19 mai 2026 - Modifié le 19 mai 2026
L'Invité de la Matinale« Le Qatar et l'Arabie Saoudite considèrent que Donald Trump est faible », analyse Gilles Kepel

Invité de la matinale de RCF Notre Dame, Gilles Kepel analyse les recompositions stratégiques au Moyen-Orient. Il décrit un affaiblissement américain face à la montée en puissance des logiques régionales et sino-russes.

Gilles Kepel, politologue français ; spécialiste du monde arabe contemporain et de l'islamisme radical ; essayiste. ©DRGilles Kepel, politologue français ; spécialiste du monde arabe contemporain et de l'islamisme radical ; essayiste. ©DR

Les équilibres internationaux entrent dans une phase de recomposition accélérée. Celle-ci est marquée par des incertitudes sur le rôle des États-Unis et la montée en puissance de nouvelles logiques d'alliances. C'est dans ce contexte que Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, décrypte une situation qu'il juge instable. 

Un « bluff permanent » américain contesté

Les hésitations de Donald Trump face à l'Iran illustrent une perte de cohérence stratégique de Washington. Gilles Kepel évoque « un bluff permanent », estimant que la parole américaine est désormais fluctuante et donc moins crédible sur la scène internationale.

Le politologue voit dans cette instabilité un symptôme plus large. « C'est la fin de l'hyperpuissance américaine », déclare-t-il, une dynamique amorcée après la fin de la Guerre froide, quand les États-Unis semblaient capables d'intervenir efficacement sur tous les théâtres majeurs. « Les États-Unis étaient devenus la seule puissance mondiale disposant de la capacité militaire à soutenir ses alliés et à éliminer ses adversaires », rappelle-t-il, avant d'avancer que ce modèle montre aujourd'hui ses limites.  

Cette grille d'analyse est toutefois discutée parmi les spécialistes en relations internationales. Le politologue américain Joseph Nye, théoricien du « soft power », estime encore que « le siècle américain est loin d'être terminé », considérant que la puissance américaine demeure dominante malgré la montée de la Chine de Xi Jinping.

Le Golfe face à ses propres calculs stratégiques

Dans cette recomposition, Gilles Kepel met en avant les doutes croissants des pays du Golfe vis-à-vis de la protection militaire américaine. Les attaques et contre-attaques dans la région ont révélé des fragilités dans les systèmes de défense, poussant certains États à diversifier leurs partenariats. 

Il observe également un rapprochement pragmatique entre plusieurs acteurs longtemps opposés, notamment autour des accords d'Abraham. « Ils ont mis leur rivalité en sourdine et cherchent des accommodements », explique-t-il, évoquant une logique d'adaptation face à la menace iranienne. 

Cette lecture centrée sur le réalisme stratégique est néanmoins nuancée par d'autres analystes. Plusieurs études soulignent que ces rapprochements restent fragiles et largement dépendants des équilibres internes. Un rapport du Washington Institute note ainsi qu'« une partie importante des opinions publiques du Golfe continue de désapprouver les accords d'Abraham », malgré les coopérations sécuritaires entre États arabes et Israël.

Une recomposition mondiale encore incertaine 

Enfin, ces dynamiques s’inscrivent dans une transformation plus large de l’ordre international. Selon Gilles Kepel, celui-ci est marqué par l’affaiblissement relatif de la Russie et la montée en puissance de la Chine comme acteur d’équilibre. Dans ce système, Pékin jouerait une stratégie de long terme, en arbitrant selon ses intérêts énergétiques et commerciaux. 

« Certains acteurs n'ont pas intérêt à ce que la guerre se termine », souligne-t-il, en référence à des logiques de maintien de tension dans la région.

Cette lecture d'un monde fragmenté, structuré par des rapports de force en constante évolution, interroge toutefois : s'agit-il réellement d'une fin de l'hyperpuissance américaine ou plutôt d'une reconfiguration de ses modalités d'influence ? Les débats restent ouverts parmi les spécialistes des relations internationales.

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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