« Ce sera une loi du pouvoir médical », alerte Claire Fourcade sur l'aide à mourir
L'assemblée nationale a adopté en troisième lecture le texte sur l'aide active à mourir. 295 voix pour, 232 contre. Derrière ce vote, Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs à Narbonne, voit déjà une bascule dans les services hospitaliers. Pour elle, « ce sera une loi du pouvoir médical ».
Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs et ancienne présidente de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs © RCF295 voix pour, 232 contre. Le vote était serré et il continue de se resserrer lecture après lecture. Pour Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs à Narbonne, ce détail a autant d'importance que le fond du texte. « On voit qu'à chaque vote, l'écart se resserre », souligne-t-elle. Cependant, cela ne change pas l'essentiel : « Ça ne suffit pas », affirme la médecin. Dans son cabinet mais aussi dans les services hospitaliers, c'est toujours la même impression qui revient. Celle d'une loi qui avance trop vite et des soignants qui découvrent parfois tardivement ce qu'elle signifie.
Une loi qui divise les soignants
« C'est une loi extrêmement clivante », pose Claire Fourcade, qui conteste l'expression de « large majorité » reprise par certains médias. Selon elle, cette expression donne une image trompeuse d'un texte qui ne fait l'unanimité ni dans la société ni dans le monde médical.
Dans les services de soins palliatifs, l'inquiétude est déjà bien présente. « Il y a énormément de soignants qui ignorent complètement ce que contient ce texte », explique-t-elle. Et lorsqu'ils en prennent connaissance, la réaction est souvent la même : surprise puis tension. « On voit les soignants découvrir ce qui les attend, et ça suscite une inquiétude très importante », observe l'ancienne présidente de la Société française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs.
Le temps médical bouleversé
Au delà du texte, c'est la procédure qui alerte les critiques de Claire Fourcade. Dans la loi votée, la demande d'un patient peut être instruite en 14 jours, avec des avis parfois rendus « sur dossier », sans rencontre obligatoire. « Ça veut dire que la décision peut être prise par trois soignants qui ne connaissent pas le patient », résume-t-elle. Surtout, selon elle, il y a une inversion des priorités inquiétante : « Le système de santé va devoir se réorganiser pour répondre plus rapidement à une demande de mort qu'à une demande de soin », déplore la médecin. Elle insiste aussi sur la question des critères qu'elle juge d'« insupportables, réfractaires ! Qui évalue ça ? »
Ce que le texte change à l'hôpital
Pour Claire Fourcade, la loi ne se contente pas d'ouvrir un droit individuel, mais elle envoie un message collectif. « Quand on dit "je te retiens pas", ça veut dire "va-t'en" », affirme-t-elle. La médecin en soins palliatifs nous retransmet les mots d'une patiente : « J'ai dit que je voulais mourir et on m'a répondu : tu es libre. Personne m'a dit : on tient à toi. » Face à ce texte de loi, cette déclaration défend alors la vision des soins palliatifs. Pour Claire Fourcade, aujourd'hui, il faut désormais continuer à résister : « La résistance, ce n'est pas l'opposition, c'est la proposition d'un autre modèle », conclut-elle.


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