Cannes 2026 : le cinéma face aux tensions géopolitiques
Le Festival de Cannes 2026 s'achève avec une sélection inégale, mais marquée par des films souvent centrés sur la guerre et les fractures de l'histoire. Du film d'Emmanuel Marre sur la Collaboration à "Fjord", Palme d'or du jury œcuménique, que retenir de cette 79e édition ?
Affiche du film "Fjord" ©DRComme toujours, je rentre avec plein de films dans ma besace, dont je vous parlerai tout au long de l’année, lors de leur sortie en salles. Mais avant cela, quelques tendances générales sur cette Sélection qui a été assez irrégulière – on l’a dit- mais nous a offert heureusement quelques très belles surprises.
La plus impressionnante, c’est le film "Notre Salut", d’Emmanuel Marre qui revisite la période de la Collaboration, en s’inspirant de la correspondance de son arrière-grand-père. C’est le quotidien d’un petit fonctionnaire de Vichy, chef de service à Limoges, filmé de façon naturaliste et très contemporaine. En somme, une vie de bureau qui pourrait être la nôtre aujourd’hui et qui renouvelle totalement notre regard sur la guerre. Après le film de Xavier Giannoli, "Les Rayons et les ombres", le cinéma français ose enfin aborder frontalement et en vérité cette zone grise de notre histoire.
La guerre sur le grand écran
Cinq autres films en Compétition parlent de guerres. Est-ce l’époque qui veut cela ? Oui malheureusement… Le festival de Cannes c’est aussi cela, être le reflet du moment. Or les guerres en font tristement partie. Je vais les citer car tous sont des œuvres majeures. "Moulin" de Lázló Nemes, sur le face-à-face entre le résistant français et son bourreau Klaus Barbie. C’est terrifiant, mais est-ce vraiment utile finalement? Je ne sais pas... En revanche, les quatre autres sont incontournables.
"Fatherland" de Pawel Pawlikowski, sur le retour de l’écrivain Thomas Mann dans une Allemagne en ruine en 1949. Un voyage en noir et blanc de toute beauté, de Francfort à Weimar, et une méditation intense sur l’impossibilité d’une réconciliation quand les idéologies dominent.
"Minotaur" de Andrei Zviaguintsev, du réalisateur russe dissident. Un réquisitoire implacable sur l’effondrement actuel de son pays, vu à travers la décomposition d’un couple. L’histoire d’un adultère adaptée de "La Femme infidèle" de Chabrol, mais vue ici comme une métaphore des compromissions, des lâchetés et de la violence du régime de Poutine, qu’il a d’ailleurs apostrophé personnellement lors de la réception de son Grand Prix.
"La Bola Negra", film espagnol et prix mérité de la mise en scène, est une épopée virtuose et allégorique sur le franquisme, qui traverse trois générations, et sur les conséquences intimes et politiques des mensonges imposés.
"Coward" enfin, de Lukas Dhont, revient sur la Première guerre mondiale à travers des images rarement montrées : celles de soldats chargés de divertir les troupes par leurs talents artistiques variés. Un film qui croise donc le second thème majeur de cette Compétition selon moi : l’importance de l’art et de l’imaginaire, non pas pour réenchanter le réel mais au contraire pour venir le télescoper et le faire bifurquer vers un avenir meilleur.
"Fjord", une Palme pour le dialogue
Pour finir, le prix du Jury œcuménique qui a aussi obtenu la Palme d’or : c’est le film "Fjord" du Roumain Cristian Mungiu. Un film que le jury œcuménique a qualifié d’« avertissement puissant face aux risques engendrés par les dérives idéologiques » et auquel le réalisateur, venu chercher son trophée, a répondu ainsi : « Je suis très heureux (…) que vous ayez compris que je ne fais aucune forme de propagande. Ce n’est pas un film ni en faveur ni contre des valeurs quelconques [mais] qui nous encourage à comprendre que ce n’est que par le dialogue que nous pourrons partager ces valeurs (..), à savoir la tolérance et l’empathie envers les autres. »


Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !




