Bruno Patino : pour une révolution numérique humaniste
Au cœur de l’ère numérique, les machines et les outils d’intelligence artificielle occupent une place de plus en plus importante dans nos vies quotidiennes. Face à une humanité progressivement fragmentée, Bruno Patino, auteur de Le temps de l’obsolescence humaine, plaide en faveur d’une révolution numérique humaniste. Un discours qui entre en résonance avec celui du pape Léon XIV dans son encyclique Magnifica Humanitas.
Bruno Patino ©RCF Notre DameL’homme est-il devenu obsolète à l’ère de l’IA ? Bruno Patino, président d’Arte et essayiste, est l’auteur de Le temps de l’obsolescence humaine, un ouvrage paru en mars dernier aux éditions Grasset. Il y analyse la révolution technologique que l’humanité traverse depuis plusieurs décennies et s’interroge sur la manière dont les technologies transforment nos vies, tant à l’échelle individuelle que collective. Bruno Patino dresse ainsi le constat d’une humanité qui délègue progressivement son existence aux machines et finit par s’isoler. Un diagnostic que partage le pape Léon XIV dans son encyclique Magnifica Humanitas.
Révolution numérique et délégation aux machines
Bruno Patino, dans son ouvrage, s’intéresse à la future « omniprésence » des machines dans notre quotidien. D’après lui, « ces intelligences artificielles nous accompagnent […] de plus en plus pour organiser notre vie personnelle ». Cela signifie-t-il que l’homme délègue sa vie à la machine ? Dans certains aspects de notre vie, oui. Bruno Patino évoque notre « tendance » ou notre « désir » de délégation. La délégation survient en premier lieu dans le domaine du travail, pour des questions de productivité, mais apparaît progressivement dans la vie personnelle pour prendre des décisions médicales, intimes ou relationnelles, par exemple.
Mais « quelles sont les conséquences d'un niveau de délégation de plus en plus croissant ? ». Pour Bruno Patino, l’enjeu, c’est la relation. En effet, il existe selon lui un paradoxe : la révolution numérique « doit nous connecter tous » en créant du commun, mais finalement, « quand on regarde bien ce qui s’est passé, ça nous a fragmentés ». Ceci est le résultat de « deux forces contradictoires », opposant la force du réseau, « qui a tendance à rassembler », et « celle de l’économie de la donnée, qui a tendance à fragmenter », explique-t-il. Les IA, qui deviennent des « compagnons » selon l’expression américaine, nous enferment dans une solitude profonde. En conversant avec elles, bien que nous croyions échanger avec une altérité, nous nous adressons à « une forme de miroir », affirme Bruno Patino.
Aspirer à une révolution numérique au service de l’humain
La révolution numérique et l’avènement de l’intelligence artificielle entraînent aussi des enjeux spirituels. Le pape Léon XIV affirmait dans son encyclique Magnifica Humanitas qu’« aucun système de calcul ne génère un cœur qui se donne, ni une conscience qui discerne le bien ». Bruno Patino, en accord avec l’affirmation du pape, souligne que « quand on parle d’économie de la donnée et de révolution numérique, on parle d’un système de calcul ». Et cet « empire du calcul, petit à petit, étend son emprise sur nos vies ». L’essayiste ajoute que « l’être humain a un mystère qui ne peut pas se résumer au calcul » : s’enfermer dans le calcul serait prendre le risque de se priver d’une partie de ce mystère.
Bruno Patino décrit alors son ouvrage Le Temps de l’obsolescence humaine comme « un plaidoyer pour une révolution numérique humaniste ». En réalisant que nos cerveaux ne peuvent être manipulés, en redéfinissant un « cadre de responsabilité », en intervenant au niveau politique, nous pourrions œuvrer à faire de cette révolution numérique un atout. Parce que, comme l’auteur et le pape Léon XIV le soulignent, ceux qui développent les outils d’intelligence artificielle n’ont aujourd’hui pour but que d’augmenter les profits. Mais cette révolution numérique humaniste n’adviendra pas par elle-même : « cela va être un combat, comme l’ont été tous les combats humanistes ».


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