Baisse de la natalité en France : comment comprendre cette tendance ?
La natalité en France atteint un niveau historiquement bas, avec un solde naturel négatif pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette baisse reflète à la fois des contraintes économiques et sociales et des changements dans les choix de vie et de la perception de la parentalité.
© FreepikLa baisse de la natalité est un phénomène actuel, qui n’est pas seulement français mais mondial. Comment penser cette décroissance de la natalité sur le long terme ?
D'où vient ce phénomène de dénatalité ?
Des données chiffrées
En 2025, il y a eu 645.000 naissances pour 651.000 décès, selon l’INSEE. Gilles Pison, anthropologue et conseiller de la direction pour la communication scientifique de l’Ined - Institut national d’études démographiques, explique que "cette hausse de décès devrait se poursuivre". Elle est liée aux générations du baby-boom, nées dans les années 1946 et 1974, qui atteignent les 50 et 80 ans, qui "vont vieillir, puis mourir". Selon lui, il faudrait s’attendre à "une hausse autour de 200.000 d’excédents de décès sur les naissances en 2050". Selon lui, cela ne veut pas dire que la population diminue. "En 2025, elle a augmenté d’un quart de pourcent parce que le solde migratoire fait plus que compenser le solde naturel négatif", explique-t-il.
Cette hausse de décès devrait se poursuivre.
La baisse de la fécondité est un phénomène mondial. Le directeur de l’Ined informe qu’elle est a 2,1 enfants par femme. Sur l’échelle européenne, Gilles Pison rappelle que "la France fait partie des pays à la fécondité la plus élevée en Europe", avec 1,56 enfant par femme en 2025 : ce qui est 25% supérieur à la moyenne européenne. Julien Damon, enseignant chercheur à Sciences Po et à HEC, ajoute que "nous ressemblons de plus en plus à la moyenne des pays riches avec un petit cocorico car nous restons en tête de la fécondité occidentale".
Des explications sociétales
Gilles Pinson explique qu’il y a “des inégalités entre hommes et femmes partout, mais que c’est dans les pays où elles sont les plus fortes que les femmes ont le moins d’enfants. Elles font de longues études, et aspirent à exercer un métier comme les hommes”, ce qui les incitent à repousser le moment d’avoir un enfant et de se mettre en couple, privilégiant leur vie professionnelle.
Julien Damon observe quatre tendances qui peuvent expliquer cette baisse, en quatre mots en -ion : l’éducation des femmes, l’accès à la contraception qui est une des grandes explications de la baisse de la natalité, l’urbanisation et, pour les pays riches, la conciliation entre les projets professionnels et les projets familiaux.
Ce n’est pas le nombre d’enfants qui va résoudre le problème environnemental.
L’enseignant à Sciences Po et à HEC rebondit sur le témoignage d’une auditrice de Je pense donc j’agis, qui témoigne de la démotivation de ses deux filles concernant la maternité : l'aînée voudrait un deuxième enfant mais est freinée par l’aspect financier, et la cadette, elle, est plutôt freinée par l’argument écologique et insécuritaire. Selon Julien Damon, c'est un mauvais argument puisque “ce n’est pas le nombre d’enfants qui va résoudre le problème environnemental, c’est le mode de vie”.
Qu'espérer pour l’avenir ?
Julien Damon invite à relativiser les discours anxiogènes. "À chaque bilan de l’INSEE, on saute en l’air et on a peur", déplore-t-il, alors même que la France reste "en tête de la fécondité occidentale", avec 1,56 enfant par femme, soit un niveau supérieur à la moyenne européenne. Autrement dit, la situation française n’est ni exceptionnelle, ni dramatique.
La grande majorité des adultes souhaitent encore avoir des enfants.
Dans ce contexte, la notion de “réarmement démographique”, employée par Emmanuel Macron frappe par son vocabulaire militaire. Mais, comme le souligne Julien Damon, “personne ne fait des enfants pour rééquilibrer les comptes sociaux”. On ne répond pas à une injonction politique par la naissance. Plus qu’un réarmement, c’est donc un "réenchantement" de la confiance dans l’avenir qui importe.
Enfin, les enquêtes montrent que “la grande majorité des adultes souhaitent encore avoir des enfants” d’après Gilles Pison. La France n’est pas face à un effondrement, mais à une transformation lente qui appelle à l'anticipation plutôt qu'à l'alarmisme. "Il ne faut pas céder à la peur, mais plutôt espérer l’avenir".


Cette émission interactive présentée par Melchior Gormand est une invitation à la réflexion et à l’action. Une heure pour réfléchir et prendre du recul sur l’actualité, et pour agir, avec les témoignages d’acteurs de terrain pour se mettre en mouvement et s’engager dans la construction du monde de demain.
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