Bac de philo 2026 : bonheur, parole et Nietzsche au programme des terminales
"Avons-nous la maîtrise de nos paroles ?" "Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?" Les terminales ont planché ce lundi sur leurs sujets de philo. Paul Montarnal, professeur de philosophie à Albi et Carmaux, les décrypte.
Bac de philo oblige, décryptage des sujets 2026 © DanielPremier sujet de dissertation : avons-nous la maîtrise de nos paroles ? Un intitulé qui semble classique,et qui l'est, en partie. La question de la manipulation par le langage, du rôle de la rhétorique chez Platon, de la persuasion comme danger : autant de pistes bien balisées que la plupart des élèves auront travaillées en cours.
Mais Paul Montarnal, professeur de philosophie à Albi et Carmaux, pointe un piège subtil : "Le sujet parle de la parole, pas du langage. Les bonnes copies feront cette distinction, entre le langage comme système de signes général et la parole comme acte de langage à visée pratique." Une nuance décisive.
Pour l'illustrer, il évoque une image de Nietzsche : le langage comparé à une toile d'araignée. Quelque chose que nous sécrètons, qui nous permet de naviguer dans le monde, mais qui est aussi, par définition, un piège. Une ambivalence au cœur même du sujet.
Peut-on être heureux quand les autres souffrent ?
Deuxième dissertation : peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? Un sujet que Paul Montarnal nous dit apprécier. "Il pose la question du rapport entre soi et l'autre, et ce qui est intéressant, c'est de montrer que le souci de soi peut être une condition du souci des autres, et non un obstacle."
Il pense à Rousseau, qui distingue deux sentiments à l'état de nature : l'amour de soi (s'aimer suffisamment pour se maintenir en vie ) et la pitié (trouver la souffrance des autres désagréable). "Comme la souffrance des autres nous est désagréable par amour de soi, on essaye de la réduire. Il y a donc entre ces deux sentiments non pas une simple compatibilité, mais presque une relation de condition nécessaire."
Un sujet ouvert, exigeant, qui invite les élèves à dépasser l'opposition facile entre bonheur individuel et solidarité.
Nietzsche hors des sentiers battus
Troisième épreuve : une explication de texte tirée d'Humain, Trop Humain. Et là, la difficulté est d'un autre ordre. Le texte aborde la méthode scientifique : un Nietzsche inhabituel, lui que l'on associe plutôt à la méfiance envers la science et à la "philosophie à coups de marteau". "Ici, il fait l'éloge de la méthode scientifique, résume Paul Montarnal. La difficulté pour les élèves, c'est de se rendre disponibles à la nouveauté du texte, et de ne pas projeter dessus ce qu'ils pensent savoir."
Un exercice de lecture attentive, donc, peut-être le plus révélateur de la posture philosophique authentique.
Et maintenant, les corrections
Des sujets faciles ? "Non, je ne pense pas", conclut l'enseignant. Chacun recèle son piège propre : la distinction parole/langage pour le premier, la posture de lecture pour le texte de Nietzsche. Reste à voir comment les élèves s'en sont emparés. "J'ai hâte de voir s'ils arrivent à utiliser ces sujets pour développer leur propre réflexion."


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