Au cœur des Collines de Besplas, la lavande du Lauragais audois
En Lauragais audois, Marie-Ludovie de Marcillac cultive la lavande sur une vingtaine d'hectares. De la plantation à la distillation, elle nous ouvre les portes d'un savoir-faire exigeant, ancré dans le respect du vivant.
Dans le Lauragais, Marie-Ludovie cultive sa lavande © Véronique PagnierOn ne s'attend pas forcément à croiser des parcelles bleues en Lauragais audois. Et pourtant, aux Collines de Besplas, près de Besplas et Villasavary, le paysage a changé de couleur depuis que Marie-Ludovie de Marcillac a choisi de diversifier l'exploitation familiale avec la lavande. Une vingtaine d'hectares aujourd'hui, deux espèces cultivées, et une petite boutique où elle nous accueille pour raconter, avec précision et passion, le cycle d'une plante qui n'a de simple que l'apparence.
Lavande fine et lavandin : deux plantes, deux caractères
Sur les onze premiers hectares poussent de la lavande fine, qu'on appelle aussi lavande vraie. C'est l'espèce de départ, choisie pour ses propriétés reconnues en aromathérapie : apaisante, relaxante, cicatrisante et antiseptique naturelle, elle est aussi la lavande des parfumeurs. "C'est notre production majoritaire", précise Marie-Ludovie.
À côté, sept hectares de lavandin, hybride entre la lavande fine et la lavande aspic, très répandu en Provence. Plus productif, à la fleur plus épaisse, il se distingue par ses propriétés antibactériennes marquées.
Une culture exigeante, pensée sur le long terme
La lavande n'est pas une plante que l'on replante chaque année. C'est une culture pérenne : quand on plante, c'est pour dix ans. "On réfléchit à deux fois avant la plantation", sourit Marie-Ludovie. La lavande fine part au printemps, en mars-avril ; le lavandin à l'automne, en septembre-octobre.
Les deux premières années sont les plus laborieuses. Aux Collines de Besplas, toutes les parcelles sont conduites en agriculture biologique : pas de désherbants chimiques, mais des bineuses spécifiques et, là où les outils ne passent plus, du désherbage manuel. Un travail de précision, d'autant plus crucial que les plantes ne produiront qu'à partir de la deuxième ou troisième année.
Côté eau, la lavande réserve une surprise aux jardiniers amateurs. Comme le thym ou le romarin, elle est économe : indispensable à la plantation, l'irrigation devient ensuite inutile, voire contre-productive. "Plus il fait chaud et sec, plus elle produit de l'huile essentielle dans sa fleur."
Le temps d'une année, de la floraison à la dormance
La lavande démarre sa floraison début mai. Elle se poursuit jusqu'à fin juin, début juillet : c'est le moment de la récolte. On attend la fin de la floraison, quand la plante a emmagasiné un maximum de chaleur et de stress hydrique, et donc le plus fort taux d'huile essentielle.
Vient ensuite un temps de repos apparent. Taillée après la récolte, la lavande traverse l'été, puis l'automne, avant d'entrer en dormance hivernale. "On a un peu l'impression qu'elle est morte, mais pas du tout." Et, paradoxalement, plus l'hiver est froid, meilleure sera la floraison suivante. Dès mars, la lavande passe du gris au vert vif, monte en tiges, et le cycle recommence.
La récolte : un chantier minutieux
Pas question ici de couper à la main : une machine spécifique, faucheuse autochargeuse tractée par un tracteur, redresse les tiges avant de les couper et de les acheminer dans la benne. La lavande fine est récoltée en premier, quatre à cinq jours pour les onze hectares. Le lavandin suit, plus tard dans la saison.
La contrainte principale ? La météo. "Notre crainte, ce sont les orages." L'humidité augmente les risques de fermentation et oblige à stopper le chantier. La plante doit être la plus sèche possible au moment de la coupe.
De la récolte à l'alambic : 24 heures chrono
Une fois récoltée, la matière végétale, tige et fleur, doit être distillée dans les vingt-quatre heures. Passé ce délai, elle chauffe, fermente, et l'huile essentielle s'évapore. Immédiatement après la récolte, des camions chargés quittent donc les Collines de Besplas en direction d'une distillerie partagée avec trois agriculteurs de Haute-Garonne.
Ce qui sort de l'alambic, c'est de l'huile essentielle, et de l'eau florale, légèrement chargée en huile essentielle, aux propriétés intéressantes pour la peau et pour parfumer la maison. Les Collines de Besplas produisent environ 950 kg d'huile essentielle par an, analysée en laboratoire par chromatographie pour en garantir la qualité.
Les pailles distillées, elles, ne sont pas perdues : épandues dans les parcelles, elles enrichissent le sol en matière organique. Rien ne se perd.
Un paysage et un savoir-faire à découvrir
Boutique et vente directe, huiles essentielles et eaux florales : aux Collines de Besplas, la lavande du Lauragais audois se décline jusqu'au bout. Une façon de faire vivre un territoire et un savoir-faire que Marie-Ludovie cultive, au sens propre comme au sens figuré, avec une rigueur tranquille.


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