Assassinat du père Olivier Maire : la famille face aux zones d’ombre
La deuxième journée du procès d’Emmanuel Abayisenga devant la cour d’assises de la Vendée a été marquée par l’absence volontaire de l’accusé à l’ouverture de l’audience, l’analyse minutieuse de la scène de crime et les témoignages bouleversants des frères du père Olivier Maire. Les experts ont mis en lumière de nombreuses contradictions entre la version de l’accusé et les faits établis par l’enquête.
@rcfvendéeL’accusé amené de force à l’audience
L’audience débute dans des conditions exceptionnelles. Emmanuel Abayisenga refuse dans un premier temps de sortir de sa cellule, expliquant être trop fatigué. La cour mandate alors un huissier, sans succès. Face à ce nouveau refus, la présidente ordonne un mandat d’amené.
Des policiers se rendent alors à la cellule pour aller chercher l’accusé de force. Emmanuel Abayisenga refuse obstinément de marcher. Les agents pénitentiaires sont contraints de le porter pour l’installer sur le banc des accusés. Il pèse actuellement 39 kilos. Même lorsque son avocate s’adresse à lui, il ne lève pas les yeux. L’audience peut finalement s’ouvrir, avec près de deux heures de retard.
Prions pour la maman de celui qui a fait ça
La journée est également marquée par les témoignages des proches de la victime. Les deux frères du père Olivier Maire, Stéphane et Jérôme, des jumeaux, s’avancent chacun leur tour à la barre, une feuille à la main pour ne pas perdre le fil de leur propos malgré l’émotion.
Sur les écrans de la salle d’audience, plusieurs photos sont projetées. L’une d’elles a été prise quelques semaines avant le drame, lors des 85 ans de leur mère. On y voit le père Olivier Maire souriant, dans la maison familiale à Besançon, entouré de ses parents. Une autre image montre ces mêmes parents, assis dans leur salon, tenant la photo de leur fils depuis son décès.
Jérôme raconte qu’après le drame, leur mère leur a dit : « Prions pour la maman de la personne qui a fait ça. » Il évoque la foi d’Olivier Maire, affirmant que dès l’âge de trois ou quatre ans, il savait qu’il serait prêtre. Enfant, il jouait à dire la messe comme certains jouent à la marchande. Tous soulignent la douceur, la bonté et la grande érudition du montfortain, décrit comme un homme d’humeur égale et passionné de lecture.
La voix tremblante, Jérôme répond aux questions de l’avocate générale :
« C’est dur pour moi de vous répondre… Cela fait plusieurs années que je travaille pour effacer les images du meurtre. »Puis il ajoute : « J’aurais voulu qu’on me dise qu’il s’est fait attaquer par derrière, qu’il n’a rien vu. »
Des interrogations qui hantent aussi son jumeaux:
« Olivier, c’était la gentillesse même. Je voudrais vraiment savoir pourquoi il est mort. » Dans la salle, l’émotion est palpable. Sur le banc des accusés, Emmanuel Abayisenga reste impassible, le regard dans le vide.
Des versions incompatibles avec les éléments scientifiques
Tout au long de la journée, les experts se succèdent à la barre. Rapidement, de nombreuses incohérences apparaissent entre la version livrée par l’accusé lors de l’enquête et les faits établis.
Selon Emmanuel Abayisenga, le dimanche 8 août 2021, vers 19 h 45, en rentrant de la messe, le père Olivier Maire lui aurait tendu la main dans l’escalier et lui aurait demandé comment il allait, avant de l’attirer à lui, provoquant une chute. Se sentant menacé, l’accusé affirme avoir saisi une chaise et frappé le prêtre, puis s’être enfermé dans sa chambre pour se protéger. Il dit ne ressortir qu’au petit matin, valises faites. C’est à ce moment-là qu’il découvre le corps sans vie du père Olivier Maire, le recouvre d’une couverture bleue et se rend à la gendarmerie.
Mais les experts sont formels : les blessures mortelles ne peuvent pas avoir été causées par la chaise retrouvée brisée sur la scène de crime. Le père Olivier Maire a été frappé au moins à trois reprises, à différents endroits de l’escalier, dont une fois alors qu’il se trouvait au sol, en bas des marches. Les spécialistes excluent également l’hypothèse d’une chute, notamment au regard des projections de sang.
Un silence persistant et des interrogatoires déconcertants
À l’audience, l’accusé garde le silence. La cour se réfère donc aux propos tenus lors des différents interrogatoires. Les enquêteurs décrivent un homme très calme, répondant aux questions en français, mais donnant l’impression, selon leurs mots, « que c’est lui la victime ».
Dès qu’il est confronté à ses contradictions sur la nuit du crime, Emmanuel Abayisenga se met à parler en rwandais, rendant alors impossible toute réponse cohérente aux questions des enquêteurs.
L'état psychologique de l'accusé en question se mercredi
Ce mercredi, la cour d’assises entendra le médecin légiste. Un moment qui s’annonce particulièrement éprouvant pour la famille, avec la projection de photographies de la scène de crime et la présentation de détails médico-légaux.
D’autres témoins seront ensuite auditionnés, avant l’intervention des experts psychiatriques. Leurs rapports devront notamment permettre aux jurés de se prononcer sur l’existence ou non de circonstances atténuantes.
Enfin, le programme prévoit l’audition d’Emmanuel Abayisenga, à condition qu’il accepte de répondre aux questions de la cour.



