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Alexis Lévrier: "Quand un pouvoir est aussi vertical, ça se traduit par une volonté de mise sous tutelle des médias"
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Alexis Lévrier: "Quand un pouvoir est aussi vertical, ça se traduit par une volonté de mise sous tutelle des médias"

Un article rédigé par Simon Marty - RCF,  -  Modifié le 25 mai 2021
L'Invité de la Matinale Alexis Lévrier: "Quand un pouvoir est aussi vertical, ça se traduit par une volonté de mise sous tutelle des médias"
Maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA), Alexis Lévrier publie "Jupiter et Mercure, le pouvoir présidentiel face à la presse" aux éditions Les Petits Matins
Clara Gabillet Clara Gabillet

Quelles relations Emmanuel Macron entretient-il avec les journalistes ? Quatre ans après sa déambulation victorieuse au soir de son élection, le président a rencontré certaines difficultés avec la presse. Alexis Lévrier, historien de la presse et maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) publie "Jupiter et Mercure, le pouvoir présidentiel face à la presse" aux éditions Les Petits Matins. Il est l'invité de la Matinale RCF.

"UNE MAUVAISE PASSE CONJONCTURELLE POUR LA PRESSE"

Alors que l’on approche d’une période d’élections, régionales et départementales, la presse traverse "une mauvaise passe conjoncturelle avec le Covid", selon Alexis Lévrier. "Ça a fragilisé le secteur de la presse écrite et favorisé les rachats. [...] Dans l’audiovisuel, il y a un appétit du groupe Bolloré qui recours à cette société du commentaire", explique l’historien du journalisme, s’appuyant sur des chaînes comme CNews. "On a un basculement vers la droite et l'extrême-droite qui est très perceptible sur CNews et comme Vincent Bolloré [actionnaire majoritaire de Vivendi, propriétaire du groupe Canal, dont CNews fait partie, NDLR] est en train de racheter Europe 1, on risque d’assister au même phénomène et ça serait inquiétant", détaille-t-il.

UN POUVOIR JUPITÉRIEN, TOUT PUISSANT FACE À LA PRESSE

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, son nom est régulièrement accolé à la figure de Jupiter, celui qui commande. "Le mot ‘Jupiter’ c’est un emprunt à la présidence de Mitterrand. Les communicants d’Emmanuel Macron ont repris ce concept. [...] Ce que j’ai voulu montrer dans ce livre c’est que la rupture n’est pas avec la Vè République. Emmanuel Macron voulait revenir à une présidence de type gaullien ou mitterrandien", affirme Alexis Lévrier. 

Cette incarnation très forte du pouvoir a eu des conséquences vis-à-vis de la presse. "Quand un pouvoir est aussi centralisé et vertical, ça se traduit toujours par une volonté de mise sous tutelle des médias", assure l’historien du journalisme, selon qui "ce verrouillage a fini par se retourner sur Emmanuel Macron lui-même".

L'AFFAIRE BENALLA, UN REVERS POUR EMMANUEL MACRON

Un événement marquant de ce rapport difficile entre le pouvoir présidentielle et les médias est l’affaire Benalla, du nom du chargé de mission auprès d’Emmanuel Macron qui avait été filmé en train de violenter des manifestants le 1er mai 2018. Une enquête journalistique avait été menée par Ariane Chemin, journaliste au journal Le Monde. "Le Monde a fait une œuvre d’utilité publique en révélant une affaire qui touchait à la manière même de communiquer puisque le rôle de Benalla était d’empêcher les journalistes d’approcher le couple présidentiel. La presse a obligé Emmanuel Macron à redescendre de l’Olympe", estime Alexis Lévrier. 

"Aujourd’hui Emmanuel Macron a normalisé sa communication, accepté d’avoir des relations normales avec la presse", assure l’historien du journalisme. "Mais de manière plus souterraine, il continue à utiliser les médias. Emmanuel Macron est fasciné par CNews et Valeurs actuelles. Le président, conseillé par Bruno Roger-Petit, triangule, ce que faisait déjà Mitterrand, pour essayer de construire un nouveau face-à-face avec Marine Le Pen. Cette triangulation, c’est ce qui reste de Jupiter", conclut-il.

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