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Agriculture en Normandie : « un été sans précédent » face au climat, selon Sébastien Windsor

Agriculture en Normandie : « un été sans précédent » face au climat, selon Sébastien Windsor

Un article rédigé par Mathilde Danot - RCF Orne, le 31 août 2026 - Modifié le 31 août 2026
L'invité normandFace à des conditions climatiques exceptionnelles, l'agriculture en souffrance

Canicules à répétition, sécheresse dans toute la région… Comme toute la France, la Normandie a été touchée par des conditions climatiques exceptionnelles en cet été 2026. Des conditions particulièrement rudes pour notre agriculture. Entretien avec Sébastien Windsor, président des Chambres d'agriculture de Normandie et de France.

Cet été 2026 est sans précédent, selon Sébastien Windsor, président des Chambres d'agriculture de Normandie et de France. © Chambres d'agriculture de NormandieCet été 2026 est sans précédent, selon Sébastien Windsor, président des Chambres d'agriculture de Normandie et de France. © Chambres d'agriculture de Normandie

En 2026, notre agriculture a dû faire face à des conditions climatiques exceptionnelles, entre canicules, sécheresses et risques d’incendies. Toute la France a été touchée par cette situation, synonyme pour les agriculteurs de pertes de récoltes ou encore de difficultés d’abreuvement des animaux. En cette fin d’été, Sébastien Windsor, président des Chambres d'agriculture de Normandie et de France et agriculteur en Seine-Maritime, est l'invité de RCF Normandie pour dresser un premier bilan.

RCF : Les agriculteurs normands avaient-ils déjà été confrontés à des épisodes climatiques d'une telle intensité ?

Sébastien Windsor : D'une telle intensité au niveau température, non, et dans la durée, non plus. Le cumul des pics de chaleur et d'une période sans eau aussi longue est sans précédent pour nous en Normandie.

RCF : Quelles ont été les conséquences immédiates de ces conditions climatiques sur l'agriculture normande ?

Sébastien Windsor : La conséquence des pics de chaleur a d’abord été pour les animaux qui n’étaient pas bien, qui avaient trop chauds, il y a eu de la mortalité chez les volailles, parce qu'une poule n’est pas faite pour vivre à plus de 40 degrés. Même chose pour les vaches laitières : une vache, quand il fait chaud comme ça, n’est pas bien. Il n’y a pas de mortalité comme on a eu en volailles, mais la baisse de production de lait chez les éleveurs. 

La récolte de blé n’a pas été très bonne, avec 10% de perte voire 20%.

Les coups de chaud et la sécheresse ont eu aussi un effet sur les cultures. La récolte de blé n’a pas été très bonne, avec 10% de perte voire 20% dans les zones où on avait les sols les plus superficiels, les moins profonds, et qui n'avaient pas de réserves parce que l'absence d'eau a été quasiment générale. On continue à le voir sur l'herbe qui a complètement grillé. Normalement, aux mois de juin et juillet, les prairies arrivent encore à produire de l'herbe. Là, tout était grillé, il n’y a pas d'herbe pour nourrir les animaux, donc il a fallu amener les fourrages aux animaux.  

La production de maïs s'est aussi dégradée avec parfois plus de 50% de pertes.

La production de maïs s'est aussi dégradée avec parfois plus de 50% de pertes. Non seulement on a amené des fourrages aux animaux plus tôt, mais en plus on aura moins de fourrages pour les nourrir cet hiver. Donc cette situation peut amener des difficultés significatives pour nourrir les animaux l'hiver.

RCF : Un autre défi cet été a été celui de l'abreuvement des animaux dans les élevages du fait de la sécheresse. Comment faire face à cette difficulté alors qu'une grande partie de la Normandie est toujours en vigilance sécheresse ?

Sébastien Windsor : À court terme, on n'a pas beaucoup de solutions. Les animaux sont habituellement nourris en prenant l'eau du réseau. La solution est de ne pas avoir de fuites, mais on n'a pas beaucoup d'autres solutions. Je pense qu'il faut quand même tirer de cet épisode les conséquences pour préparer l'avenir. Le GIEC et les prévisions en Normandie nous disent qu’il tombera la même quantité d'eau demain que ce qui tombe aujourd'hui, mais il tombera plus d'eau en hiver et moins d'eau en été. Donc il faut qu'on stocke de l'eau pour nourrir les animaux quand il pleut en hiver, parce qu'on a vécu un hiver très humide, avec des risques d'inondation. Il faut qu'on sache prélever de l'eau dans ces périodes-là, la stocker et la réutiliser en été, pour les animaux, mais aussi pour un certain nombre de cultures. Surtout que chez nous, si on ne la prélève pas, l’eau retourne à la mer assez vite. 

RCF : Des projets sont-ils déjà mis en place pour stocker cette eau en hiver ?

Sébastien Windsor : En Normandie, ça commence mais on n'en avait pas l'habitude. Ça se fait déjà dans d'autres régions de France. Il faudra aussi qu'on sache revoir la conception de nos bâtiments pour mieux les préparer aux coups de chaleur avec des systèmes de ventilation différents de ce qu'on fait aujourd'hui. Peut-être même qu'on fera évoluer les espèces qu'on cultive en Normandie à moyen terme. Il faut qu'on travaille avec les filières, avec les coopératives pour regarder demain quelles productions nouvelles on peut faire sur nos territoires, vu ce changement climatique. 

Ce changement climatique est différent d'une année sur l'autre, il peut amener des excès d'eau l'hiver, du gel tardif… Il va nous perturber la vie durablement.

RCF : Auriez quelques exemples de productions nouvelles qui pourraient être adaptées à ces changements climatiques à venir ?

Sébastien Windsor : Des intercultures peuvent être semées à l'automne, récoltées au printemps et gardées pour nourrir les animaux, en faisant attention qu'elles ne viennent pas pomper toute l'eau tombée en hiver. La vigne est par exemple un sujet en Normandie, où il n'y en avait pas. Aujourd'hui, avec le réchauffement climatique, il y a un certain nombre d'endroits où on arrivera à faire de la vigne. Mais, il n'y a pas de solution miracle parce que ce changement climatique est différent d'une année sur l'autre, il peut amener des excès d'eau l'hiver, du gel tardif… Il va nous perturber la vie durablement. Il faudra aussi que l'on regarde comment accompagner les agriculteurs avec des systèmes assurantiels. Il faudra peut-être qu'on accepte de payer l'alimentation un tout petit peu plus cher ou d'avoir des systèmes qui protègent les agriculteurs les années où il n'y a pas de récoltes pour qu'ils ne s'arrêtent pas après ces désastres.

RCF : Quelles sont les indemnités auxquelles ont droit les agriculteurs et les éleveurs qui ont été touchés par ces conditions durant l'été ?

Sébastien Windsor : Pour l'instant, il n'y a rien de défini. Ça fait partie des choses qu'on demande au gouvernement, à la fois des aides d'urgence pour les agriculteurs les plus touchés, ceux qui doivent racheter des fourrages, ceux qui ont eu des faibles récoltes de vente, ceux qui ont eu des mortalités… Des systèmes assurantiels existent mais ils ne couvrent pas tous les agriculteurs. Puis, on a, en ce moment, un autre phénomène avec des prix de carburant et des prix d'engrais très élevés liés aux problématiques autour du détroit d'Ormuz. Donc, on demande à la fois des aides exceptionnelles pour les gens qui ont perdu les récoltes, pour les gens qui ont perdu les animaux. On demande aussi aux consommateurs d'être vigilants à acheter des produits français pour maintenir une production agricole en France et à bien regarder ce qu'ils consomment pour faire vivre les agriculteurs français. Même si le poulet français coûte quelques centimes de plus que le poulet polonais, ça fait vivre un agriculteur chez nous, ça fait de l'emploi autour de chez nous. Il faut qu'on fasse tous cet acte pour se mobiliser et consommer français dans une période où l'agriculture a besoin du soutien de la population. Mais aussi du soutien de l'État.

L'Invité normand
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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