Affaire Jacques Delfosse : 25 victimes identifiées, une information judiciaire ouverte à Lille
Le parquet de Lille a ouvert une information judiciaire visant l’ancien prêtre Jacques Delfosse, accusé de viols et d’agressions sexuelles sur plusieurs décennies. Sur les 25 victimes identifiées par les enquêteurs, sept sont concernées par des faits qui ne sont pas prescrits. Le procureur de Lille revient sur les sept mois d’enquête et sur l’accompagnement proposé aux victimes.
« On a identifié 25 victimes pendant ces sept mois, 21 victimes avec des faits de viols aggravés », précise le procureur. ©DRUne information judiciaire pour sept victimes
Après les révélations de La Voix du Nord, le parquet de Lille a ouvert une enquête visant Jacques Delfosse, ancien prêtre aujourd’hui âgé de 88 ans. Les investigations, confiées à la section de recherches de Lille, ont permis d'identifier 25 personnes se déclarant victimes.
Le procureur de Lille, Samuel Finielz, explique avoir voulu que l'enquête porte sur l'ensemble des faits susceptibles d'être liés, quel que soit le lieu où ils aient pu être commis. Une méthode qui a permis aux enquêteurs de retracer ce qu'il décrit comme un « parcours criminel ».
« On a identifié 25 victimes pendant ces sept mois, 21 victimes avec des faits de viols aggravés », précise le procureur. Les faits dénoncés auraient été commis dans plusieurs régions françaises, notamment en Ardèche, en Haute-Loire, dans le Vercors, le Jura et les Alpes, mais également en Suisse et dans les Hauts-de-France, à Bondues et Armentières.
L'enquête préliminaire a également permis de déterminer que sept victimes pouvaient encore être concernées par des faits non prescrits. Le parquet a donc saisi un juge d'instruction. Désormais, le dossier est entre les mains du juge d'instruction. Une éventuelle décision de renvoi devant une cour d'assises lui appartiendra.
Des faits qui s'étendent sur près de 40 ans
Les investigations ont porté sur une période particulièrement longue. Selon le procureur, les faits dénoncés s'étendent de la fin des années 1950 jusqu'au début des années 2000. « On a le parcours criminel qu'on retrace, c'est un parcours criminel qui remonte, je dirais, de la fin des années 50 jusqu'à la fin des années 60, jusqu'aux années 97, 2000, 2001, les derniers faits, c'est 2000-2001 », détaille-t-il.
Une période qui explique notamment pourquoi une partie importante des faits dénoncés est aujourd'hui prescrite. Malgré les évolutions législatives intervenues depuis 1998 pour allonger les délais de prescription, certains faits étaient déjà prescrits lorsque ces nouvelles règles sont entrées en vigueur.
Le procureur reconnaît également une inquiétude concernant l'âge de Jacques Delfosse. Âgé de 88 ans et présentant une santé « chancelante », l'ancien prêtre pourrait voir son état de santé peser sur le calendrier judiciaire. « L'institution judiciaire, le tribunal judiciaire de Lille fera tout pour que l'information judiciaire puisse se faire, je dirais, de manière assez rapide », assure le magistrat.
Les victimes entendues par la justice
Toutes les personnes ayant porté plainte ou s'étant déclarées victimes ont été reçues par les services de justice au début du mois de juillet. Une réunion organisée pour leur présenter le travail effectué pendant l'enquête préliminaire et leur expliquer les suites données au dossier.
Les personnes concernées se sont vu proposer un accompagnement juridique, mais également psychologique. Pour le procureur, cet accompagnement concerne aussi les victimes dont les faits sont aujourd'hui prescrits, même si elles ne peuvent plus donner lieu à des poursuites pénales.
Le nombre de victimes identifiées par les enquêteurs est inférieur à celui avancé dans les révélations de La Voix du Nord, qui évoque près de 70 victimes. Pour Samuel Finielz, plusieurs éléments peuvent expliquer cet écart. Les faits dénoncés sont anciens, parfois de plusieurs décennies, et particulièrement difficiles à révéler.
« Ce sont des faits qui ont été commis sous couvert de camp de vacances, sous couvert d'une aura religieuse que représentait cet individu », explique le procureur. Les victimes étaient alors des enfants confiés par leurs familles à des responsables religieux.
L'hypothèse de la soumission chimique
Les enquêteurs ont recueilli plusieurs témoignages qu'ils jugent concordants concernant une possible soumission chimique. Jacques Delfosse avait été infirmier militaire dans ses jeunes années, à une époque où, selon le procureur, la réglementation concernant certains médicaments était moins stricte qu'aujourd'hui.
Cette hypothèse pourrait expliquer pourquoi certaines personnes ont mis plusieurs décennies avant de parler de ce qu'elles avaient vécu. « Vous avez des gens qui sont victimes, mais qui ne savent pas qu'elles sont victimes, puisqu'elles ont été victimes sous l'emprise de la soumission chimique », explique Samuel Finielz.
Certains témoignages font ainsi état de souvenirs incomplets : des victimes disent s'être réveillées avec un sentiment de malaise ou la sensation que quelque chose s'était produit, sans être capables de reconstituer précisément les événements.
L'archevêque de Lille a rencontré des victimes de Jacques Delfosse
L’affaire intervient alors que l’archevêque de Lille, Mgr Laurent Le Boulc’h, a reçu quatre victimes de Jacques Delfosse pendant plus de deux heures. Une rencontre qu’il décrit comme « extrêmement dense, douloureuse » mais aussi « constructive ».
Les victimes ont notamment pu raconter les violences subies et les conséquences sur leur vie. L’archevêque a pris le temps d'écouter chacun. Puis leur a fait part de sa réaction horrifiée. Tout en reconnaissant que "l'institution, c'est sans doute liée à l'époque, n'a pas été aussi rapide qu'il eu fallu, il y a eu des manques de communication".
Mgr Le Boulc'h a demandé pardon
"A leur demande (...) dans la qualité de l'échange que nous avons eue, j'ai estimé qu'il était bon que je fasse cette demande de pardon, au nom du diocèse" raconte mgr Laurent Le Boulc'h qui explique : "En demandant pardon, je reconnais qu'il y a eu un mal extrêmement profond. C'est une démarche, de courage, d'humilité, de compassion et désir de relèvement."
L'archevêque leur a également rappelé qu'à travers des correctifs, des éléments de préventions, de vigilance, les dispositifs d'église permettent "aujourd'hui d'offrir des garanties de bien traitance."
Et les personnes reçues ont fait part à l'archevêque de leur volonté de "passer de victimes à témoins. Témoigner pour que d'autres puissent se relever et pour les institutions prennent les mesures pour que cela ne se reproduise pas."


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