À Monaco, Léon XIV appelle la Principauté à devenir un "grand laboratoire de solidarité"
En visite à Monaco ce samedi 28 mars, Léon XIV a appelé la Principauté à faire de sa singularité une mission. Dans ses trois interventions de la journée, le pape a relié foi, justice sociale, dignité humaine et espérance, jusqu'à qualifier Monaco de possible "grand laboratoire de solidarité".
Pape Léon XIV à Monaco ©Stèvelan Chaizy-Gostovitch/RCFSolidarité, justice, espérance. C’est le triple message délivré par Léon XIV ce samedi 28 mars en Principauté de Monaco. D’abord au Palais des Princes, puis à la cathédrale de l’Immaculée-Conception, enfin à l’église Sainte-Dévote, le pape a appelé Monaco à faire de sa singularité une responsabilité.
En rappelant le lien historique entre la Principauté et le Vatican, le Saint-Père a insisté sur la vocation particulière de ce petit État, invité à promouvoir "l’amitié sociale" dans un monde marqué par "un climat généralisé de fermeture et d’autosuffisance". Face à "la démonstration de la force" et à "la logique de la toute-puissance", il a plaidé pour une autre manière d’exercer l’influence, au service du droit, de la justice et de la paix.
Richesses et responsabilités
Dans un pays où se côtoient résidents fortunés, travailleurs venus d’ailleurs et visiteurs de passage, Léon XIV a posé la question de l’usage des biens, des talents et des opportunités. S’appuyant sur la parabole des talents, il rappelle que "ce qui nous a été confié ne doit pas être enseveli dans la terre mais doit être mis en circulation et multiplié".
Le propos dépasse le simple appel moral à la générosité. Le pape dénonce "les structures de péché" qui creusent les écarts entre riches et pauvres, entre privilégiés et rejetés. Dans ce contexte, il confie à la Principauté "une mission toute particulière dans l’approfondissement de la Doctrine sociale de l’Église" et dans "l’élaboration de bonnes pratiques, locales et internationales, qui en manifestent la force transformatrice".
L’Église, "avocate" de l’homme
Cette même ligne se retrouve dans l’homélie prononcée à la cathédrale de l’Immaculée-Conception, lors de la célébration de l’Heure du milieu du jour. Contemplant le Christ comme "avocat auprès de Dieu", Léon XIV appelle l’Église à se faire, elle aussi, défenseure de l’homme, "tout l’homme et tous les êtres humains".
La mission de l’Église, dit-il en substance, ne se limite pas à l’annonce d’un salut intérieur. Elle engage aussi une défense concrète de la dignité humaine, de la conception à la fin naturelle, ainsi qu’une attention à ceux qui sont jugés, oubliés ou marginalisés. À Monaco, petit État cosmopolite marqué par la diversité des origines et des situations sociales, le pape insiste sur cette vocation à faire de l’Église un lieu de communion, où les différences ne deviennent pas des barrières.
Léon XIV met aussi en garde contre le risque d’une foi réduite à l’habitude. Dans une société où le catholicisme est religion d’État, il rappelle qu’"une foi vivante est toujours prophétique". Autrement dit, elle ne peut se contenter d’accompagner le monde tel qu’il est. Elle doit aussi interroger les choix économiques, sociaux et culturels, à commencer par le rapport à la richesse, à la solidarité et à la dignité de la personne.
À Sainte-Dévote, un appel aux jeunes
À l’église Sainte-Dévote, le pape s’est adressé aux jeunes et aux catéchumènes. Il a placé cette rencontre sous le signe de deux figures : sainte Dévote, jeune martyre et patronne de la Principauté, et Carlo Acutis, "un autre jeune épris de Jésus", resté fidèle au Christ "dans la charité, dans l’apostolat sur le web" et dans la maladie.
Dans un discours plus direct, Léon XIV a évoqué les fragilités d’un monde traversé par l’agitation permanente, la quête de nouveauté et la validation virtuelle. Il parle d’un univers saturé de "messages, des reels, des chats", où le risque est grand de se laisser entraîner loin de soi-même, des autres et de Dieu.
Face à cette dispersion, le pape appelle à retrouver la prière, le silence, l’écoute et l’Eucharistie. Il souligne aussi que le vide intérieur ne se comble ni par les biens matériels, ni par "des milliers de like", mais par une relation profonde avec Dieu et par l’expérience d’un amour fidèle, concret, capable de durer et de se donner.
S’adressant plus particulièrement aux catéchumènes, Léon XIV voit en eux un signe d’espérance pour l’Église. Il les encourage à faire de leur baptême à venir, ou déjà reçu, une réalité vivante, engagée dans les choix professionnels, sociaux et politiques. C’est dans ce cadre qu’il lance l’une des formules fortes de la journée : "Monaco est un petit pays, mais il peut être un grand laboratoire de solidarité, une fenêtre d’espérance."
Léon XIV n’a pas seulement salué une tradition catholique ancienne. Il a appelé la Principauté à faire de sa singularité un lieu concret de solidarité, de justice et d’espérance.
