Le père Rémi Griveaux veut redonner son vrai visage au curé d'Ars
Près de 2 000 pèlerins sont attendus les 3 et 4 août 2026 au sanctuaire d'Ars pour célébrer le retour au ciel de saint Jean-Marie Vianney. À cette occasion, le père Rémi Griveaux, curé-recteur du sanctuaire, invite à dépasser les clichés qui entourent encore le saint patron des prêtres. En s'appuyant sur les archives de son procès de canonisation, il décrit un homme profondément miséricordieux, plein d'humour et habité par l'amour de Dieu.
Basilique Saint-Sixte d'Ars-sur-Formans © Mélanie NiemiecLe sanctuaire d'Ars s'apprête à vivre son grand rendez-vous annuel autour de saint Jean-Marie Vianney. Les 3 et 4 août, plusieurs temps forts sont proposés aux pèlerins venus célébrer le saint patron des prêtres : célébrations, procession des reliques, temps d'adoration et grande messe.
Mais ces festivités sont aussi l'occasion de redécouvrir la personnalité d'un homme souvent réduit à son image de prêtre austère. À travers les archives de son procès de canonisation, le père Rémi Griveaux, curé-recteur du sanctuaire, raconte un Jean-Marie Vianney profondément miséricordieux, plein d'humour et animé par l'amour de Dieu.
Deux jours de fête autour de saint Jean-Marie Vianney
Au-delà des célébrations liturgiques, ces deux journées sont aussi l'occasion pour les pèlerins de redécouvrir les lieux qui ont marqué la vie du curé d'Ars. Le 3 août, une conférence de Mgr Olivier de Cagny, évêque d'Évreux, ouvrira les festivités avant les célébrations du lendemain. Le 4 août, jour de la fête du retour au ciel de saint Jean-Marie Vianney, une grande messe sera célébrée à 10 heures, accompagnée d'un temps de méditation et d'action de grâce.
“C'est ouvert à tout le monde”, rappelle le père Rémi Griveaux. Les visiteurs pourront notamment participer à la procession des reliques, aux temps d'adoration dans la basilique et suivre le parcours du curé d'Ars depuis son arrivée dans le village jusqu'au sanctuaire. Près d'une centaine de bénévoles seront mobilisés pour accueillir les pèlerins.
Chaque année, cette journée rassemble environ 2 000 personnes, un chiffre qui peut varier selon les éditions. Pour le père Rémi Griveaux, ces rendez-vous s'inscrivent dans une histoire plus large : celle d'un village qui vit depuis très longtemps au rythme des pèlerinages. “Le village d'Ars est habitué à voir passer des pèlerins”, rappelle-t-il, alors que la fréquentation du sanctuaire est aujourd'hui revenue à un niveau supérieur à celui d'avant la crise sanitaire.
“On a beaucoup trop insisté sur son côté rigoriste”
Après six années passées à Ars, le recteur du Sanctuaire explique avoir découvert saint Jean-Marie Vianney à travers les dépositions recueillies lors de son procès de canonisation. Une plongée dans les archives qui l'a conduit à revoir l'image souvent véhiculée du saint. “Ce qui est ahurissant, c'est de voir sa bonté au quotidien et son côté truculent. Il est bourré d'humour”, confie-t-il.
Le prêtre reprend volontiers une intuition formulée par Benoît XVI, qui appelait déjà à renouveler le regard porté sur le curé d'Ars. “On a beaucoup trop insisté sur le côté rigoriste ou doloriste de l'époque”, estime le recteur. Les témoignages qu'il a consultés racontent au contraire un homme dont la miséricorde surprenait ses contemporains, au point que “quand il donnait des pénitences, on lui reprochait le peu de pénitences qu'il imposait”.
Cette proximité avec les fidèles se manifestait aussi par un humour inattendu. Le père Rémi Griveaux raconte ainsi qu'à une personne venue lui demander une relique, Jean-Marie Vianney répondit avec malice : “Donner des reliques ? Non, qu'elle en fasse !”, une invitation à devenir soi-même saint plutôt qu'à collectionner les objets de piété.
Des larmes nées de la compassion
Autre facette méconnue du curé d'Ars : ses larmes. Si le père Rémi Griveaux se montre réservé sur l'expression de “don des larmes”, les témoignages de l'époque montrent qu'il sortait fréquemment du confessionnal en pleurant. Lorsqu'on lui demandait pourquoi, sa réponse était sans détour : “Je pleure de ce que vous ne pleurez pas”.
Pour le recteur, ces larmes témoignent surtout de la souffrance d'un pasteur face à des fidèles qui demandaient le pardon, mais peinaient parfois à engager un véritable changement de vie. “Il pleurait du fait que le pécheur ne veuille pas se convertir. Ils venaient déposer le poids de leur péché auprès du Seigneur, mais ils ne voulaient pas suivre l'appel de Dieu”, explique-t-il.
Cette compassion résume, selon lui, l'héritage du curé d'Ars. Interrogé sur ce qui l'inspire le plus dans son propre ministère, le père Rémi Griveaux répond sans hésiter : “Sa bonté et sa miséricorde”. Une attitude qui, insiste-t-il, ne peut naître que d'une rencontre avec Dieu : “Découvrir l'amour de Dieu, se donner en réponse à cet amour, c'est cela qui transforme les cœurs. Sinon, il ne reste qu'une succession d'observances à faire”.



