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À 10 mètres sous terre, dans les entrailles de la bataille de la Somme

À 10 mètres sous terre, dans les entrailles de la bataille de la Somme

Un article rédigé par Clarisse Giraud et Aurélien Vurli - RCF Hauts de France, le 19 juin 2026 - Modifié le 25 juin 2026
ImmersionDécouverte d'un musée sur la bataille de la Somme

À Albert, dans la Somme, un musée unique plonge les visiteurs au cœur de l’une des batailles les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale. Installé dans un souterrain médiéval transformé en abri anti-aérien, le musée Somme 1916 fait revivre quatre mois et demi d’enfer qui ont marqué l’histoire du XXe siècle.

Autour d’Albert, le musée constitue la porte d’entrée du « circuit du souvenir » ©AV/RCFAutour d’Albert, le musée constitue la porte d’entrée du « circuit du souvenir » ©AV/RCF

Pour visiter ce musée, il faut d’abord descendre.

Soixante-trois marches exactement. Puis s’enfoncer à dix mètres sous terre, dans un tunnel de 250 mètres de long creusé dès le XIIe siècle avant d’être transformé en abri anti-aérien à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

C’est ici, sous les rues d’Albert, que le musée Somme 1916 accueille chaque année des dizaines de milliers de visiteurs venus comprendre ce qui s’est joué sur les champs voisins durant l’été 1916.

« Nous allons visiter un souterrain de la Seconde Guerre mondiale où nous avons restitué l’offensive du 1er juillet 1916 », explique Thierry Gourlin, président et fondateur du musée.

Le jour le plus meurtrier de l’histoire britannique

Le musée est entièrement consacré à la bataille de la Somme. Une bataille qui débute le 1er juillet 1916 à 7 h 28.

Depuis cinq jours et cinq nuits, les Alliés bombardent les positions allemandes. Plus de 1,7 million d’obus sont tirés. Les états-majors britanniques et français pensent alors que les défenses ennemies ont été anéanties.

« On leur avait dit qu’ils n’auraient quasiment rien en face d’eux », raconte Thierry Gourlin.

Mais les soldats allemands sont toujours là, protégés dans des abris profondément enterrés. Lorsque les troupes alliées sortent des tranchées, elles sont accueillies par le feu des mitrailleuses.

Le bilan est effroyable : près de 58 000 victimes britanniques en une seule journée, dont environ 20 000 morts.

« C’est l’une des journées les plus meurtrières de l’histoire militaire britannique », souligne le président du musée.

Au total, la bataille de la Somme fera près de 1,2 million de morts et blessés en quatre mois et demi, davantage que Verdun sur une période pourtant beaucoup plus longue.

Une immersion au cœur des tranchées

À l’intérieur du tunnel, le visiteur traverse des scènes reconstituées grandeur nature.

Tranchées britanniques et allemandes, bombardements, postes de commandement, équipements militaires : tout est conçu pour faire comprendre le quotidien des combattants.

Un spectacle son et lumière plonge même les visiteurs dans l’ambiance des combats.

« On essaie de montrer comment vivaient les soldats dans les tranchées, avec la boue, les rats, le froid, les bombardements », explique Thierry Gourlin.

Le parcours présente également des milliers d’objets authentiques : casques, armes, uniformes, bouteilles, lettres ou encore objets fabriqués par les soldats pendant leurs périodes de repos.

Parmi les collections figure une impressionnante série de 2 800 insignes militaires britanniques.

Derrière les chiffres, des destins

Le musée cherche aussi à remettre des visages derrière les statistiques.

L’une des histoires les plus marquantes est celle du capitaine britannique Wilfrith Neville. Avant l’assaut du 1er juillet 1916, cet officier encourage ses hommes à pousser des ballons de football jusqu’aux lignes allemandes.

« Celui qui arrivera le premier sera récompensé », aurait-il promis.

Neville est tué moins d’une heure après le début de l’offensive.

Son histoire continue pourtant de fasciner les visiteurs plus d’un siècle plus tard.

Un lieu de mémoire international

Si le musée accueille de nombreux visiteurs français, il attire surtout des Britanniques, des Canadiens, des Australiens ou encore des Néo-Zélandais.

La bataille de la Somme a en effet mobilisé l’ensemble de l’Empire britannique.

« Pour eux, c’est une histoire familiale. Beaucoup viennent sur les traces de leurs grands-parents ou arrière-grands-parents », observe Thierry Gourlin.

Certaines visites prennent même une dimension très personnelle. Comme ces deux Britanniques octogénaires qui ont découvert dans une photographie exposée au musée le visage de leur père, ancien combattant de la Somme.

Autour d’Albert, le musée constitue la porte d’entrée du « circuit du souvenir », qui mène notamment au mémorial de Thiepval, aux tranchées préservées de Beaumont-Hamel ou encore au gigantesque cratère de Lochnagar, créé par l’explosion d’une mine au début de l’offensive.

Plus d’un siècle après les combats, la bataille de la Somme continue d’interroger.

« Aujourd’hui encore, les jeunes étudient cette bataille à l’école », rappelle Thierry Gourlin.

Immersion - RCF Hauts de France
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Immersion
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