5 € par an pour sauver une ferme : le pari gagnant de C'est Qui le Patron ?! fête ses 10 ans
Vous avez forcément déjà croisé sa brique de lait bleue dans les rayons des supermarchés : depuis dix ans, la marque équitable C'est qui le Patron ?! invite les consommateurs à choisir eux-mêmes les critères de fabrication et le juste prix payé aux producteurs. Née dans la Bresse en 2016 en réponse à la crise du lait, l'initiative fête son anniversaire à Reyssouze, dans l’Ain, quelques jours après le vote de la loi d'urgence agricole, qui fixe notamment la juste rémunération des agriculteurs.
C'est Qui le Patron propose 21 produits à la vente - © C'est Qui Le Patron Le lait solidaire C'est Qui le Patron ?! est aujourd’hui le plus consommé de France, hors marques de distributeurs. Un succès né d’une intuition il y a dix ans, en plein cœur de la crise du lait. Les producteurs bressans perdaient 120 euros par jour faute d’être payés suffisamment. Nicolas Chabanne en est alors convaincu : si des consommateurs consentaient à payer huit centimes supplémentaires leur litre de lait, les producteurs et leurs familles pourraient être sauvés. Un surcoût de cinq euros par an qui a permis de sauver 80 producteurs de la Bresse dès la première année de la commercialisation des briques de lait. Aujourd’hui, ces producteurs veulent remercier les consommateurs lors d’un grand week-end de festivités, les 25 et 26 juillet 2026 à l’occasion d’une « fête du bonheur retrouvé ». Marché local, visite de la ferme, jeux et rencontres permettront de partager sur un système fondé sur la transparence.
« Ce n’est pas grand-chose, ce qui manque aux producteurs »
Si la démarche est partie du lait, la marque compte aujourd’hui 21 produits ainsi que des fruits et légumes. Parmi les petits nouveaux : des cerises des Monts du Lyonnais. Pour les consommateurs, acheter les petites billes rouges de la coopérative fondée par Nicolas Chabanne revient à dépenser 60 centimes supplémentaires par an. « L'équation, elle est très simple. Où va notre argent ? À quoi il sert ? » demande Nicolas Chabanne.
Sur les jus de pommes, pour que les producteurs arrêtent d'arracher leurs arbres, c'est 1,60 euro par an. Pour la plupart d’entre nous, ce n'est pas grand-chose, ce qui manque aux producteurs. Mais on est 15 millions, parce qu'on est sûr que ça va aux producteurs, à amener cette solidarité vers les produits. Et c'est devenu des succès.
Plus qu’un succès, la marque solidaire de consommateurs est même devenue la marque nouvelle la plus vendue depuis 10 ans en France. Après le lait, les beurres bio font partie des produits les plus vendus de France, les œufs et les yaourts nature solidaires sont les troisièmes marques les plus vendues de France. « Ça montre qu'au-delà du lait, cette idée simple de consommateur qui consiste à dire, si on est sûr que notre argent va chez les producteurs, si on peut le vérifier nous-mêmes, alors on en fait un grand succès » décrypte le fondateur.
Loi d’urgence agricole : C’est Qui le patron à l’origine d’un amendement
Tous les critères d’un produit, du type d’agriculture à l’emballage en passant par la rémunération du producteur, sont votés collectivement. Aujourd’hui, 15 millions de consommateurs sont rassemblés autour de la marque, qui progresse de 10% chaque année, générant un chiffre d’affaire de 130 millions d’euros en 2025. « C'est beaucoup d'espoir parce que si on ne protège pas les producteurs pas loin de chez nous, cette nourriture-là si précieuse, elle disparaîtra. Les importations, c'est massif aujourd'hui. Un fruit et légume sur deux arrive de l'extérieur. Pareil pour le poulet. Si à un moment donné, cette nourriture qui arrive de l'extérieur ne nous parvient plus, le contexte géopolitique n'est pas très simple, qu'est-ce qu'il va se passer ? Il vaut mieux sécuriser et protéger les producteurs parce que leur avenir, c'est le nôtre » plaide Nicolas Chabanne qui est parvenu, avec d’autres consommateurs, à faire inscrire un amendement citoyen et solidaire sur la transparence des prix payés aux producteurs à la décriée loi d’urgence agricole votée le 22 juillet 2026.
« Tous les jours, nos actes d'achat changent concrètement les choses. Ça va cent fois plus vite qu'en attendant que le monde politique le fasse. Il faut qu'on soit sûr, quand on achète un produit, que le producteur gagne sa vie. Pour ça, il nous faut le montant qu'il reçoit et pouvoir le vérifier ». S’il a fallu le défendre devant les sénateurs, l’amendement a finalement été voté par le Parlement et la commission mixte paritaire. Une victoire pour le défenseur des producteurs qu’est Nicolas Chabanne.
La loi d'urgence agricole, franchement, elle n'est pas parfaite, on est bien conscients qu'il y a plein de choses qui ne vont pas. Mais cette petite partie, sur la juste rémunération, crée un espoir supplémentaire pour les producteurs. On fait une initiative depuis dix ans. C'est un immense succès, ça a aidé des milliers de familles. Ça ne coûte pas un euro à l'État. Il faut peut-être que le monde politique s'inspire de ce qui marche dans la vraie vie. Mais on n'attend personne, on avance et tous les jours, nos actes d'achat soulagent les producteurs et leur permettent de vivre de leur travail.
En France, près d’un foyer sur cinq consomme des produits de la coopération C’est Qui le Patron ?!, soutenant directement plus de 2 500 familles de producteurs.




