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200 ans après sa mort, quel est l'héritage du pasteur Oberlin en Alsace ?

200 ans après sa mort, quel est l'héritage du pasteur Oberlin en Alsace ?

Un article rédigé par RCF Alsace - RCF Alsace, le 29 mai 2026 - Modifié le 2 juin 2026
Focus en AlsaceA Strasbourg, le réalisateur Jean-Yves Fischbach présente son dernier film sur le pasteur alsacien Oberlin

Né en 1740 à Strasbourg,  Jean-Frédéric Oberlin a déployé une vie aux multiples facettes. Théologien, ingénieur, botaniste et agriculteur, linguiste, maitre d'école, il laisse au terme de sa vie des legs importants pour l'entrée dans l'ère moderne au village où il exerce le ministère de pasteur et où il meurt à l'âge de 85 ans en 1826.

Portrait de Jean-Frédéric Oberlin / © Wikimedia Commons - Thomas Schuler (domaine public)Portrait de Jean-Frédéric Oberlin / © Wikimedia Commons - Thomas Schuler (domaine public)

Il y a 200 ans dans une vallée d'Alsace mourait Jean-Frédéric Oberlin. Six décennies plus tôt, il était envoyé à 80 kilomètres de Strasbourg, dans un petit village alors très pauvre et isolé des autres vallées. A sa disparition, Waldersbach est un lieu pionnier de l'industrie alsacienne, fruit des efforts tenaces du pasteur aux idées proches des Lumières.  Si le pasteur a durablement marqué cette localité, son héritage est peu reconnu dans le reste de la France.

Une figure méconnue mais pas inconnue

"Il est assez étonnant qu'il ne soit pas suffisamment connu. Comme d'autres figures alsaciennes, Oberlin est souvent plus connu à l'étranger que chez nous. Il y a par exemple une faculté Oberlin aux États-Unis, une ville qui porte son nom dans l'Ohio, et une autre au Japon ", reconnait Isabelle Gerber, présidente de l'Union des Eglises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL).

Strasbourg compte toutefois un lycée professionnel à son nom ainsi qu'une librairie généraliste et religieuse bien connue au coeur de la capitale de l'Alsace.  

Un pasteur pragmatique et innovant

Réalisateur alsacien bien connu des téléspectateurs de France 2 ou de KTO, Jean-Yves Fischbach a récemment sorti pour France Télévisions "Le pasteur Oberlin, servir Dieu, instruire les hommes", un documentaire qui tente de dresser le portrait du fameux pasteur bas- rhinois aux multiples facettes. Il lui découvre alors "une énorme capacité de travail."

"C'est un personnage qui est brûlé par une mission. Il ne compte pas son temps pour essayer à la fois d'aider les gens concrètement et de les élever vers Dieu, raconte Jean-Yves Fischbach. Il y a plusieurs scènes de reconstitutions où on le voit à son bureau. Il s'agit d'un pupitre, en hauteur, parce qu'il voulait rester debout pour pouvoir travailler plus fortement et ne pas s'endormir. Il dormait très peu, et travaillait beaucoup."

Et pour cause, Jean-Frédéric Oberlin a laissé un bon nombre de notes manuscrites concernant des sujets très divers, allant d'un dictionnaire du patois parlé dans la vallée des Welch dont il est pasteur, aux travaux de réaménagement routier pour relier les cinq villages de sa paroisse, à ceux entrepris pour améliorer le rendement agricole de la région, à la construction d'écoles dans les villages de la vallée ainsi que diverses astuces pédagogiques innovantes pour l'époque. 

"C'est un pasteur un peu manager, qui entreprend. cet homme lettré aurait pu choisir de rester à Strasbourg qui nous prouve bien qu'il ne s'agit pas simplement de prêcher, mais qu'il faut agir là où vous avez été envoyé, dans le territoire où vous êtes", analyse Isabelle Gerber. Une inspiration pour les pasteurs d'aujourd'hui ? "C'est quelqu'un qui nous inspire dans le sens où il faut parfois ne pas avoir peur de se lancer dans des grandes entreprises ou projets liés à notre foi qui dépassent largement le cercle de ceux qui fréquentent nos cultes. c'était un homme très pragmatique." On lui doit notamment les bancs du style poutres dans les petites églises du Ban-de-la-Roche. L'idée derrière ? "Que les gens n'y soient pas suffisamment confortables pour ne pas s'endormir durant la prédication!"

Le visage contrasté d'un tempérament complexe

Pour autant, les différentes sources consultées par Jean-Yves Fischbach montrent un visage plus contrasté. "Je suis un étonnant assemblage de qualité contraires. D'instinct je suis soldat : j'aime l'ordre, la fermeté, la discipline... et pourtant depuis l'enfance, une autre aspiration m'habite : le désir d'une vie plus haute que cette terre. Je me suis efforcé d'unir ces deux voies : servir ici, espérer ailleurs" lui fait-il dire dans son documentaire. 

Oberlin avait également un côté très autoritaire, très paternaliste. Sur sa tombe, il est d'ailleurs inscrit 'Papa Oberlin' comme l'appelaient les paysans et les gens du coin. "Mais au fond, s'il n'y avait pas cette force de caractère, peut-être n'aurait-il pas fait aussi bien les choses, nuance Jean-Yves Fischbach qui a voulu ne pas idéaliser le personnage et montrer l'ivraie et le bon grain. Ce que j'ai voulu aussi montrer à travers le film, c'est la complexité du personnage, à la fois effectivement ce désir très fort d'aider les gens, d'apporter l'Évangile dans ces vallées et en même temps sa fragilité. Après la mort de sa femme dont il était très amoureux, il est tombé en dépression. Nous sommes souvent des êtres mélangés.

© RCF Alsace
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Focus en Alsace
© RCF Alsace
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