
Le Grand Témoin RCF - page 5
Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.
Episodes
24 février 2026En quoi le XIXe siècle aide-t-il à comprendre notre rapport à la mort et au deuil ?
Guillaume CUCHET, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, codirecteur du Centre d’histoire du XIXe siècle de la Sorbonne. Auteur de La religion des morts - comment le XIXe siècle a inventé le deuil moderne (Seuil)
Lever l’interdit de tuer, administrer la mort, la programmer, en faire un protocole supervisé par l’État, c’est le nouveau monde dans lequel nous allons peut-être entrer, si le texte du député Olivier Falorni venait à être adopté à l’Assemblée nationale, où le vote solennel était prévu pour aujourd’hui. Ce matin, on va s’intéresser à notre attitude devant la mort. Sans la mort, pas de religion. C’est dire si la religion dispose d’une rente à vie ! Mais mourir est une chose, le deuil en est une autre. Même si la question de l’euthanasie se pose en raison de la décrépitude induite par le grand âge, phénomène inédit propres aux sociétés opulentes, ce qui nous arrive ne serait sans doute pas possible sans une éviction progressive de la mort socialement ritualisée et puissamment reliée à la perspective métaphysique du salut. Contrairement à une idée reçue, la mort n’est pas un invariant, au sens social du terme. On ne l’inscrit pas de la même manière selon les époques. Ce que montre Guillaume Cuchet, c’est que nos pratiques funéraires que l’on croyait si anciennes remontent en fait à ce long XIXe siècle qui fut, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la matrice de changements profonds, malgré l’instabilité politique. Guillaume Cuchet a mené l’enquête sur la religion des cimetières, sur les pas de l’historien Philippe Ariès (1914-1984), inventeur de l’histoire de la mort en Occident. L’Ancien Régime y apparaît sous un jour fort différent : autant, avant la Révolution, les mentalités s’intéressaient à la prière pour les âmes, autant le XIXe instaure le rituel de la visite des tombes, lesquels deviennent un point d’ancrage culturel fort capable même de surmonter les divisions idéologiques.
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23 février 2026Sauver l'agriculture française, c’est possible !
Hervé LEJEUNE, inspecteur général de l’agriculture honoraire, ancien conseiller du président de la République pour l’agriculture, la ruralité, le commerce et l’artisanat. Auteur de La tragédie agricole française - réagir est encore possible (L’Harmattan)
Malgré la bagarre survenue hier, le Salon de l’agriculture ouvre ses portes au public ce matin à 9h00 à Paris Porte de Versailles après avoir été inauguré par le président Emmanuel Macron samedi. Pour la première fois depuis la création du salon en 1964, les bovins en sont absents, les organismes de sélection des races ayant décidé « par précaution et par solidarité » avec les éleveurs touchés par la dermatose de ne pas présenter leurs animaux. Les sujets de mécontentement s’empilent : gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest, balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit et aléas climatiques toujours plus intenses, sans oublier l’accord de libre-échange UE-Mercosur pour lequel la Commission européenne dit vouloir accélérer les procédures d'approbation et de mise en œuvre, pour permettre aux entreprises et aux consommateurs d'en bénéficier au plus vite. Pourquoi la France, grande puissance agricole mondiale, peine-t-elle à assurer sa souveraineté alimentaire et à enrayer le déclin de son agriculture ? C’est à cette question que répond Hervé Lejeune, à la lumière des grandes fractures qui traversent aujourd’hui le monde agricole. La crise n’est pas inéluctable. C’est moins d’une loi d’urgence dont on a besoin que d’une vision claire, en particulier sur l’articulation entre charte de l’environnement, devenue constitutionnelle donc contraignante, et souveraineté alimentaire.
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20 février 2026Moine, paysan, écrivain : la leçon de vie du frère Cassingena-Trévedy, ermite dans le Cantal
Frère François CASSINGENA-TRÉVEDY, normalien, moine bénédictin devenu ermite sur le plateau du Cézallier. Auteur de Douze constellations pour une année d’éveil (Albin Michel)
Dans agriculture, il y a culture et notre invité marie les deux. Fort de plusieurs ouvrages à succès, notamment Étincelles (Ad Solem), lauréat du Grand Prix Moron de l’Académie française et du prix de la Liberté intérieure, le frère François Cassingena-Trévedy vit depuis six ans près d’Allanche (Cantal), après quarante ans passés en abbayes bénédictines à Ligugé. À la veille du salon de l’agriculture, le moine-poète arpente les planèzes : ermite sur les hauteurs du Cézallier, le religieux se met au service des paysans, trait les vaches, participe aux comices agricoles, loin de l’aliénation des écrans, des réseaux sociaux et de la brutalisation de la communication moderne. Parallèlement à cette vie d’ermite, qui n’exclut pas la vie sociale mais la redécouvre, l’écrivain continue une œuvre dense faite d’aphorismes ciselés pour nos âmes.
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19 février 2026Pour le carême, relire les Pères de Église
Marie-Anne VANNIER, professeur de théologie à l’université de Lorraine, membre de l’Institut universitaire de France, rédactrice en chef de Connaissance des Pères de l’Église. Auteur de Lire les Pères de l’Église - nouvelle anthologie patristique (Artège)
Ils sont à la fois si loin et si proches. Les pères de l’Église, aux noms parfois pittoresques comme Polycarpe de Smyrne ou Basile de Césarée, forment un aréopage d’une vingtaine de penseurs, une sorte de Dream Team allant du Ier au VIIIe siècle, grosso modo de Clément de Rome à Jean Damascène. Ces intellectuels sont des sages, des piliers et des passeurs grâce auxquels les inconcevables vérités du christianisme ont pu s’affiner, prendre forme dans les esprits. Les pères de l’Église n’ont pas inventé la foi mais l’ont clarifiée, défendue et formulée, comme les gladiateurs, revêtus de l’équipement de combat donné par Dieu, ainsi que le dit saint Paul dans sa fameuse épître aux Ephésiens, et sa tirade militaire du bouclier de la foi, du casque du salut et du glaive de l’Esprit. Marie-Anne Vannier a coordonné deux ouvrages sur la question, l’un sur la vie et les œuvres, l’autre sur les textes.
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18 février 2026La religion détermine le vote, plus que la question sociale
Lucas JAKUBOWICZ, journaliste politique, spécialiste des comportements électoraux, rédacteur en chef de Décideurs magazine. Auteur de Vote religieux, un tabou français (éditions de l’Observatoire)
Le mercredi des cendres marque le début du carême, lequel coïncide cette année avec le ramadan, les deux moments étant souvent comparés pour ne pas dire confondus. N’entendons-nous pas dire, depuis déjà pas mal de temps, que le carême serait le ramadan des chrétiens, signe que la signification du carême s’efface derrière la réalité visible, sociale et commerciale, du ramadan. Ces deux moments vont s’inscrire cette année dans un contexte électoral, celui des élections municipales. Sachant que ce scrutin pourrait évoluer, du moins certains le voudraient comme les écologistes qui ont récemment fait adopter, en commission, un texte déposé en 1999 visant à « accorder le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l'Union européenne résidant en France ». Même si cette proposition de loi constitutionnelle a peu de chance d’aboutir, elle montre à quel point le lien entre souveraineté, nationalité et citoyenneté s’est distendu. Par ailleurs, une double hypocrisie tend d’une part à ignorer, dans les analyses, que le facteur religieux est un puissant déclencheur du vote et, d’autre part, que les partis politiques envoient des signaux de nature religieuse, afin de mobiliser l’électeur qui gît sous le croyant. C’est particulièrement flagrant dans le cas de LFI à l’endroit des musulmans. C’est vrai aussi du RN qui entend se légitimer en se faisant le bouclier de l’antisémitisme. Pour les catholiques, la chose est plus complexe. Habitués à raser les murs, ils ont tendance à sanctionner des candidats jouant à l’excès des codes communautaires, comme François Fillon.
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17 février 2026La gauche est-elle fâchée avec la sécurité ?
Nicolas NORDMAN, membre du Parti socialiste, adjoint à la mairie de Paris, chargé de la prévention, de la sécurité, de l’aide aux victimes et de la police municipale. Auteur de La gauche et la sécurité - pour en finir avec le populisme (éditions de l’Aube)
À l’approche des élections municipales, la question sécuritaire « ne manquera pas d’enflammer les esprits », écrit Nicolas Nordman, « monsieur sécurité de la mairie de Paris », dans un essai destiné à en finir avec les idées reçues et surtout avec les populismes – qui assimilent la gauche au laxisme sécuritaire, à la culture de l’excuse, à une prévention coûteuse et inefficace. Quelle serait une saine conception de la sécurité, sur quels leviers doit-on jouer pour qu’elle soit une réalité ? Nicolas Nordman aborde notamment le rôle de la police municipale dont il est question d’étendre les compétences avec un projet de loi arrivant au Sénat début avril. Paris compte 2400 policiers municipaux et on peine à en recruter. Outre la délinquance, une forme de violence politique s’invite dans le débat public, celle dont a été victime le jeune Quentin Deranque, lynché à mort par des antifas à Lyon. Entre une gauche républicaine et une gauche révolutionnaire, il est difficile d’arrêter une position commune, sur ce sujet-là comme sur tant d’autres.
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16 février 2026L’euthanasie, progrès régressif, revient à l’Assemblée
Gérard RABINOVITCH, philosophe, sociologue, directeur de l'Institut européen Emmanuel Levinas. Auteur de D’une permanence païenne - sur quelques invariants anti-judaïques (Le Bord de l’Eau)
L’Église invite à une journée « de jeûne et de prière » pour le premier vendredi de carême, vendredi prochain 20 février, afin d’alerter sur « la gravité des enjeux » de la proposition de loi sur la fin de vie qui revient à l'Assemblée nationale. Après son rejet fin janvier au Sénat, le texte est examiné à partir d’aujourd’hui dans l'hémicycle, jusqu'ici largement favorable à cette réforme sociétale. Un vote solennel est prévu le 24 février, en même temps que la proposition de loi sur les soins palliatifs. Ce sujet « suscite d'immenses inquiétudes et de vives oppositions, de la part de très nombreux soignants, patients, personnes âgées ou avec un handicap », indiquent les évêques qui ont demandé que leur message soit lu dans les paroisses lors des messes dominicales, « ou à l'occasion de la messe du Mercredi des Cendres », qui marque le début du Carême mercredi prochain. « C’est le Grand code biblique que l’on s’apprête à balayer », souligne Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, qui analyse les origines du changement de paradigme qui se profile en remontant à l’esprit des Lumières, lequel accoucha à la fois d’une pulsion de vie, via notamment l’accès à la santé et à l’éducation, et d’une pulsion de mort via l’eugénisme. Pour Gérard Rabinovitch, nous vivons un « progrès régressif », oxymore apparent dans lequel l’émancipation de l’homme s’accompagne de sa destruction. Chose étonnante : le gauchisme culturel et les libertariens se rejoignent car, dans les deux cas, « l’homme est quelque chose qui doit être affranchi » et, dès lors, « toute limite est fasciste ». A contrario, il propose une lecture de Levinas autour de l’éthique de responsabilité, laquelle postule non une assistance médicale à mourir mais une assistance médicale à vivre.
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13 février 2026Michael Denton est à Paris pour exposer sa nouvelle critique de Darwin
Jean STAUNE, épistémologue, prospectiviste, philosophe des sciences. A préfacé le livre de Michael Denton Darwin en crise (Guy Trédaniel)
Finalement, comme dit le western, le monde se divise en deux catégories, ceux qui pensent que nous sommes-là par hasard, ce qui les délie de toute responsabilité à l’égard d’eux-mêmes et envers les autres, et ceux qui croient que nous sommes nés d’une intention, de quelqu’un auquel il faut bien donner un nom, lequel est celui de Dieu. Quel visage a-t-il et à quelle religion appartient-il, c’est presque une autre histoire. Considérons toutefois que le clivage n’est pas si simple entre le chaos et l’absurde d’un côté et le dessein intelligent de l’autre. En clair, on ne peut pas scléroser le débat entre le darwinisme et le créationnisme. D’ailleurs Michael Denton les renvoie dos-à-dos. Ce biochimiste australien, opposé au matérialisme athée, avait publié en 1985 un ouvrage retentissant intitulé « l’évolution, une théorie en crise ». 30 ans plus tard, il ne se contente plus de pointer les incohérences de la sélection naturelle que Charles Darwin appelait « ma divinité ». Il propose une autre conception de l’évolution. Michael Denton sera ce soir à Paris, à l’espace Bernanos (4 rue du Havre Paris IXe) pour s’en expliquer. Il sera assisté par son préfacier francophone, Jean Staune, épistémologue.
Depuis la fin du XIXe, l’idée a très fortement infusé dans nos sociétés que l’évolution serait le fruit du hasard. Le darwinisme expliqua ainsi l’histoire du vivant par des mutations aléatoires progressivement sélectionnées pour leur utilité adaptative. Cette thèse, encore très puissante, remplace Dieu par le temps. Mais la vérité oblige à dire qu’elle est simpliste. Denton recourt à la métaphore de la montre et du cristal : la montre représente un objet assemblé par un concepteur externe, l’horloger aveugle de Darwin. La différence avec le créationnisme, c’est que chez les croyants l’horloger n’est pas aveugle. Denton réfute l’externalité avec le cristal dont les six branches se forment spontanément selon des lois physiques internes. Sa structure ordonnée n’est pas le résultat d’un assemblage progressif pièce par pièce mais l’expression naturelle de propriétés intrinsèques de la matière. Ce sont les lois naturelles que Jean Staune rapporte au concept d’« attracteurs étranges » connu en théorie du chaos. Plus largement, la remise en cause du darwinisme athée traduit un phénomène récent. Le débat est difficile avec les athées – qui y voient une « intrusion spiritualiste en science », alors que les plus fortes critiques de Darwin émanent du monde scientifique lui-même.
Inscription : https://www.eventbrite.fr/d/france--paris/denton/
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12 février 2026Euthanasie, eugénisme et validisme : à gauche, ça coince et c’est normal mais les media ne le disent pas
Pierre JOVA, journaliste à l’hebdomadaire La Vie. Auteur de Peut-on programmer la mort ? (Seuil)
On vit une époque déroutante, faite de bruit et d’insouciance coupable. Sans être grandiloquent, on sait que le texte sur l’euthanasie, qui arrive lundi en seconde lecture à l’Assemblée, va nous faire basculer dans un autre monde, qu’il sera le plus permissif et le plus répressif s’il devait être adopté en l’état. Mais en le disant, on se fracasse sur le mur médiatique, les media étant acquis au seul principe qu’il s’agirait d’une liberté facultative accordée en plus, comme s’il s’agissait d’une tirette offrant un droit supplémentaire. Alors que, dans l’hémicycle on va jouer au dés d’énormes enjeux d’humanité et de civilisation. On paie aussi la facture d’un héritage Le sociologue Norbert Élias dénonçait déjà l’hygiénisme d’une société refusant la dimension tragique et traitant la souffrance en termes socio-économiques et médicamenteux. Une pulsion de mort traverse aussi toute la société, constate le psychiatre Faroudja Hocini. La fixer dans une loi ne peut que la développer en influant psychologiquement sur les mentalités. Il existe un effet d’atmosphère, d’inconscient collectif. On focalise sur l’autonomie individuelle, sans voir que l’individu intériorise les contre-valeurs de la société. Ce qui se passe ressemble à l’ultime détricotage de la discipline sociale et morale que le christianisme, malgré son affaiblissement, parvenait encore à imposer. Mais loin d’enfermer le débat dans une opposition gauche/droite ou athée/croyant, Pierre Jova montre qu’une bonne partie de l’opinion, fort éloignée d’une pratique religieuse, a toutes les raisons de se méfier de cette loi, laquelle enterrera un modèle français de la fin de vie qui, malgré ses insuffisances, représentait un point d’équilibre. Il dénonce aussi le cynisme institutionnel consistant à faire mine de soutenir parallèlement les soins palliatifs, alors que l’euthanasie auront pour effet d’en dissoudre le principe et les moyens. « Sait-on, ajoute-t-il désappointé, qu’il y a en France plus de parlementaires (925) que de médecins de soins palliatifs (748) ? »
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11 février 2026Rose Torrente raconte son siècle de mode et se souvient des religieuses de son enfance
Rosette LAPIDUS, alias Rose TORRENTE. Auteur de Haute Couture - un destin extraordinaire forgé dans l’adversité (Fayard)
On est loin de sainte Bernadette en ce 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes. Quoique : si je vous dis que petite, elle voulait devenir religieuse et qu’elle gardera pour les cornettes une affection sans pareille. Elle, c’est Rose Torrente, figure emblématique de la mode française, sœur de Ted Lapidus. Admise en 1971 à la Chambre syndicale de la couture, Rose Torrente, va s’imposer dans un milieu exigeant. Ses créations habilleront Romy Schneider, Natalie Wood, Marlène Jobert, Françoise Hardy ou Jeane Manson. Femme d’entreprise visionnaire, son nom reste associé à l’Institut français de la mode (IFM) que lui a ravi un certain Pierre Bergé poussé par Jack Lang. A 95 ans, sa persévérance est d’airain et sa mémoire de fer. Son cœur, lui, est plein de tendresse et de nostalgie envers les relations homme/femme apaisées et courtoises, où l’art de la séduction l’emportait sur la guerre des sexes.
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10 février 2026Plus d’un Français sur trois serait favorable à l’usage exceptionnel de la torture
Luc BELLIÈRE, chef d’entreprise, ingénieur, docteur en sciences physiques, président de l’ACAT-France, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture
38 % des Français estiment acceptable le recours à la torture dans des cas exceptionnels, selon un sondage IFOP commandé pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture. Un chiffre en légère hausse depuis 10 ans ; ils étaient 36 % après la vague d'attentats de 2015, contre 25 % seulement en 2000. Ce chiffre exprime un recul de la paix civique, une sorte de montée aux extrêmes puisqu’il reflète que face à la violence aveugle, terroriste en particulier, seules certaines solutions se justifieraient, quoique philosophiquement répréhensibles. Ici, la torture ne relève pas du droit commun mais s’entend comme « tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne par un agent de l’État ou avec sa complicité ». Pour Luc Bellière, recourir à la torture est philosophiquement indigne et pratiquement inutile, au regard notamment de ce que les neurosciences nous apprennent. Selon lui, le scénario de la bombe à retardement ne tient pas non plus puisqu’on n’est jamais sûr que la personne que l’on s’apprêterait à torturer possède l’information permettant de la désamorcer.
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9 février 2026Municipales 2026 : simplifier le millefeuille territorial, c'est possible et nécessaire
Boris RAVIGNON, maire de Charleville-Mézières, président de l'agglomération Ardenne Métropole
Et si on parlait du fameux millefeuille territorial ? Maire de Charleville-Mézières et président de la Communauté d’agglomération Ardenne Métropole, Boris Ravignon est élu une première fois à la mairie sous l’étiquette LR, réélu à plus de 77 % des voix au premier tour sous l’étiquette DVD. Il a 51 ans, il est énarque, inspecteur des finances. Il brigue un troisième mandat. M. Ravignon est l'enfant du pays : né à Charleville, il y fit ses études jusqu’au baccalauréat. En mai 2024, il rendit un rapport sur les coûts de l’enchevêtrement des compétences entre l’État et les collectivités territoriales. Le mois dernier, il fut auditionné au Sénat dans le cadre d’un débat sur le modèle territorial. Boris Ravignon préconise d’aligner responsabilités, compétences et moyens financiers et de clarifier le rôle des départements. Mais il n’appelle pas à supprimer un niveau de collectivités (communes, départements, régions). Il évalue 7,5 milliards le coût de la coordination entre les administrations. Changer cela relève selon lui à la fois d'une exigence financière et démocratique.
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6 février 2026De quoi l'affaire Epstein est-elle le nom ?
Xavier RAUFER, criminologue enseignant aux États-Unis, directeur d’études au pôle sécurité/défense du CNAM, professeur associé à l’Institut de recherche sur le terrorisme. Auteur de Jeffrey Epstein, l’âme damnée de la IIIe culture (éditions du Cerf)
La pression monte sur Jack Lang, sommé de s'expliquer sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, l'exécutif s'inquiétant que la controverse n'éclabousse l'Institut du monde arabe, qu'il préside depuis 2013. Le nom de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand est cité 673 fois dans l’énorme masse de documents que la loi spéciale votée en novembre par le Congrès américain a permis de publier : plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images, des courriels, listes de contacts, carnets d’avion et correspondances impliquant des personnes influentes, des indications sur des liens sociaux ou professionnels entre Epstein et des figures publiques, sans forcément constituer des preuves de crimes pour tous. Pour la France, aucune procédure judiciaire n'est attendue, les faits étant prescrits. Le 10 août 2019, Jeffrey Epstein était retrouvé mort dans sa cellule à la Metropolitan Correctional Center à New York. La justice américaine conclut à un suicide par pendaison, bien que la cause exacte fasse encore l’objet de controverses. Le 29 août, les charges fédérales contre Epstein étaient officiellement annulées, même si les enquêtes se poursuivent contre ses associés. Comment un professeur de mathématiques sans diplôme put-il devenir propriétaire d'un manoir à Manhattan et d'une île privée aux îles Vierges ? Des barbouzes du Mossad participèrent-elles à monter un « piège sexuel » pour faire chanter des personnalités influentes ? Jeffrey Eptein lui-même bâtit-il sa fortune sur les chantages qu’il exerça sur la bonne société juive newyorkaise ? Xavier Raufer a fait son enquête à partir de toutes les pièces de justice disponibles, sachant que 2 millions de documents doivent encore être divulgués.
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5 février 2026Le droit naturel rappelle que ce qui est légal n'est pas toujours ni légitime ni juste
Aude MIRKOVIC, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université d’Évry Paris-Saclay, essayiste, présidente de l’association Juristes pour l’enfance. Coauteur avec Yvonne Flour de Le droit naturel, une ressource pour notre temps ? (Boleine)
« Tout don descend d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement, ni ombre de variation », dit un mot célèbre de l’épître de Jacques. Comme si le caractère immuable était le propre de Dieu et de ses lois, à l’opposé du caractère changeant et imparfaits des lois humaines. Peut-on se fier à cette distinction pour essayer de comprendre ce qu’est le droit naturel, par opposition au droit positif, celui que les hommes construisent par leur volonté. Le droit naturel désigne ce qui seraient inhérents à la nature humaine, donc universels, immuables et indépendants des lois écrites. Certains droits existent avant et au-dessus des lois votées par les États. Comme le droit à la vie, à l’intégrité physique et morale, comme la liberté de conscience et de religion, le droit de propriété, la liberté d’expression, etc. En réalité, le droit naturel existe depuis la haute antiquité, avant le christianisme. Il postule que le droit cherche avant tout ce qui est juste. Cette notion disparaît avec le positivisme juridique. L’enjeu est que le droit naturel ne soit ramené ni à une croyance ni à un souvenir. Il n’est pas périmé par les progrès scientifiques. Les états généraux de la bioéthique, lancés le 21 janvier, se présentent comme un exercice de démocratie sanitaire qui doit, pendant six mois, éclairer les enjeux de la future loi bioéthique, attendue après la présidentielle de 2027 pour réviser le texte de 2021. Les sujets de bioéthique, laquelle n’est pas figée, offrent un « terrain de jeu » juridique intense. En outre, les questions de filiation et de procréation demeurent au cœur d’une intense bataille entre droit naturel et droit positif. Ici, c’est surtout la loi du plus fort, qui est le droit du plus fort, lequel s’impose par la pression médiatique.
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4 février 2026Dieu existe et il a un plan
Frédéric LOWE, ingénieur des mines, diplômé en science sociale, entrepreneur dans la tech. Auteur de Le plan de Dieu (J'ai Lu, Phaos)
Au carrefour des spiritualités et du développement personnel, il existe toute une zone un peu périphérique aux religions, où Dieu parle, où, en tout cas, on le fait parler, sans que sa parole soit régulée par un clergé. Et après tout, pourquoi pas ? Dans une société pluraliste et ouverte, Dieu n’est pas une marque déposée et n’appartient à personne. La chose est intéressante quand elle provient d'une interrogation jaillie du plus profond de l'être : oui, le divin existe, Frédéric Lowe en est convaincu. Cet ingénieur des mines se dit spirituel-scientifique. Avec simplicité et enthousiasme, il rend évident ce qui est impensable pour beaucoup : il y a une intention créatrice, Dieu existe et la science le prouve et, en plus, il a un plan pour nous sauver. Nous sauver de quoi ? De nous-mêmes ? La limite de la thèse, c'est qu'il s'agit (encore) d'un Dieu sans visage.
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3 février 2026Trump précipite-t-il le monde vers le chaos ?
Alexandre del VALLE, géopolitologue, consultant international. Auteur de Le nouvel ordre post-occidental - comment la guerre en Ukraine et le retour de Trump accélèrent la grande bascule géopolitique (L'Artilleur)
Donald Trump met le monde entier dans un certain embarras, jusqu’au pape Léon XIV lui-même, qui se fait discret mais perçoit l’enjeu pour l’église américaine de ne pas rester trop silencieuse. Aussi dépêche-t-il ses évêques pour réprouver ces certains brutaux de la politique migratoire encouragée par le président américain. S’il brutalise, Donald Trump déstabilise et, finalement. La question, c’est de savoir si le trumpisme va aboutir à un reflux de l’empire américain ou à une forme de coercition supplémentaire exercée sur ses vassaux, comme l’Union européenne. Si l’Amérique n’est plus le grand frère dont on désire la présence, que peut faire l’Europe, comment peut-elle renaître, exister par elle-même, sortir de l’effacement qui la guette. L’enjeu, ce sont nos berceaux et nos cerveaux. Qu’en faisons-nous ?
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2 février 2026La France n’a pas voté un budget en équilibre depuis 52 ans
Jean-Baptiste LÉON, journaliste, directeur des publications de l'association Contribuables associés. Auteur de Le Livre noir de l’argent public : les secrets d’un État en faillite (Hugo Doc)
Épilogue d'un pénible marathon parlementaire de quatre mois, le budget de l'État pour 2026 devrait être adopté définitivement aujourd’hui, après le rejet probable des dernières motions de censure contre le gouvernement qui aura fait passer le texte par 49.3, grâce à la mansuétude des socialistes. La dette publique de la France dépasse 110 % du PIB, l’une des plus hautes d’Europe. Pour la Première présidente par intérim de la Cour des Comptes Carine Camby, il est « urgent d'agir », et de réduire les dépenses publiques. À ses yeux, il est « vain de parler de souveraineté alimentaire, numérique, industrielle ou sanitaire, quand notre souveraineté budgétaire est mise en péril par notre charge de la dette ». Mais qui s’en préoccupe vraiment ? Il faudrait poser le principe d’un budget « base zéro », c’est-à-dire partir de l’intention politique, dans un pays qui n’a pas voté de budget en équilibre depuis 52 ans (1974). Mais qui le fera ? Pour comprendre la France, il faut relire Frédéric Bastiat : « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » L’État ne produit rien par lui-même, tout ce qu’il distribue, il l’a d’abord pris aux citoyens (impôts, taxes, dettes) et chacun essaie d’obtenir par la loi ce qu’il n’obtiendrait pas librement. Ce système est malsain, immoral et fabrique de l’irresponsabilité. Peut-on en sortir et comment ? Jean-Baptiste Léon dirige les publications de Contribuables Associés, première association de contribuables de France créée en 1990 par des figures libérales historiques Benoîte Taffin et Alain Dumait. Il a également coécrit le documentaire « Trois mille milliards : les secrets d’un État en faillite » diffusé sur YouTube.
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30 janvier 2026Euthanasie : on ne pactise pas avec la mort !
Jacqueline KELEN, écrivain. Auteur de On ne pactise pas avec la mort -Guy Trédaniel)
De quel côté se trouve le sentiment d’humanité ? Pour les uns, l’euthanasie est perçue comme l’apogée de la société du bien-être, qu’exprime le geste de l’ultime autonomie, celui d’une « fin de vie libre, universelle, gratuite, décidée par les personnes en grande souffrance », selon les propres mots du président de la Ligue contre le cancer, Philippe Bergerot. Pour les autres, l’euthanasie, en levant l’interdit de tuer, nous fait basculer dans un autre monde – qui ne dit pas encore son nom – mais qui, mue par une logique cynique, comptable et matérialiste, éliminera les indésirables. Le texte du député Olivier Falorni, voté avec une majorité claire à l'Assemblée au printemps dernier, va retourner au Palais Bourbon en deuxième lecture dès le 16 février dans la version adoptée il y a près d'un an. Le Sénat, en tergiversant puis en rejetant la proposition de loi sur l'aide à mourir, aura juste montré que les deux assemblées n’étaient pas alignées. Néanmoins les dissensions sénatoriales invitent à croire que l’opinion est peut-être en train de sortir d’une certaine somnolence. Tout l’enjeu est d’éveiller la conscience morale. Avec Blaise Pascal, Jean Pic de la Mirandole ou Étienne de La Boëtie, Jacqueline Kelen, familière des grands récits et des figures mystiques, réfléchit au mystère de la mort et à la responsabilité qui nous incombe envers nous-mêmes et envers autrui. « Tu ne tueras pas » demeure le fondement de la vie en société. En 2020, Jacqueline Kelen avait reçu le prix de la liberté intérieure. Elle montre que la « dignité » – dont se parent soi-disant les partisans de l’euthanasie – est piétinée par le monde orwellien qui se mettra inexorablement en place.
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29 janvier 2026Quand l’élite de l’Europe était une cousinade
Charles-Alexandre de la TOUR et TAXIS, descendant des rois de Grèce et de Danemark, des tsars de Russie et des princes allemands. Auteur de C’était une autre Europe - souvenirs de famille (Flammarion)
Nul ne peut disconvenir que l’Europe, au-delà de l’Union européenne, traverse une crise existentielle inédite, marquée notamment par la dénatalité et désindustrialisation, ainsi qu’« un effacement civilisationnel ». Que l’expression vienne de Donald Trump ne suffit pas à la récuser. D’ailleurs, cet effacement ne date pas d’hier. La guerre froide, par la discipline qu’elle imposait au camp occidental, avait masqué les fragilités de l’Europe. Notons que les États-Unis jouent à son égard un jeu très pervers : ils veulent que l’Europe soit un vassal, qu’elle ne soit jamais un rival. Le Vieux continent a le privilège de la profondeur du temps et de l’histoire. Si tout se délite, faut-il changer d’élite ? Faut-il revenir à l’Europe des cousins ? Renouer avec les familles aristocratiques permettrait-il de réconcilier des peuples en plein désarroi, laissés comme orphelins, abandonnés aux extrêmes. On a tous besoin d’un père. La chose toutefois n’est pas si simple : les familles régnantes, qui n’ont pas réussi à empêcher la guerre de 14, ne sont pas faites pour gouverner mais pour incarner, pour peu qu’elles aient une très haute idée de leur rôle et des servitudes qu’il impose. L’inverse du monde des people et autres célébrités.
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28 janvier 2026Et si on faisait sa fête à saint Thomas d’Aquin ?
Père Grégoire FROISSART, vicaire à la paroisse Notre-Dame de Clignancourt, professeur au Collège des Bernardins, docteur en théologie et spécialiste de saint Thomas d’Aquin
Entre des traditionalistes qui la déforment et des modernistes qui l’ostracisent, la pensée de saint Thomas d’Aquin souffre quelque peu, surtout en France, pays du schisme intellectuel. Peut-on réconcilier tout ça ? Sorti d’un monde d’enluminure, on imagine mal le fameux docteur Angélique errer dans les souterrains de la post-modernité, sans âme, chaotique, vulgaire et bas de plafond. C’est pourtant dans ce monde que nous vivons – qui s’organise très bien sans Dieu, source et sommet de la pensée thomiste. Saint Thomas mise sur notre intelligence en nous invitant à concilier foi et raison. On ne peut se satisfaire d’arguments d’autorité pour parler à nos contemporains de loi naturelle et de vérités éternelles. Un colloque aura lieu le 21 mars au collège des Bernardins, en partenariat avec la Revue thomiste et sous les auspices du père Grégoire Froissart, auteur d’une thèse sur « L'homme image de Dieu chez Thomas d'Aquin » (à paraître bientôt chez les Dominicains du Cerf).
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