
Le Grand Témoin RCF - page 4
Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.
Episodes
23 mars 2026Après les municipales, une France morcelée comme jamais
Natacha POLONY, agrégée de lettres, ancienne directrice de la rédaction de Marianne, fondatrice de la revue trimestrielle L’Audace !
Dans la foulée d'élections municipales sans vainqueur clair, chaque camp politique s'emploie à tirer les leçons du scrutin et à dire qu’il en sort gagnant. Au bout du compte, la France apparaît morcelée à l’extrême, ce qui rend délicate la question des alliances et des stratégies pour la présidentielle qui domine déjà le débat. Le débat justement : comment envisager l’agora si l’on n’est plus capable de se parler ? Agrégée de lettres, Natacha Polony, ancienne directrice de la rédaction de Marianne, consacre le deuxième numéro de sa revue trimestrielle L’Audace ! à la liberté d’expression à l’ère numérique. Comment concevoir un espace de la délibération juste et honnête en France et en Europe, à l’heure où les géants de la tech américains captent toutes les attentions, celles des plus jeunes en particulier, et où la réglementation de l’UE, via le « bouclier démocratique » du DSA (Digital services act), n’apporte pas la meilleure des réponses à la question de la régulation des contenus ?
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20 mars 2026Georges Fenech monte au front pour la liberté d’expression
Georges FENECH, ancien magistrat, député honoraire, chroniqueur TV. Auteur de Ne dites pas à ma mère que je suis chroniqueur sur Cnews… elle me croit toujours juge à Hazebrouck (Fayard)
Du parquet aux plateaux en passant par les sièges capitonnés du Palais Bourbon, Georges Fenech se passionne pour l’action publique sous toutes ses formes. Cet ancien juge d’instruction, d’origine maltaise mais né en Tunisie, fut député LR du Rhône à deux reprises, avant de se reconvertir dans le magistère médiatique comme chroniqueur régulier sur la chaîne Cnews dont il est l’une des voix les plus crédibles. Son ton grave, posé et ferme tranche avec les emportements parfois convenus de media qui la jouent cash et clash. Sa carrière judiciaire est marquée par un engagement en faveur de l’autorité de l’État et de la répression de la délinquance, ce qui n’est pas le trait dominant des milieux de la magistrature. Spécialiste des dérives sectaires et du terrorisme, Georges Fenech porte un regard circulaire sur l’état de la France. Il instille une forme de dramaturgie quand il estime qu’elle peut mourir sous le poids du renoncement et des atteintes à la liberté d’expression.
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19 mars 2026Choisir, tout un art. Saint Ignace de Loyola nous y aide
Père Bernard BOUGON, consultant, membre de l’Institut de discernement professionnel, ancien aumônier national du Mouvement chrétien des cadres dirigeants. Coauteur avec Laurent Falque de L’art de choisir avec Ignace de Loyola (éditions Ignace de Loyola)
La force, et peut-être aussi la faiblesse, de la démocratie, c’est qu’elle nous oblige à choisir, afin d’obtenir l’adhésion, de fabriquer du consentement, ce qui est nécessaire à la confiance, pilier de l’autorité, sans laquelle nulle société ne peut avancer. Mais choisir est un art, qui ne confond pas avec le fait de décider. Les élections municipales offrent à la fois un prétexte et un contexte pour aborder un sujet beaucoup plus sérieux que celui de la gestion communale, sujet qui est celui de l’entretien que l’on se doit d’accorder à son âme. Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites, lui fait passer une sorte de contrôle technique, avec ses fameux exercices spirituels et le discernement des esprits, lesquels ne sont pas comparables aux méthodes de développement personnel dont se repaît l’homme contemporain en recherche. L’essentiel est d’entrer dans un processus permettant de trouver la vocation qui est la nôtre, et d’apprendre à repérer les mouvements profonds qui nous animent.
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18 mars 2026Après la prison, Pierre Botton invite les Français à renouer avec la foi et à l'affirmer avec courage
Pierre BOTTON, porte-parole de Changeons la prison. Auteur de Sur le chemin de ma foi (Fayard)
Son nom avait marqué les années 90, quand ni Internet ni les réseaux sociaux n’existaient mais que son visage s’étalait sur les écrans de télévision : Pierre Botton, homme d’affaires lyonnais au train de vie luxueux, s’était retrouvé mêlé à un scandale politico-financier impliquant son beau-père, Michel Noir, maire de Lyon jusqu’en 1995. Si je le reçois au milieu de ces municipales, c’est moins pour parler de compromissions politiciennes que de rémission spirituelle. Car Pierre Botton a retrouvé Dieu, le Dieu de son enfance, de la religion catholique dans laquelle il avait été élevée. La prison est passée par-là, ainsi qu’un long parcours judiciaire. Pierre Botton a été incarcéré à deux reprises, à vingt-cinq ans d’écart, ce qui lui donne un regard comparatif pertinent. Il s’est relevé en créant plusieurs associations destinées à sensibiliser au choc carcéral. L’expérience qu’il décrit ne ressemble point au propos de ses précédents livres. Aujourd’hui, il témoigne d’un chemin de foi, d’une certitude, sans faire l’impasse sur l’état spirituel de la France dans sa confrontation à d’autres religions très affirmatives.
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17 mars 2026Municipales : un scrutin illisible et un scandale démocratique
François GOMBERT, directeur d’Engagements, cabinet de conseil en stratégies de communication d’influence et de gestion de crise, auteur de la newsletter Com’on en parle !
Quelle lecture et quelle leçon peut inspirer ce premier tour des élections municipales ? Que dire de l’état de la France à un an du rendez-vous si attendu de la présidentielle ? Le macronisme et son action dissolvante sur le bipartisme ont produit quelque chose d’illisible dont tirent parti deux forces antagonistes, LFI et le RN. On compte à ce jour quelque 150 accords LFI/PS et RN/LR, ce qui, aux yeux de François Gombert, rend l’offre politique indéchiffrable. Selon lui, LFI et le RN développent deux types de communication politique tout à fait opposés : le RN achève sa notabilisation, tandis que LFI parie sur la radicalisation. La stratégie mélenchoniste se révèle efficace : concentrée sur le quadrillage du terrain, elle produit un discours qui ne fonctionne pas comme un repoussoir mais comme une validation. Entre LFI et le RN, le vaste centre est dilué dans une forme d’insignifiance. L’offre politique est en crise. Une autre surgira-t-elle pour la présidentielle ?
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16 mars 2026LFI et le RN sortent renforcés du 1er tour des élections municipales
Éric ROUSSEL, journaliste et politologue, ancien président de l’institut Pierre Mendès-France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques
Si cette année, les élections municipales auront moins mobilisé les Français qu’en 2014, avec un taux de participation nettement inférieur (56 % contre 63 %), les deux partis qui en avaient fait un test, le RN et LF, sortent renforcés du premier tour, dans un scrutin qui voit globalement la gauche se maintenir, en particulier dans les lieux de pouvoir importants, notamment à Paris, Marseille et Lyon. L'entre-deux tours d'ici dimanche prochain sera marqué par le casse-tête des possibles alliances, qui seront aussi scrutées à l'aune de la course à l'Elysée. Pour Éric Roussel, les dynamiques en faveur de LFI et du RN consolident des tendances mais ne laissent pas présager de l'issue de la présidentielle de 2027.
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13 mars 2026Le sénateur Laurent Duplomb défend l'innocuité de sa loi
Laurent DUPLOMB, sénateur LR de Haute-Loire, conseiller de Laurent Wauquiez sur les questions agricoles
Ici, en Haute-Loire, le duel n’est pas dans les urnes. Dimanche prochain, le candidat Michel Chapuis, divers droite dont la liste héberge le fils de Laurent Wauquiez, est quasiment sûr d’être réélu à la mairie du Puy-en-Velay. On peut se hasarder à ce pronostic dans la mesure où la cité mariale – tenez-vous bien – n’a pas connu de second tour depuis 1995, depuis plus de 30 ans, alors que l’élection 2026 laisse présager un grand nombre de quadrangulaires en raison de la balkanisation de la vie politique. Michel Chapuis n’a même pas de candidat RN sur sa droite. Non, le vrai duel ici est dans les haies : il oppose deux figures de la région : Jacques Marcon, chef triplement étoilé des maisons Marcon, plusieurs fois désigné « meilleur restaurant du monde », à Saint-Bonnet-le-Froid, à 60 km d’ici vers l’est, à la lisière de l’Ardèche, et Laurent Duplomb, fils d’ouvrier sidérurgiste devenu agriculteur par choix et par passion, sénateur LR depuis 2017, et dont les oreilles bourdonnent depuis que sa loi l’a fait connaître. La loi Duplomb a mobilisé plus de deux millions de signatures contre elle sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Après son adoption, en juillet 2025, Jacques Marcon dit qu’il avait « honte » de vivre en Haute-Loire. En août, le Conseil constitutionnel censura certaines dispositions de la loi Duplomb, notamment celles liées à l’autorisation d’un pesticide néonicotinoïde, l’acétamipride. Un nouveau texte est en cours. Pour le sénateur LR, sa loi fait l’objet d’une cabale de la part d’une gauche anticapitaliste toujours prompte à caricaturer les enjeux et les exploitants agricoles.
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12 mars 2026Éric Ciotti va-t-il offrir Nice au RN ?
Jean-Baptiste FORRAY, rédacteur en chef délégué de la Gazette des Communes. Auteur de Les frères ennemis de la Côte (Plon)
Richesse, gloire et beauté, on va aller sur la Côte d’Azur, à trois jours des municipales, dans un coin bien particulier que sont les Alpes-Maritimes, coin au sens premier du terme, au bout de la France, l’ancien comté de Nice, et dans un milieu qui l’est encore plus, celui de la droite niçoise. Ce que l’on aime, en politique comme ailleurs, ce ne sont ni les programmes ni les promesses. Ce que l’on aime, ce sont les duels, les passions, les ambitions, la dimension humaine des personnages. La politique, ce sont des mains qu’on serre et des poignards qu’on plante. Deux hommes s’affrontent à Nice – qui ont la politique dans la peau, à défaut d’avoir une idéologie dans la tête : Christian Estrosi, le motard séducteur, le Chirac ou le Johny Hallyday de la Côte, et Éric Ciotti, le routard de Marine Le Pen. Deux ans après son ralliement au RN alors qu'il présidait Les Républicains, il est en passe de relever son pari : conquérir la cinquième ville de France. A la tête de son nouveau parti, l'UDR, Éric Ciotti est annoncé dans plusieurs sondages avec une avance d'au moins 10 points sur le maire sortant, étiqueté Horizons, soutenu par le centre et la droite. Ce trophée, si Éric Ciotti le ravissait, il en priverait le candidat à la présidentielle Édouard Philippe, fondateur de Horizons.
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11 mars 2026Marcel Gauchet récuse la « dictature du relativisme » pointée par Benoît XVI
Marcel GAUCHET, historien, philosophe, sociologue. Auteur de Comment pensent les démocraties (Albin Michel)
Dans une société liquide où tout se vaut et tout se vend, les idées et les identités sont comparables à des objets placés sur la gondole du supermarché : leur valeur est celle de choses que l’on renouvelle au gré de l’arbitraire des modes et des passions. « Dans un monde renversé, même le vrai est un moment du faux », disait Guy Debord. C’est très difficile pour une institution solide comme l’Église catholique de survivre dans ce monde-là, d’être devenue une idée parmi d’autres. Mais après tout, n’a-t-elle pas ce qu’elle mérite puisque, selon la célèbre thèse de Marcel Gauchet, le christianisme serait la « religion de la sortie de la religion ». C’est lui qui, en séparant Dieu de César, a offert à César un espace qui lui est propre, avec le pluralisme idéologique qui le caractérise et, peu ou prou, remonte dans sa forme contemporaine à 1848, époque où se consolidèrent trois camps, les conservateurs, les libéraux et les socialistes. Ces cadres mentaux demeurent, malgré la vacuité de certains débats politiques actuels. L’idéologie est ainsi, au sens technique du terme, ce qui anime l’espace démocratique. Elle se distingue de la variété des opinions qui pouvaient prévaloir auparavant, dans des sociétés homogènes et verticales, où il fallait statuer sur le vrai et le faux. Dans cet entretien, Marcel Gauchet, premier titulaire de la chaire du Collège des Bernardins, l’Église, influencée par l’esprit du siècle, a évolué vers la gestion démocratique des pluralités qui la constituent, sans céder au relativisme dont le pape Benoît XVI dénonçait la prédominance.
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10 mars 2026Et si la France était un pays communiste ?
Franz-Olivier GIESBERT, journaliste, éditorialiste au Point, essayiste. Auteur de La France est-elle un pays communiste ? (Plon)
Le jeu politique ne doit pas masquer la réalité : on parle à l’envi de la progression de l’extrême-droite, de l’union des droites, de l’hypothèse de l’arrivée du RN au pouvoir et tutti quanti. Cette forme d'agitation relève de l'esbroufe. Elle ne dit rien de l’état de la France qui ne cesse de se dégrader en raison du poids de la bureaucratie, de la fiscalité et des normes, ce qui fait dire à FOG que notre pays est communiste. Cela ne signifie pas qu'il serait dirigé par le Parti communiste, devenu résiduel. Cela indique que, à la fois plus insidieusement et plus massivement, notre économie suradministrée est écrasée par les impôts de production, cinq fois plus élevés qu'en Allemagne, et que ce fardeau entraîne délocalisations et déclassement. Les mandats d'Emmanuel Macron n'ont fait qu'aggraver cette situation.
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9 mars 2026L'incroyable histoire de Bertha von Suttner, première femme Prix Nobel de la paix
Bérengère de PONTAC, ambassadrice de l'Association des Femmes pour la Paix des Nations Unies, présidente Peace By Peace - Jeunes Artisans de Paix. Auteur de Tous pour la paix - 80 modèles inspirants (illustré par Ariana Cuevas)
Dans le christianisme, la paix est à la fois un don de Dieu, une transformation intérieure, une réconciliation entre les personnes, et un engagement actif pour un monde plus juste. Tout un programme. Depuis 1945, l’Europe parvient à conjurer la guerre entre les nations qui la composent, du moins celle-ci se déroule-t-elle sur le terrain plus aseptisé de l’économie. La guerre engagée par Israël et les États-Unis contre l'Iran surgit comme l’énième épisode d’un conflit qui laisse entrevoir à ce jour aucune perspective de paix. Doit-on toutefois se résigner ? La fatalité doit-elle l’emporter ? Pour ne pas céder à cette tentation, de grandes figures de paix peuvent nous inspirer, dans diverses époques et traditions. Bérengère de Pontac les a rassemblées dans un beau livre illustré Tous pour la Paix - 80 Modèles Inspirants, édité en 2025 en français et anglais. Parmi elles : l’Autrichienne Bertha von Suttner (1843-1914), première femme à recevoir le Prix Nobel de la paix en 1905. Dans cet entretien? Bérengère de Pontac fait le récit de sa propre histoire, laquelle commença il y a 30 ans au sanctuaire marial de Medjugorje, dans une Bosnie-Herzégovine déchirée par la guerre.
Les ateliers Peace by Peace :
Pour les classes de CM2 et de 3e, l'association propose des circuits Mémoire et Paix de 2 jours sur les sites mémoriels normands (Mémorial de Caen, cimetière américain d’Omaha Beach, cimetière allemand de La Cambe, musée et plage de Utah Beach, village de Sainte-Mère-Église). Pour les plus jeunes (classes de CE1- CM1), l'association met en place en septembre l’atelier de la Rose de la Mémoire et de la Paix, inspiré du Petit Prince de Saint-Exupéry.
Le livre Tous pour la Paix :
Il est disponible sur HelloAsso, au prix de 35 € déductible (soit environ 14€) + 10€ de frais de port pour la France. Commande directe possible auprès de : peacebypeace10@gmail.com
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6 mars 2026Père François Potez
Après avoir été engagé dans la Marine, le père François Potez entre dans la communauté des Frères de Saint-Jean et est ordonné prêtre pour le diocèse de Paris en 1989. Durant ses 37 ans de sacerdoce, il s’est longuement consacré à l’éducation des jeunes et à la préparation au mariage de nombreux couples.
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6 mars 2026Père François Potez, prêtre et éducateur, au soir d’une vie de mission
À la fois prêtre, éducateur, pasteur et auteur, le père François Potez a beaucoup marqué les personnes qu’il aura enseignées, en partie les couples se préparant au mariage. Aujourd’hui, à 70 ans, il est en soins palliatifs, chez les petites sœurs des pauvres, dans le VIe arrondissement de Paris. Diplômé de l’Ecole navale, ce fils de médecin, né dans une famille de huit enfants, quitte la Marine en 1982, entre chez les Frères de Saint-Jean, puis devient aumônier de l'Eau Vive, un des premiers lieux d'accueil et d'éducation en France, fondé par le père de Monteynard. Ordonné prêtre en 1989, il passe une dizaine d'années au service des jeunes et de l'éducation. Il est incardiné dans le diocèse de Paris en 1997 pour devenir curé de Saint-Eugène/Sainte Cécile (paroisse bi-ritualiste), Notre-Dame du travail (où il apprend la messe en portugais) et Saint-Philippe-du-Roule, son dernier port d’attache. Le père François Potez a témoigné dans les films Sacerdoce et Sacré-Cœur. Il a aimablement accepté de nous rencontrer avant peut-être de larguer les amarres et de voguer sur l’océan de l’éternité. Dans cet entretien, outre son parcours, il développe sa vision de l'éducation des jeunes, terrain sur lequel il aura tant œuvré.
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27 février 20261974 : cinq intellectuels français s’invitent chez Mao, dans une Chine fantasmée
Jean BERTHIER, romancier, cinéaste, réalisateur. Auteur de Voyage tranquille au pays des horreurs (le Cherche Midi)
« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », s’écrie Charles Péguy. Dire ce que l’on voit, c’est exprimer la réalité sans la travestir, refuser les compromis ou les accommodements avec la vérité. Voir ce que l’on voit est un exercice encore plus ardu consistant à percevoir le réel tel qu’il est, sans préjugés, sans clichés, sans projections idéologiques. Le parler vrai découle de la vision juste. Discerner est aussi passionnant que difficile. Car le mal est toujours la perversion d’un bien. Dans le cas de l’euthanasie, combien d’esprits malins, pour lever l’interdit de tuer, se prévalent de l’amour d’autrui ? En fait, aucun homme ne peut se passer de la caution du bien. Personne ne veut être dans le mensonge, les tables de la loi étant gravées dans la chair de notre esprit. Hormis une minorité cynique mais puissante, qui fait allégeance au mal, on cherche tous l'amour et la vérité. Hélas, le mal se présente sous les apparences du bien, par le truchement de la perversion du langage. Aussi, la première mission du journaliste, sa mission de service public, est-elle d’identifier les erreurs et les errances, celles auxquelles cèdent si facilement les intellectuels, prompts à tous les mensonges, à tous les aveuglements, à toutes les contorsions, pour surtout ne pas voir. Les intellectuels ont une force d’entraînement sur la société. En 1974, cinq intellectuels français, fascinés par le maoïsme, vont passer trois semaines en Chine. Une expédition assortie de prestations luxueuses et encadrée par la « bonne parole » du Parti communiste. Voyage tranquille au pays des horreurs raconte ce périple de Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, Julia Kristeva, Roland Barthes et de l’éditeur François Wahl. Ce voyage fait écho à d’autres « pèlerinages » de ce type, entrepris par des communistes de salon comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, « invités » en Chine, en URSS et à Cuba. Ce roman fondé sur des archives éclaire, avec humour, sur la propension de notre intelligence à tout sacrifier à l’utopie, à s’inventer des postures esthétiques. Même si nos cinq « baroudeurs » en reviendront, à la fois de Chine et de leurs illusions.
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26 février 2026L’euthanasie légalisée à l'Assemblée : la France lève l’interdit de tuer
Bruno DALLAPORTA, médecin, néphrologue, docteur en éthique et spécialisé en philosophie appliquée à la santé, auteur avec Faroudja Hocini de Tuer les gens, tuer la Terre, l'euthanasie et son angle mort (Compagnons)
Les députés ont adopté mercredi pour la deuxième fois, par 299 voix contre 226, la proposition de loi créant un nouveau droit à l'aide à mourir, réforme sociétale clé du quinquennat Macron, qui doit maintenant être à nouveau examinée au Sénat. Le rapporteur général du texte, Olivier Falorni (groupe MoDem), a immédiatement eu des mots pour les malades et leurs proches : « Aujourd'hui, nous leur disons que nous les avons entendus et qu'ils auront enfin, dans notre pays, le droit de pouvoir partir en paix, en liberté et par humanité », a-t-il déclaré dans l'hémicycle, très ému et la voix tremblante. Mais cette compassion, ses yeux humides de bonté, risque fort de travestir une réalité brutale, comptable, cynique : la fin des solidarités, au profit d’un nouveau droit revendiqué par quelques-uns, l’élimination des moins aptes et des personnes vulnérables, la subversion de l’éthique médicale. La pulsion de mort vient de l’emporter sur la valeur du soin, par un déplacement de la norme dont les conséquences seront dévastatrices, comme elles le sont déjà depuis vingt ans dans les pays qui ont pris ce chemin mortifère. Bruno Dallaporta insiste sur l'imposture que représente l'expression « aide à mourir » en distinguant cinq situations dans lesquelles la mort survient : l'abstention, l'analgésie, les limitations et l'arrêt des soins, le suicide assisté et l'euthanasie. Ces situations vont crescendo. Toutes sont assimilables à de l'aide à mourir mais les deux dernières rompent la loi universelle de l'interdit de tuer.
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25 février 2026Le concept d’« énergie sociale » change notre vision des relations internationales
Bertrand BADIE, professeur émérite des universités à Sciences Po. Auteur de Par-delà la puissance et la guerre - la mystérieuse énergie sociale (Odile Jacob)
Inspirées des visions de Hobbes et de Machiavel, l’homme occidental résume les relations internationales à l’action du diplomate et du soldat, faisant fi des pulsations sociales, comme si les États agissaient indépendamment des sociétés auxquelles ils sont pourtant indexés. Avec la révolution des communications, les frontières se brouillent et toute personne entend participer à la marche du monde Bertrand Badie analyse cette éruption du social qui, de Gaza à l’Ukraine, impose des limites à l’exercice antique de la puissance et de la diplomatie. Dans le village planétaire, le contrôle politique est ainsi chahuté par un jeu social dont les effets sont imprévisibles et difficilement canalisables. La puissance, au sens classique où l’entend la géopolitique, comme projection de force destinée à changer le cours des choses, est ainsi court-circuitée par la volonté des hommes de vivre solidairement, de s’identifier à la souffrance des humains qui la subissent. Comme si les États, quand ils agissent, libéraient, à leur corps défendant, une énergie sociale pouvant se retourner contre eux. Cela nécessite de la part des dirigeants de déployer un narratif dont l’objet est de récupérer cette énergie ou de l’endiguer.
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