
Le Grand Témoin RCF - page 3
Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.
Episodes
22 avril 2026Jean-Jacques Cordival dénonce la semi-privatisation de l’audiovisuel public
Jean-Jacques CORDIVAL, président de la fédération CGC des media, secrétaire général du syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel (SNPCA-CGC), ancien candidat à la présidence de France Télévisions
C’est aujourd’hui que Charles Alloncle remet son rapport aux députés membres de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, lesquels se prononceront le 27 avril sur la publication ou non de ce rapport très attendu. Il serait extravagant que celui-ci ne fût pas publié, vu l’engouement ou l’énervement qu’il aura suscité, les uns se réjouissant d’un « exercice de transparence » digne de la démocratie, les autres déplorant un « tribunal politique », la commission ayant été créée à la demande de l'UDR d'Éric Ciotti, allié du Rassemblement national qui prône la privatisation de l'audiovisuel public. Dans ce dossier, deux questions doivent être distinguées : le bon usage de l’argent public et l’opportunité de privatiser. Les deux ne se confondent pas. Jean-Jacques Cordival défend le caractère public de l’audiovisuel en s'insurgeant contre sa semi-privatisation qui est son état actuel, la politique de la direction de France Télévision consistant à externaliser les émissions à des sociétés de production privées. C’est ce fonctionnement, cette hybridation public/privé, qu’il pointe au nom des personnels du groupe public – qui pourrait fort bien produire en interne ce qui coûte fort cher aux contribuables, lesquels, via leurs impôts, cautionnent ce dysfonctionnement.
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21 avril 2026Changer notre regard sur... les aveugles !
Michel TERESTCHENKO, maître de conférences émérite à l’université de Reims, spécialiste de philosophie morale et politique. Auteur de Voir le monde autrement - la cécité expliquée aux voyants ou à ceux qui se croient tels (La Découverte)
On sait, avec Charles Péguy, qu’ « il faut toujours dire ce que l'on voit et surtout, ce qui est plus difficile, il faut voir ce que l'on voit ». Avoir des yeux est une chose, savoir regarder en est une autre. Ce qui compte, ce sont les yeux du discernement. Cette maxime vaut en particulier pour les journalistes. Mais quid de ceux qui ont des yeux mais ne voient pas, et même n’ont jamais vu de toute leur vie et ne verront jamais ? Dans quel monde vivent-ils ? Comment imaginent-ils la réalité ? Le regard que nous portons sur eux leur importe-t-il ? Ce dernier point est capital. Les aveugles intériorisent le regard négatif que les voyants développent à leur endroit. Car la cécité fait peur, c’est même une hantise. 2 millions de personnes sont concernées par cette infirmité et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne les voit pas. Dans cette enquête, née de l’intérêt pour le témoignage de John Hull, Michel Terestchenko, voyant et philosophe, nous fait mesurer la richesse des rencontres qu’il a faites. Il nous invite, nous autres qui voyons, à voir autrement.
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20 avril 2026Comprendre les auteurs de crimes sexuels sur mineurs
Guilherme Ringuenet, journaliste spécialisé dans les violences sexistes et sexuelles, le social, l’histoire et les religions. Auteur de Des bourreaux - l’enquête choc sur la pédocriminalité en France : qui sont les auteurs des violences sexuelles sur mineurs ? (Harper Collins)
C’est une forme de pandémie qui ne dit pas son nom – qui fragilise la confiance, ce socle de tout l’édifice social. La criminalité sexuelle sur mineurs éclabousse nos sociétés émancipées qui ont du mal à savoir où se situent les limites, quel que soit le domaine. 160000 enfants en sont victimes chaque année ; 5,4 millions d’adultes disent l’avoir subie avant dix-huit ans. Peut-on comprendre les auteurs de violences sexuelles sur mineurs ? Comprendre, non pour excuser mais pour prévenir. Car les bourreaux sont parmi nous. Dans le périscolaire, par exemple, la chose a pris un caractère systémique à Paris, où depuis le début de l’année 78 agents ont été suspendus dont 31 pour suspicion de violences sexuelles. Partout où des enfants sont là – les prédateurs rôdent. L’Église catholique elle-même constitue un cadre propice et si le nombre de religieux incriminés demeurent faibles, les occasions données aux pervers, à travers de multiples activités tenues par des laïcs, sont nombreuses. Le journaliste Guilherme Ringuenet a rencontré des victimes mais aussi et surtout des spécialistes qui nous aident à comprendre les mécanismes de la perversion de monsieur tout le monde, apparemment irréprochable et souvent père de famille.
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17 avril 2026Pour Vincent Montagne, la lecture est un enjeu de santé publique
Vincent MONTAGNE, président du groupe Médias-Participations, du Syndicat national de l’édition (SNE)
Le Festival du Livre de Paris s'est ouvert hier soir au Grand Palais, avec 450 exposants et 1800 auteurs attendus, à l'exception notable de la plupart des maisons d'édition appartenant au groupe Hachette, numéro un français de l'édition, contrôlé par Vincent Bolloré, et de la plateforme Amazon, qui a annoncé en mars son retrait. Le géant du commerce en ligne devait être, pour la première fois, présent en qualité de partenaire. D’un point de vue éditorial, le Festival coïncide avec la crise provoquée par la décision inédite de 170 écrivains de refuser de publier de nouveaux livres chez Grasset afin de dénoncer le « licenciement » de son PDG, Olivier Nora, dont ils tiennent pour responsable Vincent Bolloré, encore lui. Grasset venait d’hériter d’un auteur de renom, Boualem Sansal, qui avait quitté Gallimard. Au-delà de ces épisodes chahutés, qui tranchent avec le monde traditionnellement feutré de l'édition française, des questions de fond se posent : la lecture devient-elle un enjeu de santé publique ? Des états-généraux sont attendus pour la mettre au cœur des apprentissages et des habitudes. L’écrit et l’écran ne sont pas condamnés à se faire la guerre, même si le temps disponible n’est pas extensible et que la lecture est une activité exigeante requérant discipline et attention. Le paradoxe du Festival du livre de Paris est que les jeunes y viennent, en représentent 43 % de la fréquentation, alors qu’ils sont très exposés au décrochage avec la lecture. Dans un autre registre, le livre religieux, qui englobe les spiritualités, connaît une dynamique, laquelle fait écho au nombre croissant de baptisés adultes et adolescents en France.
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16 avril 2026Saint Augustin, les migrations et nous
Chantal DELSOL, philosophe, écrivain, professeur émérite des universités, membre de l’Institut. Auteur de la Tragédie migratoire et la chute des empires - Saint Augustin et nous (Odile Jacob)
Après avoir décrit la fin de la chrétienté et l’inversion des normes qu’engendre ce phénomène, Chantal Delsol convoque saint Augustin à la barre de nos angoisses. Car l’Empire occidental, sur le mode de l’Empire romain, tend à s’éclipser en se laissant submerger par des populations venues d’ailleurs qui s’y installent pour ne point en repartir. La philosophe parle ainsi de la tragédie migratoire et de la chute des empires, mais ce qui compte, ce sont les leçons que saint Augustin, qui connut une situation présumée comparable, peut nous donner à quelques siècles de distance. Les invariants de la nature et des groupes humains permettent en effet d’abolir le temps et de trouver des similitudes. Sur ce sujet comme sur d’autres, le duel à distance entre le pape Léon XIV et l’Amérique trumpiste invite à s’interroger sur la place de la moral et de la politique. La morale commande une position, la politique implique des décisions ; les deux ne sont pas simples à conjuguer. Au nom de l’accueil inconditionnel, ne sacrifie-t-on pas nos intérêts ? La vague migratoire, comme sous l’Empire romain, sidère l’opinion, à la fois craintive, désemparée et impuissante. D’autant que l’inclusion empêche l’intégration. Dans quelle mesure la parole de saint Augustin, dans le fracas du monde, peut-elle se révéler inspirante ?
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15 avril 2026Guerre d’Algérie : des chrétiens aux avant-postes et dans les deux camps
Jérôme CORDELIER, rédacteur en chef au magazine Le Point chargé des éditions locales et des spiritualités. Auteur de Les grandes fractures - les chrétiens face aux défis du siècle 1954-1968 (Calmann-Lévy)
Lundi à Alger, Léon XIV avait lancé un puissant appel au « pardon » devant le Monument des martyrs, victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962), appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ». Une manière de faire la leçon au pouvoir algérien, assis sur deux rentes : le sous-sol et une mémoire hémiplégique. Comme tant d’autres sujets, la guerre d’Algérie, mobilisant des conscrits, divisa beaucoup les chrétiens. De part et d’autre, on crut participer à une « guerre juste ». Le grand chambardement engendré par le concile Vatican II coïncida avec celui de la décolonisation. Il est facile de se fâcher, beaucoup plus dur et beaucoup plus long de se pardonner. Ce qui étonne peut-être, c’est que, malgré l’institution dont elle dispose, l’Église catholique ne semble pas tellement plus apte que les autres à empêcher les fractures, à les surmonter et à les résoudre. Des figures comme le père Robert Davezies ou Jean Bastien-Thiry irradièrent les milieux catholiques. Celles de Jacques Soustelle ou de Jacques Massu montrèrent la complexité d’un conflit passionnel. Ce troisième volume de la trilogie écrite sur les chrétiens engagés fait l'objet ce soir à 19h45 d'une présentation à la librairie La Procure, place Saint-Sulpice (Paris VIe), en présence de Jérôme Cordelier.
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14 avril 2026Non à l'ensauvagement numérique : il est possible de lutter contre le cyberharcèlement
Me Alain GARAY, avocat à la cour de Paris et de Bordeaux, enseignant à l’Institut catholique de Paris, ancien expert auprès de l’OSCE. Auteur de Le harcèlement politique contre la démocratie (éditions du Cerf)
La journée d’hier à la Maison Blanche a pris un tour singulier quand, après une livraison de McDonald's dans le Bureau ovale, Donald Trump tint une conférence de presse où se mêlèrent la guerre en Iran, les attaques contre le pape Léon XIV et une polémique autour d'une image représentant le président US sous les traits de Jésus, image que Donald Trump retira sous la pression de la droite religieuse américaine. Le président des États-Unis pensait que l’image en question, faite par IA, le dépeignait en médecin pour la Croix-Rouge ! Pendant ce temps, le pape, dans l’avion le conduisant en Algérie, s’écria qu’il n’avait pas peur du gouvernement américain tout en réitérant son message de paix pour le monde. Le vice-président américain JD Vance en ajouta une couche en exhortant le Vatican à « s'en tenir aux questions morales », sans interférer dans la politique américaine. Ce climat illustre une évolution des sociétés démocratiques vers la violence verbale, une sorte d’ensauvagement, lequel est favorisé par la plateformisation et l’anonymisation de la parole. Partant de cette actualité, cette émission ausculte un phénomène plus hexagonal, consécutif aux élections municipales. De plus en plus, les élus sont en effet la cible des réseaux sociaux, plus précisément d’un harcèlement destiné à contraindre leur action, à pourrir leur réputation ou à les intimider. On ne mesure pas encore les conséquences de cette évolution sur nos mœurs démocratiques et, paradoxalement, on note très peu de contentieux, comme si les politiques avaient peur de se défendre et de faire valoir leur droit. Me Garay entend s’attaquer à cet ensauvagement par tous les moyens que la loi met à la disposition du citoyen. Il préconise notamment la levée judiciaire de l’anonymat et l’allongement de la durée de conservation des adresses IP. Après, surgit inévitablement le débat entre le laisser-faire ou la régulation, la liberté ou la censure. Mais la liberté existe-t-elle sans la responsabilité ?
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13 avril 2026Boualem Sansal veut faire juger le président algérien
Boualem SANSAL, écrivain franco-algérien, grand prix du roman de l’Académie française
Alors que le pape Léon XIV va poser le pied en Algérie, pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est religion d'Etat, l'écrivain Boualem Sansal, libéré en novembre après un an de prison, a indiqué qu’il entendait « attaquer en justice » le président algérien Abdelmadjid Tebboune, quand ce serait « le bon moment », a-t-il toutefois précisé. Boualem Sansal était l’invité de la Journée du livre politique à l'Assemblée nationale. Il s'exprimait lors d'une table ronde avec l'avocat Richard Malka. Le livre qu’il a écrit sur sa détention devrait sortir en juin ou en septembre chez son nouvel éditeur, Grasset. Du côté de Léon XIV, sa visite s’annonce comme hautement symbolique : jamais encore un pape ne s'était rendu sur la terre natale de Saint Augustin. Il restera en Algérie pendant deux jours « pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman », a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco.
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10 avril 2026Faut-il nous réconcilier avec le temps ?
Rémi BRAGUE, professeur émérite de l’Université Paris I Sorbonne et à l’université Ludwig-Maximilians de Munich, historien de la philosophie (en particulier arabe et juive, essayiste, prix Ratzinger 2012. Auteur de L’homme pressé - l’homme est le seul être vivant qui sait que le temps lui est compté (DDB)
Le seul luxe ici-bas, ce n’est pas l’argent mais le temps. Les Américains dont le cinéma dystopique devrait toujours nous rendre vigilants, l’avait exprimé dans Time out d’Andrew Niccol, sorti en 2011, avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried. Dans ce film, le temps est devenu une monnaie : les gens cessent de vieillir à 25 ans… mais doivent ensuite payer chaque minute suivante pour rester en vie. Ne riez pas : le Covid nous a montré que nous sommes capables de tout. Depuis Sartre, nous savons que nous sommes condamnés à être libres, jetés sur cette terre, à la fois dans l’espace et dans le temps, les deux ne pouvant se dissocier. Rémi Brague est l’auteur d’une œuvre riche et reconnue. Dans l’Homme pressé, il s’attaque au temps. Nous autres journalistes ne faisons-nous point partie de la « presse » ? Au reste, le temps médiatique n’est pas celui de l’Église. Dans les relations entre les deux univers, la fascination se mêle à l’incompréhension. Avons-nous besoin de nous réconcilier avec le temps, à l’heure où la guerre d'Israël et des États-Unis contre l'Iran donne à l’actualité des reflets eschatologiques angoissants ?
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9 avril 2026Avec la Fondation Hippocrène, donner le goût de l’Europe à la jeunesse
En partenariat avec FONDATION HIPPOCRÈNEDorothée MERVILLE, directrice de la Fondation Hippocrène
Dans le fracas de la guerre au Proche-Orient, frappés que nous sommes par l’impossibilité de se projeter, comment donner des raisons d’espérer, de s’engager ? Avant-hier, à la maison de l’Europe à Paris, la Fondation Hippocrène récompensait quatre projets dans le cadre de sa soirée de remise de prix Inspiring Young Europeans 2025. Créée en 1992, Hippocrène s’emploie à donner le goût de l’Europe aux jeunes Européens, selon la logique du partage de projet. Cette expérience est libératrice. Un jeune, s’il vient de quartiers défavorisés, se sentira plus à l’aise en Europe qu’en France, où le regard que l’on porte sur sa personne lui pèsera davantage. La mobilité décentre et donne confiance en soi. « Nous unissons des hommes », aimait à répéter Jean Monnet, ami de Jean Guyot, à l’initiative de la Fondation. Hippocrène est l’un des rares acteurs privés à financer des projets à l’échelle du continent, et ce sans passer par les circuits de l’UE, lesquels obéissent à des procédures longues et complexes.
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8 avril 2026Une enquête inédite sur les peurs françaises, avec Pascal Perrineau
Pascal PERRINEAU, politologue, professeur des universités à Sciences Po Paris, ex-directeur du Centre de recherches politiques de Sciences-Po Paris (Cevipof). Coauteur de Inventaire des peurs françaises (Odile Jacob)
Il y a 50 ans déjà, un présentateur de journal télévisé avait lâché cette phrase restée célèbre : « La France a peur », en écho à l’affaire du meurtrier Patrick Henry. Deux ans plus tard, lors de son élection, Jean-Paul II devait prononcer cette exclamation demeurée inoubliable : « N’ayez pas peur. » Issu du vieux français du XIIe siècle, le mot peur désigne, selon l’écrivain Maurice Rat, « un état émotif dû soit à une sorte de faiblesse et de lâcheté mêlées, soit aux transes de l'imagination, en présence ou à la pensée du danger ». Notre histoire reste marquée par cette « Grande Peur » gagnant les campagnes au début de la Révolution. La peur excite en nous quelque chose d’irrépressible et d’irrationnel, surtout elle inhibe : « Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur », écrit Beaumarchais dans le Barbier de Séville. La peur, déclinée au pluriel, perd peut-être en intensité ce qu’elle gagne en diversité : on a peur de tout et de rien. Pascal Perrineau et Anne Muxel ont mené une enquête inédite sur ce sentiment auprès de 3000 personnes. Quatre populations émergent : les « sans peurs » (fort peu nombreux), les « démocrates inquiets », les « conservateurs craintifs » et les « insécures culturels », dernière catégorie déclinée des travaux de feu Laurent Bouvet. Ce qui caractérise notre époque, c’est que plus rien ne régule la peur : ni la religion, ni la science, ni l’État-providence et que, parallèlement, surgissent de partout les « entrepreneurs de la peur ». Bien sûr, toute peur n’est pas mauvaise ou infondée. Les guerres ont aussi des raisons objectives. La peur, quand elle résulte de la lucidité, est le début de la sagesse. Mais gare aux manipulations : l’usage excessif des « phobies » – qui trahit une confusion entre la peur et le mépris – et l’esprit « no future » plombe la société : l’éco-anxiété empêche aux plus jeunes de se projeter en leur intimant de ne pas se perpétuer. La peur envahit alors tout, jusqu’à tuer la vie.
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7 avril 2026Venue du judaïsme, Valérie Rodrigue, baptisée à Pâques, raconte sa conversion
Valérie RODRIGUE, journaliste, reporter. Auteur de Shalom Jésus (Erick Bonnier)
Baptisée à Pâques en l’église Saint-Jacques-le-Majeur à Montrouge (Hauts-de-Seine), Valérie Rodrigue est issue d’une famille juive d’Algérie arrivée en France en 1962. Outre le traumatisme du rapatriement, elle souffrit des agissements d’un père violent et de mœurs qu’elle juge « archaïques », les filles étant reléguées à la seule fonction de transmettre l’identité juive. Petite, Valérie Rodrigue se sentait ainsi livrée à elle-même sur le plan spirituel. Puis elle va découvrir l’Église et la messe, « une relation intime avec une figure divine à laquelle elle s’adresse en silence, trouvant un exutoire dans une enfance marquée par une forme d’injonction au mutisme ». La journaliste qui fera le tour du monde aura par la suite une révélation à l’église de l’Enfant-Jésus à Prague. Le 7 octobre 2023, dit-elle, « c’est la dernière fois que j’étais juive ». Elle n’accepte pas la loi du talion et l’amalgame entre juif et israélien. Son livre Cache ta médaille (Erick Bonnier), sur les territoires palestiniens, marquera une première rupture avec sa famille. La seconde viendra de sa conversion au catholicisme dont elle apprécie le libre-arbitre et goûte le message d’amour.
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1 avril 2026Au fond, quel est le sens de la foi catholique ?
Père François EUVÉ, jésuite, rédacteur en chef de la revue Études. Auteur de Croire au XXIe siècle - la foi catholique face aux défis contemporains (Mame)
Que s’est-il passé voici quelque 2000 ans qui justifie que nous soyons encore là pour en parler ? Et comment s’adresser à nos contemporains pour qu’ils y voient le sens de leur vie ? La question de la foi surgit à toutes les générations. Le christianisme est plus fragile que les autres. L’observance ne suffit pas. Il exige l’adhésion du cœur et de l’intelligence. Certes, le nombre croissant de catéchumènes invite à espérer mais celui-ci ne saurait dissimuler l’éviction méthodique et continue de la foi catholique, en une période très courte, un demi-siècle. On parle ainsi de sécularisation. Ce mot ne vise d’ailleurs que l’Église catholique. Car, dans le même temps, d’autres réalités s’installent dans le paysage, imposant d’autres repères, sans qu’on sache bien le profit que la société tout entière pourrait tirer de cette évolution. Le christianisme est appelé à souligner son caractère propre, singulier : l’incarnation d’un Dieu fait homme, pleinement Dieu, pleinement homme. Incroyable mais vrai.
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31 mars 20261926 : Georges Bernanos publie Sous le soleil de Satan
Sébastien LAPAQUE, journaliste et critique littéraire au Figaro. A contribué au livre collectif Un jour le diable - cent ans après Sous le soleil de Satan, neuf auteurs rendent hommage à Georges Bernanos (Séguier)
Pour beaucoup, le diable est une métaphore, une façon de parler, juste une représentation, c’est-à-dire une invention des hommes, en aucun cas quelqu’un d’agissant qui partage notre intimité, lit dans nos pensées, susurre à notre oreille ce que nous désirons entendre. Georges Bernanos en offre une représentation puissante, au fil de ce roman qui met en scène l’abbé Donissan, en lutte constante contre le mal et le doute, et Mouchette, jeune fille fragile tombée enceinte et qui, dans un moment de désespoir, tue son enfant nouveau-né. Ici, le diable est une présence réelle, presque incarnée : il peut apparaître, parler, dialoguer, agir de manière subtile et intérieure : il ne pousse pas seulement au mal visible, il cherche à installer le désespoir, le doute et la perte de foi. Pour Bernanos, le pire mal n’est pas le péché lui-même mais le fait de croire qu’on ne peut plus être sauvé. Le diable est aussi une force de mensonge et d’illusion : il déforme la réalité, manipule les consciences et pousse les êtres à se tromper sur eux-mêmes. Il révèle le combat spirituel au cœur de l’homme : chacun est libre, mais constamment confronté à cette tentation intérieure entre le bien et le mal.
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30 mars 2026Pour sœur Catherine ermite, la foi catholique est mise au défi des « nouvelles spiritualités »
Sœur CATHERINE, religieuse ermite dans les Alpes. Auteur de Manuel de vigilance spirituelle - comment éviter les problèmes de l’esprit (éditions du Relié)
Hier au Grand Rex à Paris, un colloque exceptionnel portait sur « la conscience et l’invisible ». C’était le dimanche des Rameaux mais plutôt que d’écouter l’évangile de saint Matthieu, une foule de quelque 2500 personnes a payé jusqu’à 100 euros pour venir écouter de nouveaux prêcheurs, sans église ni dogme mais qui, armés d’un discours sur la conscience, entendent répondre au désarroi de nos contemporains. Les sujets étaient passionnants : expérience de mort imminente, médiumnité, réincarnation, communication animale, guérisons inexpliquées, tous ces phénomènes s’agrègent sous l’étiquette des « nouvelles spiritualités ». Dans cet univers, la conscience englobe toute réalité et la réalité tout entière baigne dans la conscience. Le péché et le salut n’existent pas. La nature humaine n’est ni à réparer ni à sauver par un sacrifice. Il s’agit de découvrir en soi le potentiel infini de sa conscience. La passerelle avec le christianisme, c’est l’aversion pour le matérialisme. L’obstacle, c’est le relativisme total : une sorte de tradition primordiale, surplombant les religions et les innervant à la fois, brouille le rapport à la vérité. Ici, les religions en général sont suspectées de diviser les hommes tout en conditionnant le salut à l'obéissance à des pratiques. L’Église a du mal à se situer par rapport à ces « nouvelles spiritualités » dont l’influence est grandissante. Celle-ci se voit notamment dans les bouddhas, prompts à remplacer les crucifix dans les intérieurs contemporains. Cet attrait pour la science, la conscience, mêlée à la volonté de retourner à la nature, ne doit pas être négligé. Ici, l’Église est invitée à renouer avec la mystique et les contemplatifs, trop souvent dévalorisés au profit de l’activisme humanitaire, lequel ne suffit pas à étancher la soif d’absolu. Si sœur Catherine reconnaît que le bouddhisme zen peut être une excellente préparation à l’oraison, elle souligne que le christianisme est la seule voie pour atteindre la béatitude. Car Dieu s’est donné un visage et, en souffrant Sa Passion puis en ressuscitant, il a montré que le mal qui nous étreint ne l’emporterait pas.
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27 mars 2026Au-delà du bling-bling, Monaco honore la dimension sociale de l'Église catholique
Philippe ORENGO, ambassadeur de la Principauté de Monaco près le Saint-Siège et près l’Ordre Souverain de Malte
Un pape au milieu des yachts, des casinos, des voitures de sport et du botox : ce cliché, s’il a sa raison d’être, ne dit pas tout de la réalité de Monaco, où Léon XIV se rend demain pour une visite-éclair d'une journée, à l’invitation du prince Albert II, ce qui fait de Monaco la deuxième destination internationale de son pontificat – et la première en Europe – depuis son élection en mai, avant une grande tournée en Afrique en avril. Monaco, territoire d'à peine 2 km², coincé entre mer et montagnes, entretient des liens historiques avec le Saint-Siège. Demain, à une semaine de Pâques, c’est la rencontre des deux plus petits États du monde. Le dialogue interreligieux et la préservation de l'environnement sont des sujets qu’ils partagent. Le catholicisme est la religion d’État de la Principauté, comme à Malte et Saint-Marin. Au-delà du côté bling-bling, l’influence multiséculaire de l’Église catholique structure la vie publique et princière de Monaco, à travers la dévotion populaire, l’assistance à la messe (8 % des 39000 habitants sont pratiquants) et le réseau de fondations et d’associations engagées auprès des plus pauvres, sans oublier les questions de société. Sur ce point, Monaco se distingue de la France. L'an dernier, à contre-courant de la République voisine, Monaco adopta une loi rejetant l'aide à mourir en développant les soins palliatifs et rejeta un projet de légalisation de l'avortement, bien que, depuis 2019, les femmes allant avorter en France ne sont plus susceptibles de poursuites.
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26 mars 2026Pourquoi l’Iran bascula-t-il dans une théocratie régressive ?
Yves BOMATI, historien, docteur ès lettres et sciences humaines, spécialiste de l’Iran. Coauteur avec Davoud Pahlavi de L’Iran face à ses défis - 1925-2025 : un siècle d’histoire sous tension (Armand Colin)
Nul ne sait si les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis mettront fin aux hostilités, si même un changement de régime est envisageable à terme. Donald Trump assure que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des tractations et veut même un accord, tandis qu’Israël poursuit ses frappes. En Iran, les théocraties se sont toujours écroulées, de manière cyclique, lorsqu’elles ne parvenaient plus à donner un sens moral à la contrainte qu’elles exercent, dit en substance Yves Bomati. Si le chiisme émergea comme réaction nationaliste contre le sunnisme, l’Iran est travaillé par des continuités souterraines qui donnent à penser que l’islam, produit d’importation, est plaqué sur des permanences religieuses préislamiques comme le zoroastrisme. Se rappelle-t-on qu’avant la conquête islamique, un tiers du pays était chrétien ? Ramené à la période contemporaine, l’Iran s’est retrouvé à osciller entre traditions et modernité, liberté et absolutisme. Dans cet entretien, on se demande par quel sortilège un grand pays évolué, que les ambitions des shahs modernisaient, a pu sombrer dans un régime aussi implacable que régressif. Les promesses non tenues du Shah ont alimenté un ressentiment social que les religieux ont su capter à leur profit pour imposer une théocratie devenue mafieuse.
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25 mars 2026N'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, les cathédrales expriment le génie de l'Occident
Mathieu LOURS, historien, spécialiste de l’architecture sacrée. Auteur notamment de Rebâtir Notre-Dame (Tallandier), a contribué au Centenaire de la mosquée de Paris (le cherche midi)
Hier, Joshua Colin, notre grand témoin de 22 ans baptisé l’an dernier, avait expliqué que sa rencontre décisive avec le bon Dieu était survenue lorsqu’il était entré dans la cathédrale de Rouen, que le silence et la beauté avaient subjugué son âme. Comme toute église, les cathédrales sont comparables à des vaisseaux spatiaux qui transportent la terre au ciel ou font descendre le ciel sur terre. La pierre exprime une grammaire invisible. À deux reprises, Jean-Luc Mélenchon s'exprima sur le sujet, le 18 juin et le 4 mars. Non d’un point de vue métaphysique mais historique, pour affirmer que sans le « savoir rapporté des musulmans et des croisades », nous n’aurions ni su ni pu bâtir Notre-Dame de Paris. Cette lecture, issue du puissant courant orientaliste des XVIIIe et XIXe siècles, ne correspond pas à la réalité médiévale. C'est une croyance, une mode que les historiens distinguent des faits dûment documentés. En se situant sur ce terrain, Jean-Luc Mélenchon expose l’opinion à un risque de désinformation, lequel s'accommode bien de son intention d’introduire partout de la conflictualité. À l’inverse, la raison commande de réfléchir au fond commun des architectures religieuses et d’attribuer à chacune ce qui leur revient. Aussi les cathédrales, juge Mathieu Lours, expriment « le génie de l’Occident chrétien ». Sans nier les emprunts interculturels, l’Europe n'a pas de dette à l’égard du monde islamique, lequel ne se confond pas avec tout l’Orient. L'Europe doit ses édifices à la connaissance des mathématiques qu'elle a héritée de l’Antiquité grecque.
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24 mars 2026Joshua Colin, baptisé l'an dernier, raconte son chemin de foi
Joshua COLIN, 22 ans, étudiant à l’université Paris-Dauphine. Auteur de Nous, les nouveaux baptisés - confidence d’une génération qui revient au Christ (éditions du Cerf)
Demain après-midi doit être communiqué à Lourdes le chiffre des catéchumènes, c’est-à-dire des adultes et des adolescents qui seront baptisés au cours de la veillée pascale, le 4 avril. Ils étaient 12000 en 2024 et 17000 en 2025. Pour les uns, ce frémissement statistique ne dit rien d’une tendance de fond, celle de la sécularisation persistante et continue. Tout au plus s’agit-il d’un rattrapage à la marge. 90 % des enfants d’une classe d’âge étaient encore baptisés à la naissance en 1970. Ils sont moins de 30 % à l’être aujourd’hui. Encore faut-il sortir de la logique comptable pour envisager ce rayon de soleil dans le paysage du catholicisme français. Pour plusieurs raisons : ce sont les minorités résolues qui changent le monde (au départ ils étaient douze...). Ensuite, embrasser la foi catholique est en rupture absolue avec tout ce que promeuvent la société et les media. Ce choix exige courage et lucidité, ce qui opère un tri qualitatif. Enfin, ce rebond des catéchumènes est difficilement imputable au prosélytisme de l’institution, d’ailleurs assez méfiante envers ce qui ne vient pas d’elle. Les voies de Dieu étant impénétrables, on est intrigué par la force d’âme de ces nouveaux venus qui placent la barre très haut : ils désirent être accueillis, formés, insérés dans une communauté. Leur zèle tout feu tout flamme peut avoir du mal à s’accorder avec les habitudes des catholiques culturels. Leur mérite équivaut à la pureté de l’intention qui les meut : « Dieu parlait à mon âme dans ce langage mystérieux du silence et de la beauté qu’Il emploie avec ceux qu’Il veut attirer doucement à Lui », écrit Joshua Colin, baptisé l'an dernier à l'issue d'une démarche dont il aura tenu à l'écart ses parents, hostiles à l'Église, et une partie de ses amis. Beauté, silence : cette conception ramène l’épiscopat à la nécessité de répondre à un besoin de tradition et de transmission.
Joshua Colin témoignera demain mercredi 25 mars à 20h30 à l'Espace Bernanos, 4 rue du Havre Paris IXe.
Droits image: © RND-RCF
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