
Le Grand Témoin RCF - page 2
Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.
Episodes
22 mai 2026Où en est la cause de béatification Robert Schuman ?
Léon XIV pourrait se rendre, lors de son voyage en France, à Scy-Chazelles, la ville du vénérable Robert Schuman. L’information n’est pas encore confirmée, cependant c’est l’occasion de mieux connaitre la figure chrétienne de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe. Il a été déclaré "vénérable" par le pape François 19 juin 2021. La première étape vers la canonisation dans l’Église catholique. Alors, l’engagement politique peut-il être un chemin de sainteté ? On en parle avec le père Cédric Burgun, doyen de la faculté de droit canonique de l’Institut Catholique de Paris, ancien président de l'Institut Saint Benoît qui promeut la cause de béatification de Robert Schuman. Il est au micro d'Etienne Pépin.
Droits image: Père Cédric Burgun ©RCF Notre Dame
21 mai 2026Une civilisation de l'amour est-elle possible ?
A un an de la présidentielle, alors que notre société est traversée par un crise existentielle majeure, que le débat politique se polarise et se radicalise, qu’il est devenu presque impossible de dialoguer chacun restant enfermé dans sa propre identité, son propre combat ou sa propre bulle plus ou moins consciemment, jetant par poignées des anathèmes ; force est de constater que notre contrat social est en échec ! Le sacro-saint "vivre ensemble" se heurte à notre incapacité pathologique de construire, ne serait-ce que d’imaginer, un monde meilleur. Dans ce contexte, notre invité croit en l'amour et propose une doctrine sociale et politique chrétienne pour déployer une vision de l’amour comme clé de voute de notre société. Emmanuel Tourpe, docteur en philosophie, auteur de "Politique de l’amour – une théorie sociale chrétienne" publié aux éditions du cerf est au micro d'Etienne Pépin.
Droits image: Emmanuel Tourpe ©RCF Notre Dame
20 mai 2026Et si on faisait un point sur la Liturgie ?
Avez-vous remarqué que depuis Pâques, l’Angélus a été remplacé par le Regina Caeli ? Avez vous repéré que les couleurs des habits sacerdotaux changent pendant l'année ? Pourquoi le vert, le blanc, le violet, le rose ou même le rouge ? Pensez vous bien à faire un signe de croix en entrant dans une église ? Pourquoi toutes ces processions dans nos célébrations ? A la messe, quel est le sens de notre position : assis, debout, à genoux, incliné ? Y a-t-il des règles à suivre en la matière ? Comment servent elles la prière et la communion dans l’Eglise ? La liturgie est elle missionnaire ? Toutes les questions que vous vous posez sur la liturgie, Xavier Accart rédacteur en chef du magazine Prier, y répond dans son ouvrage Comprendre et vivre la liturgie publié chez Plon. Il était l'invité de RCF Notre Dame.
Droits image: Xavier Accart ©RCF Notre Dame
18 mai 2026Le pape Léon XIV en France, "une grande joie et une grande responsabilité" pour Mgr Rougé
C’est officiel, le pape Léon XIV viendra en France du 25 au 28 septembre. Le programme définitif n’est pas encore finalisé, on sait que le pape commencera son voyage par Paris où, en plus des rencontres officielles, il visitera le siège de l’UNESCO et la cathédrale Notre Dame. Léon XIV devrait ensuite se rendre à Lourdes et il pourrait également faire étape dans une troisième ville qui n’a pas encore été communiquée. Certains évoquent Scy-Chazelles, près de Metz, pour rendre hommage à Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe. D’autres espèrent Lisieux pour honorer le centenaire de la canonisation de Sainte Thérèse. Dès le début de son pontificat en mai 2025, Léon XIV avait écrit une grande lettre aux Français. Quel message vient-il adresser à la fille ainée de l'Eglise ? La réponse avec Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre au micro d'Etienne Pépin.
Droits image: ©RCF Notre Dame
12 mai 2026Claire Fourcade : "L'euthanasie, plus on en parle, moins on l'aime"
Les deux propositions de loi sur les soins palliatifs et l’aide à mourir sont de retour au Sénat cette semaine. Si le texte sur les soins palliatifs semble faire consensus, celui sur l’aide à mourir s’annonce beaucoup plus incertain. Le 29 avril, la commission des Affaires sociales du Sénat a adopté une version plus stricte du dispositif. Les rapporteurs LR Alain Milon et Christine Bonfanti-Dossat ont transformé l’"aide à mourir" en "assistance médicale à mourir" limitée aux patients dont le pronostic vital est engagé à court terme, potentiellement dans les derniers jours de vie. En cas de désaccord durable entre députés et sénateurs, le gouvernement pourrait donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, où une majorité favorable à l’aide à mourir existe déjà. On en parle avec Claire Fourcade, l’ancienne présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs auteur de "Fin de vie. Manuel de résistance" aux éditions Fayard. Elle est au micro d'Etienne Pépin.
Droits image: Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs et ancienne présidente de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs © RCF Notre Dame
11 mai 2026Les révélations chocs de la commission Alloncle
Le rapport Alloncle à la suite de la commission d'enquête sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public a été diffusé le 4 mai. Un rapport de près de 400 pages qui propose près de 80 mesures : la fusion de France 2 et France 5, de Franceinfo et France 24, des réseaux France 3 Régions et ICI (France Bleu), la suppression de France 4, le Mouv’ et Slash… Objectif : 1 milliard d’euros d’économies, soit plus d’un quart du budget de l’audiovisuel public, pour "doubler les crédits du programme budgétaire consacré à l’entretien du patrimoine et désendetter l’État". Charles Alloncle propose également de soumettre les figures de la télévision et de la radio publiques à une stricte neutralité, et de revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l'Élysée. On en parle avec Michel Goldstein, journaliste, ancien rédacteur en chef à France Télévisions. Co-auteur de Les intouchables de l’audiovisuel public - les révélations chocs de la commission d’enquête (L’Artilleur). Il est au micro d'Etienne Pépin.
Droits image: Michel Goldstein ©RCF Notre Dame
8 mai 2026Léon XIV, un an déjà
Cardinal Jean-Paul VESCO, archevêque d’Alger, dominicain
Le pape Léon XIV, un an déjà. Et déjà beaucoup de choses à dire et à partager, au fil d’une actualité dominée par des relations tendues avec Donald Trump, un premier voyage marquant en Afrique et une visite officielle en France qui se profile pour la fin du mois septembre, dans un contexte qui ne sera pas si éloigné que ça de l’élection présidentielle. Séquence marquante des débuts de ce pontificat : la visite en Algérie. Grand moment au cours duquel les Algériens se sont approprié la figure de Léon XIV dont l’attachement à saint Augustin représente une source de fierté pour tout un pays.
Droits image: © RND-RCF
7 mai 2026L'Union européenne, organisation politique inspirée de la révolution managériale
Christophe BEAUDOUIN, juriste, ancien avocat, enseignant à l'Institut catholique d'études supérieures. Auteur de L’Europe sans corps – le défi démocratique (Manitoba - les Belles Lettres)
Samedi 9 mai, c’est la journée de l’Europe et à cette occasion, on va s’intéresser à la nature de cette organisation politique à laquelle on n’a pas suffisamment réfléchi et qui, à la lumière de décisions récentes d’ordre judiciaire et à visée constitutionnelle, prend de plus en plus le pas sur le droit des États. L'UE n'est ni véritable État fédéral, ni une simple organisation internationale, mais un système de gouvernance transnationale largement structuré par des logiques de gestion, de droit et de régulation plutôt que par le politique classique. C’est le modèle managérial qui est le principe de fonctionnement de l’UE. Cette réalité, peu auscultée par la science politique, sort du simple clivage entre souverainisme et fédéralisme et oblige à considérer que le gouvernement est remplacé par la gouvernance, le peuple par le réseau, le droit par la norme. On ne mesure pas les conséquences pour nos libertés de cette Europe sans corps, détachée mais intrusive dont l’identité constitutionnelle de l’UE s’impose de plus en plus comme une donnée opposable qui, de surcroît, se présente sous les traits d’un nouveau concept, celui de « bonne société », celle de l’individu global, nomade, délié, consommateur, fluide et créancier de droits subjectifs.
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6 mai 2026La France gagnerait à se rappeler qu’elle est un royaume
Marin de VIRY, journaliste, critique au Figaro magazine et à la Revue des Deux Mondes. Auteur de Notre Royaume, enquête sur l’actualité de l’idée monarchique (Salvator)
Qu’on le déplore ou qu’on l’approuve, l’imaginaire français n’est pas insensible à l’idée monarchique. L’Élysée, ce palais, n’est-il pas décrit familièrement comme « le château » ? L’idée est d’autant plus familière que les catholiques parlent toujours du « royaume de Dieu ». La France elle-même demeure un royaume à travers les splendeurs que viennent révérer des millions de touristes. Du Louvre à Notre-Dame, la cérémonie des Jeux olympiques de Paris, tant décriée, s’était déroulée dans un cadre architectural magnifié par l’histoire longue. À quelques mois de l’élection présidentielle, le royaume est-il encore au cœur de l’expérience nationale, même de manière inconsciente ? Pour Marin de Viry, il y aurait une fécondité sociale à ne pas refouler ce passé qui dure, d’autant que le royaume n’est incompatible ni avec la République ni avec la démocratie. Le but n’est pas du tout de ressusciter des controverses autour de la doctrine monarchiste véhiculée par l’Action française. Il s’agit plutôt de reconnaître un état d’esprit, une part de nous-mêmes, d’en mesurer la dimension vivifiante et apaisante, et de cesser, en politique, de tout attendre d’un sauveur dont on sait qu’il ne sauvera rien du tout.
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5 mai 2026Vivons-nous une époque sadique ?
Dany ROBERT-DUFOUR, philosophe, professeur honoraire à l’université Paris VIII. Auteur de Sadique époque - comment en sommes-nous arrivés là ? (le cherche midi)
Notre époque serait entrée dans une nouvelle ère dominée par la brutalisation, que ce soit dans les relations sociales, internationales ou dans le champ des media cannibalisés par la politique. Trait supplémentaire : cette brutalisation serait décomplexée, affichée par ses promoteurs. C’est le cash et le clash. Et si cette libération des pulsions ressuscitait un auteur au nom quelque peu suranné, le marquis de Sade ? C’est la réflexion que pose le philosophe Dany Robert-Dufour, dans Sadique époque - comment en sommes-nous arrivés-là ? Sade n’a rien à voir avec Casanova. Le sexe n’est pas non plus son sujet. Sade, c’est une théoricien de l’appropriation frénétique, du pouvoir sans limite. Sade a fondé la modernité libérée de tout. Sans foi ni loi, l’âme devient mécaniquement perverse. Un demi-siècle après 68, sans interdit pas de liberté.
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4 mai 2026Avec la révolution numérique, l’oralité va supplanter l’écrit et l’écran
Jean-Dominique SÉVAL, prospectiviste, ex-président de la French Tech de Pékin, cofondateur de Topos, cabinet spécialisé dans les innovations de rupture. Auteur de La fin de Babel et autres effets inattendus de la révolution numérique (L’Harmattan)
« L'Astrologue ou Les faux présages », une pièce écrite « à la manière de Molière » et en vieux français avec l'aide de l'intelligence artificielle (IA), est présentée demain à l'Opéra royal du Château de Versailles, après trois années de gestation. Cette farce en trois actes est née de la rencontre entre La Sorbonne et Obvious, un collectif de trois artistes friands de nouvelles technologies. Leur idée : écrire une pièce que le dramaturge, emporté en 1673 par une maladie pulmonaire, aurait pu créer. La révolution numérique n’est pas une farce mais l’ironie la caractérise. Car, parmi ses effets inattendus, figure une sorte de « retour vers le passé ». C’est la thèse paradoxale défendue par le prospectiviste Jean-Dominique Séval, ex-président de la French Tech de Pékin, enseignant à l’École des Ponts, cofondateur d’un cabinet spécialisé dans les innovations de rupture, dont le nom s’appelle Topos en hommage au génie des mathématiques Alexandre Grothendieck. Ce retour vers le passé est un point d'arrivée, lequel se traduira par une prédominance de l'oralité numérique. Une nouvelle civilisation se met en place – qui relègue le texte et la lecture, même médiatisé par l'écran. Elle commande de mieux utiliser les outils de l'IA, comme la Chine s'emploie à le faire dès l'école primaire.
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1 mai 20268 mai-8 septembre 2025 : les quatre mois du pape Léon XIV
Christophe DICKÈS, historien, vaticaniste. Auteur de Pour l’Église - ce que le monde lui doit (Perrin)
C’était il y a quatre mois, le 8 mai : le prélat américain Robert Francis Prevost devenait le 267e pape de l’histoire, succédant ainsi au pape François. Le mot qui accompagna son apparition médiatique fut celui d’ « apaisement ». Dans « apaisement », il y a paix : paix à l’extérieur, la paix des armes à laquelle le pape ne cesse d’appeler. Encore récemment, le 31 août, il fustigeait la « pandémie des armes ». Paix à l’intérieur, dans l’Église, chahutée par le caractère autoritaire et solitaire du précédent pontificat. Des livres sont très vite sortis sur le nouveau pontife, sans dissiper un certain mystère qui continue d’entourer les orientations qui sont les siennes. À 69 ans, il a certes du temps devant lui, sauf que le temps médiatique est toujours enclin à en vouloir davantage. Ce pontificat est jugé « sobre » et « tout en retenue ». Au bout de quatre mois, dispose-t-on déjà d’éléments permettant d’esquisser les chemins ouverts par Léon XIV ? Le pape écrit tout ce qu’il dit, se tient à l’écart des mises en scène et de l’improvisation. Il apparaît comme un homme d’écoute et de dossiers capable de faire la synthèse et de concilier les oppositions.
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30 avril 2026Pier Giorgio Frassati, l’edelweiss des taudis turinois
Bénédicte DELELIS, diplômée de l’École du Louvre, enseignante en théologie au collège des Bernardins, chroniqueur à Famille Chrétienne. Auteur de Pier Giorgio Frassati (éditions de l’Emmanuel)
Sans oublier ceux qui sont en bas, on peut monter très haut. Parcourir les taudis et gravir les sommets. En voilà un premier de cordée ! À force de monter, il finit par toucher le Ciel et à y demeurer, dès l’âge de 24 ans. Il y a du saint François d’Assise dans cette courte vie de Pier Giorgio Frassati, mort en 1925. Sa famille ne comprit point jusqu’où allait sa générosité. C’est à sa mort, due à une poliomyélite foudroyante, que les pauvres de Turin, affluant à ses funérailles, rendirent le premier hommage aux vertus de ce jeune italien, passionné d’alpinisme, béatifié par Jean-Paul II en 1990 et canonisé par le pape Léon XIV le 7 septembre 2025. Son père, fondateur du journal La Stampa, appartenait à la haute société piémontaise. Il sera aussi ambassadeur à Berlin. Il voulait que son fils lui succédât mais n’osa jamais le lui dire en face. Sa mère, moralement stricte, préférait qu’il fût mort plutôt que prêtre. Pier Giorgio Frassati était joyeux, parlait fort et chantait faux (on le surnommait « fracassati »). Sa tendresse et son espièglerie répondaient aux injonctions de son milieu. Il devait réussir, alors qu’il peinait dans ses études, et ne pourrait épouser celle que son statut social lui interdisait. Avec sa Compagnie des types louches, groupe d'amis chahuteurs qui partent souvent en montagne, il donna des jambes à son esprit de foi, lequel portait son engagement social et secret dans les quartiers défavorisés de Turin. Sa mort surprendra tout le monde. Le bon Dieu cueillit son « ange des pauvres » comme un edelweiss sur le fumier de la misère. Sa soeur Luciana, qui mourut à 105 ans en 2007, contribua beaucoup à sa mémoire.
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29 avril 2026Quel rapport les Français entretiennent-ils avec leur logement ?
Jean-Louis ANDRÉ, normalien, journaliste, réalisateur de documentaire. Auteur de Notre chez-soi : la maison des français depuis les Trente Glorieuses (Odile Jacob)
Peut-être avez-vous déménagé en cette rentrée. C’est alors le moment d’occuper l’espace d’un nouvel intérieur. Y mettrez-vous un bouddha ou un crucifix ? Notre chez soi ne se résume pas à quatre murs surmontés d’un toit. Dans nos espaces intimes s’écrivent nos vies. Mais ceux-ci sont aussi des projections mentales, l’œuvre d’architectes et d’urbanistes qui ont les ont pensés. Comment ? Pourquoi ? L’architecture nous reflète, nous conditionne aussi. Depuis la Seconde Guerre mondiale, on est passés des papiers peints fleuris aux murs blancs, du Formica à Ikea, des grands ensembles aux pavillons. Normalien, journaliste, réalisateur de documentaire, Jean-Louis André refait cette histoire de la maison des Français depuis les Trente Glorieuses. C’est depuis l’appel de l’abbé Pierre en 1954 que l’État s’implique massivement dans une politique du logement qui, pendant vingt ans, va couvrir la France de grands ensembles. Valéry Giscard d’Estaing y met fin en 1974. Le consumérisme, allié au clocher de la France tranquille des années Mitterrand, inaugure une ère nouvelle, plus individualiste, celle des lotissements pavillonnaires, lesquels sont décriés aujourd’hui pour leur empreinte écologique. Le pavillon demeure toutefois le rêve des Français. Le chez soi est aussi une source de tensions, qu’il s’agisse des résidences secondaires ou des AirBnB.
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28 avril 2026Avec l’IA, apprendre oui mais comment ? La question demeure
Philippe MEIRIEU, spécialiste des sciences de l’éducation, professeur émérite à l'université Lumière Lyon 2
À l’occasion de la rentrée scolaire et de l’arrivée d’un nouveau secrétaire général à la tête de l’Enseignement catholique, RCF-Radio Notre Dame et Famille Chrétienne publient un sondage exclusif sur l’image et les attentes des Français à l’égard de l’école catholique, réalisé avec l’IFOP. Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP, en parlera à 8h10. Ce sondage explore trois grands axes : la liberté de choix entre école publique et privée catholique, la place des temps spirituels, et l’adaptation des cours d’éducation affective et sexuelle à la vision chrétienne de l’homme.
L’école continue de cristalliser les passions françaises, où les relents de guerre scolaire ne sont jamais loin. L’école continue aussi d’interroger : apprendre oui mais comment ? C’est la question que l’on se pose en cette semaine de rentrée scolaire. C’est aussi le nom d’un essai qu’avait publié la personnalité l’une des personnalités les plus influentes du système éducatif, Philippe Meirieu, inspirateur de nombreuses réformes, des IUFM aux TPE. Théoricien engagé à gauche, Philippe Meirieu a également été vice-président du conseil régional de la région Rhône-Alpes, qu’il a quitté il y a dix ans ans. Il est aujourd'hui président de l'association nationale des Ceméa (centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active). Décrié comme chef de file du pédagogisme, Philippe Meirieu dit n’avoir jamais voulu sacrifier les savoirs. Il s’est fait le promoteur d’une pédagogie différenciée fondée sur l’élève en tant que sujet, en faisant évoluer le rôle de l’enseignant vers celui d’accompagnant. Le courant auquel il se rattache est celui de l'éducation nouvelle qui postule la participation active des individus à leur propre formation. L'apprentissage, avant d'être une accumulation de connaissances, doit être un facteur de progrès global de la personne. Sur le papier, le discours séduit, la réalité est plus contrastée et l’insistance que l’on met aujourd’hui à parler des savoirs fondamentaux montre que l’école a du mal à transmettre ce qui permet d’être libre et autonome dans la vie.
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27 avril 2026Plan budgétaire : et si François Bayrou s’inspirait de saint Thomas d’Aquin
Jean-Marc DANIEL, spécialiste de l’histoire de la pensée économique, professeur émérite à l’ESCP. Auteur de Nouvelles leçons d’histoire économique (Odile Jacob)
La confiance, voilà le mot de la rentrée. « Confiance » et « foi » ont la même racine, laquelle a aussi donné le mot de « crédit ». François Bayrou est-il crédible ? Avec le vote de confiance, préalable à toute discussion budgétaire, le Premier ministre n’organise-t-il pas son suicide politique ? En tout cas, il estime « qu'il n'y a aucune politique courageuse possible » sans « l'assentiment minimal des Français et de ceux qui les représentent ». Sans vote de confiance, juge le Premier ministre, sans « cette entente sur le diagnostic », alors la situation sera interprétée sur un mode conflictuel, « le pouvoir contre les Français, le haut contre le bas ». Comment faire en sorte que le chaos ne prévale point ? « Les bonnes idées existent », s’écrie l’économiste Jean-Marc Daniel, issu d’une famille protestante du pays foyen entre Libourne et Bergerac. La figure de saint Thomas d’Aquin lui est familière. Inspiré par Aristote et saint Paul, le Docteur angélique – dont la sépulture se trouve en l'église des Jacobins de Toulouse – est connu pour son concept de « juste prix » et sa distinction entre justice commutative et distributive. La justice commutative gouverne les relations de partie à partie ; elle a pour objet principal les transactions volontaires entre individus. Thomas d’Aquin se montre ainsi soucieux de fonder l’économie sur le marché et la liberté du contrat. Quant à la justice caritative, elle articule harmonieusement deux notions : la justice sans la charité risque de devenir dure, légaliste, froide et la charité sans la justice peut devenir arbitraire ou inefficace. Pour saint Thomas, la charité parfait la justice : celle-ci exige de payer son ouvrier le juste salaire et invite à l’aider encore s’il est dans le besoin, même si ce n’est pas « dû » selon le contrat. La justice caritative assure le juste salaire et considère la dignité de la personne.
Jean-Marc Daniel reprend ses Causeries au théâtre de poche samedi 13 septembre à 21h00 sur le thème : « économie, à quoi faut-il s’attendre ? »
Droits image: Jean-Marc Daniel © RCF-RND
24 avril 2026La société est malade ? On peut la guérir !
Charles ROJZMAN, philosophe, professeur de littérature en Allemagne, pionnier dans le domaine de la violence sociale et de l’éducation à la démocratie. Auteur de La société malade - comment éviter la guerre civile, échec du vivre ensemble, chaos identitaire (Fyp éditions)
Nul ne conteste que l’incommunicabilité est un trait saillant de notre société fracturée en bulles idéologiques et en territoires étanches les uns aux autres. Les riches se barricadent, les pauvres se battent pour survivre, une sorte de loi de la jungle progresse et c’est par comparaison avec le « monde d’avant » que l’on mesure que quelque chose s’est défait dans notre pays. Deux périls se partagent ce nouvel espace en friche : le nihilisme et le fanatisme : « d’un côté des âmes errantes qui ne croient plus rien, ne désirent plus rien », pas même des enfants ; de l’autre « des âmes assoiffées de certitudes, prêtes à mourir et à tuer pour une vérité unique », déplore Charles Rojzman. Au milieu se trouve une humanité perdue et un vivre-ensemble impossible – qui se ramène à un slogan creux, à une injonction à tenir debout quand plus rien ne tient. Cette réalité n’est pas juste une illusion, comme le dit le titre d’un film. Ce qui importe, c’est de ne pas se laisser emporter par le pessimisme mais de mettre en pratique une « thérapie sociale », celle que Charles Rojzman a déjà expérimentée entre juifs et arabes au Proche-Orient, noirs et blancs aux États-Unis ou encore au Rwanda et au Caucase. Cet expert en guerre civile mérite d’être entendu pour que, chez nous, ce qui est peut-être déjà dans les têtes ne se traduise pas dans les rues.
Droits image: © RND-RCF
23 avril 2026La surpuissance, clé d’intelligibilité des transformations du monde, selon Gilles Lipovetsky
Gilles LIPOVETSKY, philosophe, essayiste. Auteur de L’Odyssée de la surpuissance – hyperpouvoir et fragilités (Odile Jacob)
« Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort », s’écrie saint Paul. Cette phrase subvertit notre conception de la force et de la faiblesse, puisque l’une n’est pas la négation de l’autre mais devient sa condition. Les divinités païennes, que les sociétés peureuses idolâtrent, sont le masque de démons, dont la surpuissance suscite un culte, une fascination voire une sublimation. Le régime nazi en fut l’illustration moderne. Le communisme exprima aussi une forme de toute-puissance fondée sur la totalité des pouvoirs adjugés à l’État. En géopolitique, c’est le terme d’hyperpuissance, cher à Hubert Védrine, qui caractérise le jeu des dominants. Gilles Lipovetsky, quant à lui, étudie depuis longtemps le concept d’hypermodernité. L’auteur de l’Ère du vide (1983), élabore une théorie générale autour de l’odyssée de la surpuissance, clé d’intelligibilité de toutes les transformations que nous vivons, lesquelles se jouent des anciennes logiques de régulation étatiques. La technoscience et le capitalisme de prédation forme un attelage redoutable dont le carburant se résume à une injonction : toujours plus ! Ainsi assistons-nous « à l’émergence d’un nouveau stade de la modernité, porteur d’une civilisation inédite ». Paradoxe : plus la surpuissance s’affirme, plus elle fragilise nos vies. Ce qui, naguère, nous paraissait naturel devient une source d’angoisse et d’inhibition, comme le fait d’avoir des enfants ou même simplement de manger sainement.
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