
Le Grand Témoin RCF - page 5
Chaque jour, Louis Daufresne apporte convivialité et regard positif, dans un esprit critique, sur l'actualité au sens large, en compagnie d'une personnalité reconnue et issue du monde intellectuel, religieux, etc.
Episodes
27 février 20261974 : cinq intellectuels français s’invitent chez Mao, dans une Chine fantasmée
Jean BERTHIER, romancier, cinéaste, réalisateur. Auteur de Voyage tranquille au pays des horreurs (le Cherche Midi)
« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », s’écrie Charles Péguy. Dire ce que l’on voit, c’est exprimer la réalité sans la travestir, refuser les compromis ou les accommodements avec la vérité. Voir ce que l’on voit est un exercice encore plus ardu consistant à percevoir le réel tel qu’il est, sans préjugés, sans clichés, sans projections idéologiques. Le parler vrai découle de la vision juste. Discerner est aussi passionnant que difficile. Car le mal est toujours la perversion d’un bien. Dans le cas de l’euthanasie, combien d’esprits malins, pour lever l’interdit de tuer, se prévalent de l’amour d’autrui ? En fait, aucun homme ne peut se passer de la caution du bien. Personne ne veut être dans le mensonge, les tables de la loi étant gravées dans la chair de notre esprit. Hormis une minorité cynique mais puissante, qui fait allégeance au mal, on cherche tous l'amour et la vérité. Hélas, le mal se présente sous les apparences du bien, par le truchement de la perversion du langage. Aussi, la première mission du journaliste, sa mission de service public, est-elle d’identifier les erreurs et les errances, celles auxquelles cèdent si facilement les intellectuels, prompts à tous les mensonges, à tous les aveuglements, à toutes les contorsions, pour surtout ne pas voir. Les intellectuels ont une force d’entraînement sur la société. En 1974, cinq intellectuels français, fascinés par le maoïsme, vont passer trois semaines en Chine. Une expédition assortie de prestations luxueuses et encadrée par la « bonne parole » du Parti communiste. Voyage tranquille au pays des horreurs raconte ce périple de Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, Julia Kristeva, Roland Barthes et de l’éditeur François Wahl. Ce voyage fait écho à d’autres « pèlerinages » de ce type, entrepris par des communistes de salon comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, « invités » en Chine, en URSS et à Cuba. Ce roman fondé sur des archives éclaire, avec humour, sur la propension de notre intelligence à tout sacrifier à l’utopie, à s’inventer des postures esthétiques. Même si nos cinq « baroudeurs » en reviendront, à la fois de Chine et de leurs illusions.
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26 février 2026L’euthanasie légalisée à l'Assemblée : la France lève l’interdit de tuer
Bruno DALLAPORTA, médecin, néphrologue, docteur en éthique et spécialisé en philosophie appliquée à la santé, auteur avec Faroudja Hocini de Tuer les gens, tuer la Terre, l'euthanasie et son angle mort (Compagnons)
Les députés ont adopté mercredi pour la deuxième fois, par 299 voix contre 226, la proposition de loi créant un nouveau droit à l'aide à mourir, réforme sociétale clé du quinquennat Macron, qui doit maintenant être à nouveau examinée au Sénat. Le rapporteur général du texte, Olivier Falorni (groupe MoDem), a immédiatement eu des mots pour les malades et leurs proches : « Aujourd'hui, nous leur disons que nous les avons entendus et qu'ils auront enfin, dans notre pays, le droit de pouvoir partir en paix, en liberté et par humanité », a-t-il déclaré dans l'hémicycle, très ému et la voix tremblante. Mais cette compassion, ses yeux humides de bonté, risque fort de travestir une réalité brutale, comptable, cynique : la fin des solidarités, au profit d’un nouveau droit revendiqué par quelques-uns, l’élimination des moins aptes et des personnes vulnérables, la subversion de l’éthique médicale. La pulsion de mort vient de l’emporter sur la valeur du soin, par un déplacement de la norme dont les conséquences seront dévastatrices, comme elles le sont déjà depuis vingt ans dans les pays qui ont pris ce chemin mortifère. Bruno Dallaporta insiste sur l'imposture que représente l'expression « aide à mourir » en distinguant cinq situations dans lesquelles la mort survient : l'abstention, l'analgésie, les limitations et l'arrêt des soins, le suicide assisté et l'euthanasie. Ces situations vont crescendo. Toutes sont assimilables à de l'aide à mourir mais les deux dernières rompent la loi universelle de l'interdit de tuer.
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25 février 2026Le concept d’« énergie sociale » change notre vision des relations internationales
Bertrand BADIE, professeur émérite des universités à Sciences Po. Auteur de Par-delà la puissance et la guerre - la mystérieuse énergie sociale (Odile Jacob)
Inspirées des visions de Hobbes et de Machiavel, l’homme occidental résume les relations internationales à l’action du diplomate et du soldat, faisant fi des pulsations sociales, comme si les États agissaient indépendamment des sociétés auxquelles ils sont pourtant indexés. Avec la révolution des communications, les frontières se brouillent et toute personne entend participer à la marche du monde Bertrand Badie analyse cette éruption du social qui, de Gaza à l’Ukraine, impose des limites à l’exercice antique de la puissance et de la diplomatie. Dans le village planétaire, le contrôle politique est ainsi chahuté par un jeu social dont les effets sont imprévisibles et difficilement canalisables. La puissance, au sens classique où l’entend la géopolitique, comme projection de force destinée à changer le cours des choses, est ainsi court-circuitée par la volonté des hommes de vivre solidairement, de s’identifier à la souffrance des humains qui la subissent. Comme si les États, quand ils agissent, libéraient, à leur corps défendant, une énergie sociale pouvant se retourner contre eux. Cela nécessite de la part des dirigeants de déployer un narratif dont l’objet est de récupérer cette énergie ou de l’endiguer.
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24 février 2026En quoi le XIXe siècle aide-t-il à comprendre notre rapport à la mort et au deuil ?
Guillaume CUCHET, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, codirecteur du Centre d’histoire du XIXe siècle de la Sorbonne. Auteur de La religion des morts - comment le XIXe siècle a inventé le deuil moderne (Seuil)
Lever l’interdit de tuer, administrer la mort, la programmer, en faire un protocole supervisé par l’État, c’est le nouveau monde dans lequel nous allons peut-être entrer, si le texte du député Olivier Falorni venait à être adopté à l’Assemblée nationale, où le vote solennel était prévu pour aujourd’hui. Ce matin, on va s’intéresser à notre attitude devant la mort. Sans la mort, pas de religion. C’est dire si la religion dispose d’une rente à vie ! Mais mourir est une chose, le deuil en est une autre. Même si la question de l’euthanasie se pose en raison de la décrépitude induite par le grand âge, phénomène inédit propres aux sociétés opulentes, ce qui nous arrive ne serait sans doute pas possible sans une éviction progressive de la mort socialement ritualisée et puissamment reliée à la perspective métaphysique du salut. Contrairement à une idée reçue, la mort n’est pas un invariant, au sens social du terme. On ne l’inscrit pas de la même manière selon les époques. Ce que montre Guillaume Cuchet, c’est que nos pratiques funéraires que l’on croyait si anciennes remontent en fait à ce long XIXe siècle qui fut, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la matrice de changements profonds, malgré l’instabilité politique. Guillaume Cuchet a mené l’enquête sur la religion des cimetières, sur les pas de l’historien Philippe Ariès (1914-1984), inventeur de l’histoire de la mort en Occident. L’Ancien Régime y apparaît sous un jour fort différent : autant, avant la Révolution, les mentalités s’intéressaient à la prière pour les âmes, autant le XIXe instaure le rituel de la visite des tombes, lesquels deviennent un point d’ancrage culturel fort capable même de surmonter les divisions idéologiques.
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23 février 2026Sauver l'agriculture française, c’est possible !
Hervé LEJEUNE, inspecteur général de l’agriculture honoraire, ancien conseiller du président de la République pour l’agriculture, la ruralité, le commerce et l’artisanat. Auteur de La tragédie agricole française - réagir est encore possible (L’Harmattan)
Malgré la bagarre survenue hier, le Salon de l’agriculture ouvre ses portes au public ce matin à 9h00 à Paris Porte de Versailles après avoir été inauguré par le président Emmanuel Macron samedi. Pour la première fois depuis la création du salon en 1964, les bovins en sont absents, les organismes de sélection des races ayant décidé « par précaution et par solidarité » avec les éleveurs touchés par la dermatose de ne pas présenter leurs animaux. Les sujets de mécontentement s’empilent : gestion de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest, balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit et aléas climatiques toujours plus intenses, sans oublier l’accord de libre-échange UE-Mercosur pour lequel la Commission européenne dit vouloir accélérer les procédures d'approbation et de mise en œuvre, pour permettre aux entreprises et aux consommateurs d'en bénéficier au plus vite. Pourquoi la France, grande puissance agricole mondiale, peine-t-elle à assurer sa souveraineté alimentaire et à enrayer le déclin de son agriculture ? C’est à cette question que répond Hervé Lejeune, à la lumière des grandes fractures qui traversent aujourd’hui le monde agricole. La crise n’est pas inéluctable. C’est moins d’une loi d’urgence dont on a besoin que d’une vision claire, en particulier sur l’articulation entre charte de l’environnement, devenue constitutionnelle donc contraignante, et souveraineté alimentaire.
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20 février 2026Moine, paysan, écrivain : la leçon de vie du frère Cassingena-Trévedy, ermite dans le Cantal
Frère François CASSINGENA-TRÉVEDY, normalien, moine bénédictin devenu ermite sur le plateau du Cézallier. Auteur de Douze constellations pour une année d’éveil (Albin Michel)
Dans agriculture, il y a culture et notre invité marie les deux. Fort de plusieurs ouvrages à succès, notamment Étincelles (Ad Solem), lauréat du Grand Prix Moron de l’Académie française et du prix de la Liberté intérieure, le frère François Cassingena-Trévedy vit depuis six ans près d’Allanche (Cantal), après quarante ans passés en abbayes bénédictines à Ligugé. À la veille du salon de l’agriculture, le moine-poète arpente les planèzes : ermite sur les hauteurs du Cézallier, le religieux se met au service des paysans, trait les vaches, participe aux comices agricoles, loin de l’aliénation des écrans, des réseaux sociaux et de la brutalisation de la communication moderne. Parallèlement à cette vie d’ermite, qui n’exclut pas la vie sociale mais la redécouvre, l’écrivain continue une œuvre dense faite d’aphorismes ciselés pour nos âmes.
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19 février 2026Pour le carême, relire les Pères de Église
Marie-Anne VANNIER, professeur de théologie à l’université de Lorraine, membre de l’Institut universitaire de France, rédactrice en chef de Connaissance des Pères de l’Église. Auteur de Lire les Pères de l’Église - nouvelle anthologie patristique (Artège)
Ils sont à la fois si loin et si proches. Les pères de l’Église, aux noms parfois pittoresques comme Polycarpe de Smyrne ou Basile de Césarée, forment un aréopage d’une vingtaine de penseurs, une sorte de Dream Team allant du Ier au VIIIe siècle, grosso modo de Clément de Rome à Jean Damascène. Ces intellectuels sont des sages, des piliers et des passeurs grâce auxquels les inconcevables vérités du christianisme ont pu s’affiner, prendre forme dans les esprits. Les pères de l’Église n’ont pas inventé la foi mais l’ont clarifiée, défendue et formulée, comme les gladiateurs, revêtus de l’équipement de combat donné par Dieu, ainsi que le dit saint Paul dans sa fameuse épître aux Ephésiens, et sa tirade militaire du bouclier de la foi, du casque du salut et du glaive de l’Esprit. Marie-Anne Vannier a coordonné deux ouvrages sur la question, l’un sur la vie et les œuvres, l’autre sur les textes.
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18 février 2026La religion détermine le vote, plus que la question sociale
Lucas JAKUBOWICZ, journaliste politique, spécialiste des comportements électoraux, rédacteur en chef de Décideurs magazine. Auteur de Vote religieux, un tabou français (éditions de l’Observatoire)
Le mercredi des cendres marque le début du carême, lequel coïncide cette année avec le ramadan, les deux moments étant souvent comparés pour ne pas dire confondus. N’entendons-nous pas dire, depuis déjà pas mal de temps, que le carême serait le ramadan des chrétiens, signe que la signification du carême s’efface derrière la réalité visible, sociale et commerciale, du ramadan. Ces deux moments vont s’inscrire cette année dans un contexte électoral, celui des élections municipales. Sachant que ce scrutin pourrait évoluer, du moins certains le voudraient comme les écologistes qui ont récemment fait adopter, en commission, un texte déposé en 1999 visant à « accorder le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l'Union européenne résidant en France ». Même si cette proposition de loi constitutionnelle a peu de chance d’aboutir, elle montre à quel point le lien entre souveraineté, nationalité et citoyenneté s’est distendu. Par ailleurs, une double hypocrisie tend d’une part à ignorer, dans les analyses, que le facteur religieux est un puissant déclencheur du vote et, d’autre part, que les partis politiques envoient des signaux de nature religieuse, afin de mobiliser l’électeur qui gît sous le croyant. C’est particulièrement flagrant dans le cas de LFI à l’endroit des musulmans. C’est vrai aussi du RN qui entend se légitimer en se faisant le bouclier de l’antisémitisme. Pour les catholiques, la chose est plus complexe. Habitués à raser les murs, ils ont tendance à sanctionner des candidats jouant à l’excès des codes communautaires, comme François Fillon.
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17 février 2026La gauche est-elle fâchée avec la sécurité ?
Nicolas NORDMAN, membre du Parti socialiste, adjoint à la mairie de Paris, chargé de la prévention, de la sécurité, de l’aide aux victimes et de la police municipale. Auteur de La gauche et la sécurité - pour en finir avec le populisme (éditions de l’Aube)
À l’approche des élections municipales, la question sécuritaire « ne manquera pas d’enflammer les esprits », écrit Nicolas Nordman, « monsieur sécurité de la mairie de Paris », dans un essai destiné à en finir avec les idées reçues et surtout avec les populismes – qui assimilent la gauche au laxisme sécuritaire, à la culture de l’excuse, à une prévention coûteuse et inefficace. Quelle serait une saine conception de la sécurité, sur quels leviers doit-on jouer pour qu’elle soit une réalité ? Nicolas Nordman aborde notamment le rôle de la police municipale dont il est question d’étendre les compétences avec un projet de loi arrivant au Sénat début avril. Paris compte 2400 policiers municipaux et on peine à en recruter. Outre la délinquance, une forme de violence politique s’invite dans le débat public, celle dont a été victime le jeune Quentin Deranque, lynché à mort par des antifas à Lyon. Entre une gauche républicaine et une gauche révolutionnaire, il est difficile d’arrêter une position commune, sur ce sujet-là comme sur tant d’autres.
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16 février 2026L’euthanasie, progrès régressif, revient à l’Assemblée
Gérard RABINOVITCH, philosophe, sociologue, directeur de l'Institut européen Emmanuel Levinas. Auteur de D’une permanence païenne - sur quelques invariants anti-judaïques (Le Bord de l’Eau)
L’Église invite à une journée « de jeûne et de prière » pour le premier vendredi de carême, vendredi prochain 20 février, afin d’alerter sur « la gravité des enjeux » de la proposition de loi sur la fin de vie qui revient à l'Assemblée nationale. Après son rejet fin janvier au Sénat, le texte est examiné à partir d’aujourd’hui dans l'hémicycle, jusqu'ici largement favorable à cette réforme sociétale. Un vote solennel est prévu le 24 février, en même temps que la proposition de loi sur les soins palliatifs. Ce sujet « suscite d'immenses inquiétudes et de vives oppositions, de la part de très nombreux soignants, patients, personnes âgées ou avec un handicap », indiquent les évêques qui ont demandé que leur message soit lu dans les paroisses lors des messes dominicales, « ou à l'occasion de la messe du Mercredi des Cendres », qui marque le début du Carême mercredi prochain. « C’est le Grand code biblique que l’on s’apprête à balayer », souligne Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, qui analyse les origines du changement de paradigme qui se profile en remontant à l’esprit des Lumières, lequel accoucha à la fois d’une pulsion de vie, via notamment l’accès à la santé et à l’éducation, et d’une pulsion de mort via l’eugénisme. Pour Gérard Rabinovitch, nous vivons un « progrès régressif », oxymore apparent dans lequel l’émancipation de l’homme s’accompagne de sa destruction. Chose étonnante : le gauchisme culturel et les libertariens se rejoignent car, dans les deux cas, « l’homme est quelque chose qui doit être affranchi » et, dès lors, « toute limite est fasciste ». A contrario, il propose une lecture de Levinas autour de l’éthique de responsabilité, laquelle postule non une assistance médicale à mourir mais une assistance médicale à vivre.
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13 février 2026Michael Denton est à Paris pour exposer sa nouvelle critique de Darwin
Jean STAUNE, épistémologue, prospectiviste, philosophe des sciences. A préfacé le livre de Michael Denton Darwin en crise (Guy Trédaniel)
Finalement, comme dit le western, le monde se divise en deux catégories, ceux qui pensent que nous sommes-là par hasard, ce qui les délie de toute responsabilité à l’égard d’eux-mêmes et envers les autres, et ceux qui croient que nous sommes nés d’une intention, de quelqu’un auquel il faut bien donner un nom, lequel est celui de Dieu. Quel visage a-t-il et à quelle religion appartient-il, c’est presque une autre histoire. Considérons toutefois que le clivage n’est pas si simple entre le chaos et l’absurde d’un côté et le dessein intelligent de l’autre. En clair, on ne peut pas scléroser le débat entre le darwinisme et le créationnisme. D’ailleurs Michael Denton les renvoie dos-à-dos. Ce biochimiste australien, opposé au matérialisme athée, avait publié en 1985 un ouvrage retentissant intitulé « l’évolution, une théorie en crise ». 30 ans plus tard, il ne se contente plus de pointer les incohérences de la sélection naturelle que Charles Darwin appelait « ma divinité ». Il propose une autre conception de l’évolution. Michael Denton sera ce soir à Paris, à l’espace Bernanos (4 rue du Havre Paris IXe) pour s’en expliquer. Il sera assisté par son préfacier francophone, Jean Staune, épistémologue.
Depuis la fin du XIXe, l’idée a très fortement infusé dans nos sociétés que l’évolution serait le fruit du hasard. Le darwinisme expliqua ainsi l’histoire du vivant par des mutations aléatoires progressivement sélectionnées pour leur utilité adaptative. Cette thèse, encore très puissante, remplace Dieu par le temps. Mais la vérité oblige à dire qu’elle est simpliste. Denton recourt à la métaphore de la montre et du cristal : la montre représente un objet assemblé par un concepteur externe, l’horloger aveugle de Darwin. La différence avec le créationnisme, c’est que chez les croyants l’horloger n’est pas aveugle. Denton réfute l’externalité avec le cristal dont les six branches se forment spontanément selon des lois physiques internes. Sa structure ordonnée n’est pas le résultat d’un assemblage progressif pièce par pièce mais l’expression naturelle de propriétés intrinsèques de la matière. Ce sont les lois naturelles que Jean Staune rapporte au concept d’« attracteurs étranges » connu en théorie du chaos. Plus largement, la remise en cause du darwinisme athée traduit un phénomène récent. Le débat est difficile avec les athées – qui y voient une « intrusion spiritualiste en science », alors que les plus fortes critiques de Darwin émanent du monde scientifique lui-même.
Inscription : https://www.eventbrite.fr/d/france--paris/denton/
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12 février 2026Euthanasie, eugénisme et validisme : à gauche, ça coince et c’est normal mais les media ne le disent pas
Pierre JOVA, journaliste à l’hebdomadaire La Vie. Auteur de Peut-on programmer la mort ? (Seuil)
On vit une époque déroutante, faite de bruit et d’insouciance coupable. Sans être grandiloquent, on sait que le texte sur l’euthanasie, qui arrive lundi en seconde lecture à l’Assemblée, va nous faire basculer dans un autre monde, qu’il sera le plus permissif et le plus répressif s’il devait être adopté en l’état. Mais en le disant, on se fracasse sur le mur médiatique, les media étant acquis au seul principe qu’il s’agirait d’une liberté facultative accordée en plus, comme s’il s’agissait d’une tirette offrant un droit supplémentaire. Alors que, dans l’hémicycle on va jouer au dés d’énormes enjeux d’humanité et de civilisation. On paie aussi la facture d’un héritage Le sociologue Norbert Élias dénonçait déjà l’hygiénisme d’une société refusant la dimension tragique et traitant la souffrance en termes socio-économiques et médicamenteux. Une pulsion de mort traverse aussi toute la société, constate le psychiatre Faroudja Hocini. La fixer dans une loi ne peut que la développer en influant psychologiquement sur les mentalités. Il existe un effet d’atmosphère, d’inconscient collectif. On focalise sur l’autonomie individuelle, sans voir que l’individu intériorise les contre-valeurs de la société. Ce qui se passe ressemble à l’ultime détricotage de la discipline sociale et morale que le christianisme, malgré son affaiblissement, parvenait encore à imposer. Mais loin d’enfermer le débat dans une opposition gauche/droite ou athée/croyant, Pierre Jova montre qu’une bonne partie de l’opinion, fort éloignée d’une pratique religieuse, a toutes les raisons de se méfier de cette loi, laquelle enterrera un modèle français de la fin de vie qui, malgré ses insuffisances, représentait un point d’équilibre. Il dénonce aussi le cynisme institutionnel consistant à faire mine de soutenir parallèlement les soins palliatifs, alors que l’euthanasie auront pour effet d’en dissoudre le principe et les moyens. « Sait-on, ajoute-t-il désappointé, qu’il y a en France plus de parlementaires (925) que de médecins de soins palliatifs (748) ? »
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11 février 2026Rose Torrente raconte son siècle de mode et se souvient des religieuses de son enfance
Rosette LAPIDUS, alias Rose TORRENTE. Auteur de Haute Couture - un destin extraordinaire forgé dans l’adversité (Fayard)
On est loin de sainte Bernadette en ce 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes. Quoique : si je vous dis que petite, elle voulait devenir religieuse et qu’elle gardera pour les cornettes une affection sans pareille. Elle, c’est Rose Torrente, figure emblématique de la mode française, sœur de Ted Lapidus. Admise en 1971 à la Chambre syndicale de la couture, Rose Torrente, va s’imposer dans un milieu exigeant. Ses créations habilleront Romy Schneider, Natalie Wood, Marlène Jobert, Françoise Hardy ou Jeane Manson. Femme d’entreprise visionnaire, son nom reste associé à l’Institut français de la mode (IFM) que lui a ravi un certain Pierre Bergé poussé par Jack Lang. A 95 ans, sa persévérance est d’airain et sa mémoire de fer. Son cœur, lui, est plein de tendresse et de nostalgie envers les relations homme/femme apaisées et courtoises, où l’art de la séduction l’emportait sur la guerre des sexes.
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10 février 2026Plus d’un Français sur trois serait favorable à l’usage exceptionnel de la torture
Luc BELLIÈRE, chef d’entreprise, ingénieur, docteur en sciences physiques, président de l’ACAT-France, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture
38 % des Français estiment acceptable le recours à la torture dans des cas exceptionnels, selon un sondage IFOP commandé pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture. Un chiffre en légère hausse depuis 10 ans ; ils étaient 36 % après la vague d'attentats de 2015, contre 25 % seulement en 2000. Ce chiffre exprime un recul de la paix civique, une sorte de montée aux extrêmes puisqu’il reflète que face à la violence aveugle, terroriste en particulier, seules certaines solutions se justifieraient, quoique philosophiquement répréhensibles. Ici, la torture ne relève pas du droit commun mais s’entend comme « tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne par un agent de l’État ou avec sa complicité ». Pour Luc Bellière, recourir à la torture est philosophiquement indigne et pratiquement inutile, au regard notamment de ce que les neurosciences nous apprennent. Selon lui, le scénario de la bombe à retardement ne tient pas non plus puisqu’on n’est jamais sûr que la personne que l’on s’apprêterait à torturer possède l’information permettant de la désamorcer.
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9 février 2026Municipales 2026 : simplifier le millefeuille territorial, c'est possible et nécessaire
Boris RAVIGNON, maire de Charleville-Mézières, président de l'agglomération Ardenne Métropole
Et si on parlait du fameux millefeuille territorial ? Maire de Charleville-Mézières et président de la Communauté d’agglomération Ardenne Métropole, Boris Ravignon est élu une première fois à la mairie sous l’étiquette LR, réélu à plus de 77 % des voix au premier tour sous l’étiquette DVD. Il a 51 ans, il est énarque, inspecteur des finances. Il brigue un troisième mandat. M. Ravignon est l'enfant du pays : né à Charleville, il y fit ses études jusqu’au baccalauréat. En mai 2024, il rendit un rapport sur les coûts de l’enchevêtrement des compétences entre l’État et les collectivités territoriales. Le mois dernier, il fut auditionné au Sénat dans le cadre d’un débat sur le modèle territorial. Boris Ravignon préconise d’aligner responsabilités, compétences et moyens financiers et de clarifier le rôle des départements. Mais il n’appelle pas à supprimer un niveau de collectivités (communes, départements, régions). Il évalue 7,5 milliards le coût de la coordination entre les administrations. Changer cela relève selon lui à la fois d'une exigence financière et démocratique.
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6 février 2026De quoi l'affaire Epstein est-elle le nom ?
Xavier RAUFER, criminologue enseignant aux États-Unis, directeur d’études au pôle sécurité/défense du CNAM, professeur associé à l’Institut de recherche sur le terrorisme. Auteur de Jeffrey Epstein, l’âme damnée de la IIIe culture (éditions du Cerf)
La pression monte sur Jack Lang, sommé de s'expliquer sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, l'exécutif s'inquiétant que la controverse n'éclabousse l'Institut du monde arabe, qu'il préside depuis 2013. Le nom de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand est cité 673 fois dans l’énorme masse de documents que la loi spéciale votée en novembre par le Congrès américain a permis de publier : plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images, des courriels, listes de contacts, carnets d’avion et correspondances impliquant des personnes influentes, des indications sur des liens sociaux ou professionnels entre Epstein et des figures publiques, sans forcément constituer des preuves de crimes pour tous. Pour la France, aucune procédure judiciaire n'est attendue, les faits étant prescrits. Le 10 août 2019, Jeffrey Epstein était retrouvé mort dans sa cellule à la Metropolitan Correctional Center à New York. La justice américaine conclut à un suicide par pendaison, bien que la cause exacte fasse encore l’objet de controverses. Le 29 août, les charges fédérales contre Epstein étaient officiellement annulées, même si les enquêtes se poursuivent contre ses associés. Comment un professeur de mathématiques sans diplôme put-il devenir propriétaire d'un manoir à Manhattan et d'une île privée aux îles Vierges ? Des barbouzes du Mossad participèrent-elles à monter un « piège sexuel » pour faire chanter des personnalités influentes ? Jeffrey Eptein lui-même bâtit-il sa fortune sur les chantages qu’il exerça sur la bonne société juive newyorkaise ? Xavier Raufer a fait son enquête à partir de toutes les pièces de justice disponibles, sachant que 2 millions de documents doivent encore être divulgués.
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